Les enjeux des élections législatives en Arménie, entre Occident et Russie
information fournie par Reuters 04/06/2026 à 08:01

Le parti du Premier ministre sortant pro-occidental Nikol Pachinian affronte un large éventail de partis d'opposition, dont beaucoup sont pro-russes, lors des élections législatives de dimanche en Arménie.

Si les sondages et analystes placent le parti "Contrat civil", favorable à un rapprochement avec l'Occident, en tête, celui-ci pourrait toutefois ne pas obtenir suffisamment de sièges pour être en mesure de modifier la Constitution, notamment.

Ce scrutin proportionnel, qui vise à renouveler les 101 sièges de l'Assemblée nationale, unique chambre du Parlement arménien, emporte de nombreux enjeux.

RAPPROCHEMENT AVEC L'OCCIDENT

L'Arménie a adopté en 2025 une loi visant à engager son processus d'adhésion à l'Union européenne (UE), Nikol Pachinian s'efforçant de présenter son pays comme un partenaire clé de l'Europe dans le Caucase du Sud.

Pays enclavé de 3 millions d'habitants, l'Arménie est perçue comme un potentiel corridor de transit reliant l'Europe à l'Asie tout en contournant la Russie.

Depuis son accession au pouvoir en mai 2018, Nikol Pachinian, 51 ans, s'est également rapproché de l'Otan et imposé comme un proche allié du président américain Donald Trump, qui lui a apporté son soutien en vue du scrutin du 7 juin.

Un accord signé avec les États-Unis lors de la visite du vice-président américain J.D. Vance à Erevan en février pourrait par ailleurs ouvrir la voie à la construction d'un nouveau réacteur nucléaire en Arménie par une entreprise américaine.

La visite du secrétaire d'État américain Marco Rubio dans la capitale arménienne la semaine dernière a donné lieu à la signature d'un accord stratégique entre les Etats-Unis et l'Arménie, notamment sur les minerais critiques.

RELATIONS AVEC LA RUSSIE

Les relations entre l'Arménie et la Russie se sont détériorées depuis 2023, lorsque l'Azerbaïdjan a repris le contrôle total du Haut-Karabakh, territoire montagneux qu'Erevan et Bakou se disputent depuis la fin des années 1980, malgré la présence de forces de maintien de la paix russes.

L'Arménie est également membre de l'Union économique eurasiatique dirigée par la Russie, un partenaire commercial majeur pour Erevan.

Il serait difficile pour l'Arménie de se dissocier complètement de la Russie, le pays abritant une importante base militaire russe et dépendant fortement de Moscou pour son approvisionnement énergétique.

Le Kremlin, qui a exprimé son mécontentement face au rapprochement de l'Arménie avec l'Occident, a prévenu de "conséquences politiques et économiques négatives" si Erevan poursuivait ce type de politiques.

La semaine dernière, Moscou a averti que les accords relatifs à la fourniture de pétrole et de gaz à bas prix pourraient être suspendus ou résiliés si Erevan poursuivait ses démarches en vue d'adhérer à l'UE.

Des groupes de la société civile arménienne ont sonné l'alarme sur une campagne de désinformation soutenue par l'État russe, alors qu'une enquête Reuters a révélé que Moscou déployait d'importants moyens pour interférer dans les élections législatives arméniennes.

Moscou nie systématiquement toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays.

OPPOSITION PRO-RUSSE

L'opposition arménienne est dominée par des groupes pro-russes, dont plusieurs sont liés à d'anciens présidents impopulaires.

Le principal adversaire du parti "Contrat civil" est le parti "Arménie forte" de Narek Karapetian, milliardaire arméno-russe actuellement jugé pour avoir appelé au renversement du gouvernement.

"Arménie forte" mène sa campagne en faveur des entreprises et a accusé Nikol Pachinian de tenter de provoquer une guerre avec Moscou.

Un récent sondage suggérait que le parti "Contrat civil" arriverait en tête avec environ 30% des voix le 7 juin. Le sondage place le parti "Arménie forte" loin derrière, en deuxième position avec environ 6% des voix.

NORMALISATION DES RELATIONS AVEC L'AZERBAÏDJAN ET LA TURQUIE

Le parti "Contrat civil" a vanté ses progrès vers un accord de paix avec l'Azerbaïdjan, sous la médiation des États-Unis.

Bien qu'Erevan et Bakou soient parvenus à un accord de paix en août dernier, celui-ci n'a pas encore été officiellement signé.

L'Azerbaïdjan exige en premier lieu que l'Arménie modifie certains passages de sa Constitution, processus auquel Erevan ne s'est pas opposé. Un référendum constitutionnel est envisageable après les élections.

Les frontières de l'Arménie avec l'Azerbaïdjan et la Turquie, de part et d'autre du pays, sont fermées depuis des décennies. Ankara avait décidé de fermer sa frontière en 1993 par solidarité avec son allié clé, Bakou, sur la question du Haut-Karabakh.

De lents progrès ont cependant été réalisés récemment en vue d'une normalisation des relations avec la Turquie, notamment dans le domaine commercial.

(Lucy Papachristou; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)