Les dirigeants de l'UE se penchent sur leurs liens malmenés avec les États-Unis information fournie par Reuters 22/01/2026 à 13:18
par Jan Strupczewski et Lili Bayer
Les dirigeants de l'Union européenne (UE) vont reconsidérer jeudi leurs relations avec les États-Unis lors d'un sommet extraordinaire convoqué après les menaces de droits de douane de Donald Trump contre des pays européens s'opposant à son projet d'annexer le Groenland.
Si le président américain a retiré depuis sa menace dans un revirement dont il est coutumier, ce "chantage" dénoncé par les dirigeants européens a fortement ébranlé la confiance du bloc dans la relation transatlantique, soulignent des diplomates.
Mercredi, Donald Trump a déclaré ne plus envisager ni d'imposer des droits de douane à huit pays européens ni de recourir à la force pour s'emparer du Groenland, principales raisons pour lesquelles un sommet extraordinaire de l'UE avait été convoqué à la hâte dimanche dernier.
Se félicitant de la volteface du locataire de la Maison blanche, le chancelier allemand Friedrich Merz a exhorté jeudi les Européens à ne pas enterrer trop vite le partenariat transatlantique.
Les gouvernements de l'UE restent toutefois méfiants face à l'éventualité d'un nouveau revirement de la part du président américain, qui ne ménage pas ses critiques envers le Vieux continent, et cherchent à élaborer une stratégie à long terme sur la manière de composer avec les États-Unis, sous l'actuelle administration comme les suivantes.
"Trump a franchi le Rubicon. Il pourrait recommencer. Il n'y a pas de retour en arrière possible. Et les dirigeants en discuteront", a déclaré un diplomate européen, ajoutant que l'UE devait trouver une alternative à sa dépendance vis-à-vis des États-Unis dans de nombreux domaines.
"Nous devons essayer de maintenir le contact avec lui (Trump) tout en oeuvrant à renforcer notre indépendance des États-Unis. C'est tout un processus, qui sera probablement long", a ajouté le diplomate.
"Nous devons discuter des limites à ne pas franchir, et la manière dont nous devons composer avec cet intimidateur outre-Atlantique, et de nos points forts", a déclaré un deuxième diplomate de l'UE.
"Trump dit aujourd'hui qu'il n'y aura pas de droits de douane, mais cela signifie-t-il qu'il n'y en aura pas non plus demain, ou va-t-il rapidement changer d'avis ? Nous devons discuter de la marche à suivre le cas échéant", a-t-il ajouté.
FACONNER LES RELATIONS À L'AVENIR
Plusieurs diplomates ont fait remarquer qu'aucun détail sur le plan concernant le Groenland, convenu mercredi en marge du Forum de Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, n'a encore été dévoilé.
Dans un entretien accordé jeudi à Reuters, Mark Rutte a déclaré que l'accord-cadre discuté avec Donald Trump au sujet du Groenland impliquait une présence renforcée de l'Otan dans l'Arctique.
"Rien n'a vraiment changé. Nous attendons toujours les détails de l'accord sur le Groenland. Nous en avons un peu assez de toutes ces intimidations. Et nous devons agir sur plusieurs points : renforcer notre résilience, notre unité, mettre de l'ordre dans notre marché intérieur, notre compétitivité. Et ne plus accepter les intimidations douanières", a déclaré un troisième diplomate.
Les diplomates ont indiqué que, compte tenu du retrait de la menace immédiate de droits de douane ou d'une action militaire, les discussions du sommet pourraient désormais s'avérer moins urgentes, mais que le problème à plus long terme des relations avec les États-Unis demeurait.
"L’approche consistant à adopter un front uni en solidarité avec le Danemark et le Groenland, tout en privilégiant la désescalade et la recherche d’une issue, a fonctionné", a déclaré un quatrième diplomate de l’UE.
"En parallèle, il serait bien de réfléchir à l'état de nos relations et à la manière dont nous souhaitons les façonner à l'avenir, compte tenu des expériences de la semaine (et de l'année) passées."
(Reportage de Jan Strupczewski, avec la contribution d'Andrew Gray ; version française Coralie Lamarque ; édité par Blandine Hénault)