Les déséquilibres mondiaux au coeur de la réunion Finances du G7
information fournie par Reuters 18/05/2026 à 02:11

Conteneurs d'expédition dans le port de Los Angeles

par Leigh Thomas

Les ministres des Finances du G7, qui se réunissent pour deux jours ‌lundi à Paris, vont tenter de trouver un terrain d'entente pour lutter contre les déséquilibres économiques mondiaux et coordonner les approvisionnements en minerais critiques, alors même que la montée des ​tensions commerciales met à l'épreuve la cohésion du groupe des sept pays industrialisés.

La réunion intervient quelques jours après la visite de Donald Trump en Chine et son sommet avec Xi Jinping, qui n'a guère produit de résultats concrets sur le plan économique.

Roland Lescure, le ministre français de l'Economie et des Finances qui animera les discussions à Paris, estime que le ​Groupe des Sept (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et l'Union européenne) offre l'occasion d'un dialogue franc entre alliés à un moment de désaccords croissants avec Washington, à un mois du sommet des dirigeants du G7 à Evian, du 15 ​au 17 juin.

"Les discussions ne sont pas faciles. Je ne vais pas vous dire qu'on ⁠est d'accord sur tout, y compris évidemment en premier lieu avec nos amis américains", a-t-il dit à des journalistes en amont de la réunion.

Les ministres des ‌Finances espèrent obtenir des Etats-Unis une mise à jour sur l'état des relations sino-américaines. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent devrait quant à lui presser les alliés de Washington de s'impliquer davantage dans les efforts visant à rouvrir le détroit d'Ormuz au trafic maritime.

Au coeur des discussions de ​Paris figureront ce que Roland Lescure décrit comme de profonds déséquilibres ‌économiques mondiaux qui alimentent les frictions commerciales et risquent de se dénouer de manière turbulente sur les marchés financiers.

"La manière dont ⁠l'économie mondiale se développe depuis maintenant une bonne dizaine d'années est clairement insoutenable, avec trois grandes zones qui ont chacune leurs défis : la Chine qui ne consomme pas assez, les États-Unis qui, j'allais dire, consomment trop et l'Europe qui n'investit pas assez", a-t-il expliqué.

Le seul fait que chaque partie endosse une part de responsabilité serait en soi un succès, déclarent ⁠les officiels français chargés des préparatifs ‌de cette réunion ministérielle, même si la partie américaine devrait se montrer réticente.

"Je serais très surpris s'ils adhéraient à l'idée que c'est en quelque ⁠sorte la faute des Etats-Unis", déclare Philip Luck, directeur du programme économique du Center for Strategic and International Studies, basé à Washington.

Les répercussions du conflit au Moyen-Orient et l'actuelle volatilité ‌des marchés obligataires, qui préoccupent particulièrement le Japon, seront également débattues.

Selon le ministère britannique des Finances, la chancelière de l'Echiquier, Rachel Reeves, devrait "insister sur la nécessité ⁠d'une action coordonnée pour limiter l'inflation et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement, et rétablir la liberté de navigation dans ⁠le détroit d'Ormuz". Elle devrait également réaffirmer ‌sa volonté de réduire les barrières commerciales entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne.

DÉPENDANCE

Une deuxième priorité concernera l'accès aux minerais critiques et aux terres rares, alors que les gouvernements du G7 ​s'efforcent de coopérer pour réduire leur dépendance à la Chine, qui domine ces chaînes d'approvisionnement vitales ‌pour des technologies utilisées dans les véhicules électriques, les énergies renouvelables ou les systèmes de défense.

Roland Lescure a déclaré que le G7 plaiderait en faveur d'une coordination renforcée pour surveiller les marchés, anticiper les perturbations ​et développer des sources d'approvisionnement alternatives, notamment par le biais de projets conjoints entre économies alliées.

"Il faut qu'on s'assure qu'on soit capable d'organiser le marché de manière à ce que plus aucun pays ne puisse jamais avoir le monopole de ces terres rares", a-t-il souligné.

Les pays du G7 planchent sur un ensemble de mesures visant à stabiliser le marché ⁠et à encourager l'investissement national, notamment par le biais de prix planchers pour les producteurs, d'achats groupés et de droits de douane.

Cette initiative reste néanmoins un projet de long terme qui ne devrait pas déboucher sur des résultats concrets lors de la réunion de Paris, estime Philip Luck, qui a déjà travaillé sur la question sous l'administration du président américain Joe Biden.

"Nous n'en sommes qu'aux prémices de la résolution de ce problème. Je ne pense pas qu'il y ait un consensus sur une stratégie, même au sein du gouvernement américain, et encore moins la capacité de la présenter de manière convaincante à nos partenaires pour obtenir leur adhésion", déclare-t-il.

(Rédigé par Leigh Thomas, avec la contribution de David Lawder, Alistair Smout ​et Makiko Yamazaki, Jean-Stéphane Brosse pour la version française)