Les dirigeants de l'UE se réunissent en sommet, tensions en vue sur le budget information fournie par Reuters 14/10/2026 à 20:04
par Jan Strupczewski
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne se réunissent jeudi à Bruxelles pour un sommet lors duquel devraient être mises en exergue les divergences sur l'ampleur du prochain budget pluriannuel et sur les priorités de dépense du bloc communautaire, sans accord attendu dans l'immédiat.
Le budget de l'UE, grâce auquel le bloc finance l'ensemble de ses politiques - soutien à l'agriculture et à des industries en concurrence avec la Chine et les Etats-Unis, avancées technologiques... -, rémunère ses responsables et fournit une aide à l'Ukraine, notamment, est traditionnellement l'un des sujets les plus houleux à Bruxelles.
Un consensus est nécessaire pour que le budget pluriannuel soit adopté.
Celui qui est débattu, pour la période 2028-2034, est d'autant plus délicat que les finances publiques des pays membres sont soumises à des pressions accrues en raison de la hausse des prix de l'énergie et de dépenses accrues de défense.
La Commission européenne a proposé l'an dernier un budget de 1.760 milliards d'euros, soit 1,26% du revenu national brut de l'UE, ce qui a provoqué un tollé parmi les contributeurs nets comme l'Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques considérant que ce montant est trop élevé.
Si une dernière proposition formulée en vue du sommet par l'Irlande, qui occupe la présidence tournante du bloc, fixe le budget à 1.620 milliards d'euros, les critiques ont subsisté.
Le montant inclut en premier lieu 150 milliards d'euros pour le service et le remboursement du prêt commun contracté lors de la crise du COVID.
Pour l'essentiel, les coupes proposées par l'Irlande concernent des dépenses de l'UE dans d'autres régions du monde et les "coussins financiers", laissant peu de marge de manoeuvre au bloc communautaire en cas d'événements imprévus.
Ce projet de budget réduit aussi le financement de la recherche, de la lutte contre le changement climatique et de mesures destinées à rendre l'Europe plus compétitive.
A l'inverse, sont revues à la hausse les aides apportées aux agriculteurs et les mesures destinées à améliorer les conditions de vie dans les zones rurales, alors que les politiciens européens sont désireux de conserver le soutien de cet électorat, à la taille réduite mais à la voix qui porte.
D'après le centre de réflexion Bruegel, la proposition de l'Irlande préserve la structure traditionnelle - et très critiquées - du budget, centrée sur les aides aux agriculteurs et aux régions plutôt que sur le financement de mesures destinées à aider l'Europe à faire face à la concurrence de la Chine et des Etats-Unis.
Seules la France et l'Allemagne peuvent permettre de sortir de l'impasse, dit Bruegel, tout en notant que les luttes politiques dans l'Hexagone en vue de l'élection présidentielle et les difficultés rencontrées par le chancelier allemand Friedrich Merz, dont la cote de popularité est au plus bas, compliquent la donne.
Bien que le budget doive être prêt pour 2028, les dirigeants de l'UE veulent parvenir à un accord d'ici la fin de l'année actuelle, 2027 étant marquée par des élections en France, Italie, Pologne, Grèce, Estonie, Finlande et Slovaquie, ce qui laisse entrevoir que la question du budget s'immisce dans les campagnes.
Il est attendu que les chefs d'Etat et de gouvernement européen organisent un sommet spécial, les 26 et 27 novembre, pour favoriser les avancées sur le budget, avec l'objectif de sceller une entente lors du sommet des 17-18 décembre.
(Jan Strupczewski; version française Jean Terzian)