Les chemins de Trump et Netanyahu divergent avec l'accord de paix
information fournie par Reuters 15/06/2026 à 19:33

par Rami Ayyub et Maayan Lubell

Benjamin Netanyahu avait fait le pari que la guerre menée aux côtés de Donald Trump en Iran renverserait les dirigeants religieux à Téhéran, lui permettant ainsi de se forger une image de co-architecte d'une nouvelle donne au Moyen Orient peu avant les élections législatives dans son pays.

Mais, près de quatre mois plus tard, le président américain cherche à se désengager du conflit avec un accord cadre entre les Etats-Unis et l'Iran annoncé plus tôt dans la journée, contraignant ainsi Israël à mettre un frein à ses opérations au Liban pour ne pas faire capoter tout le processus.

Pour l'instant, les responsables israéliens n'osent pas publiquement critiquer l'orientation choisie par les Etats-Unis, principal allié de l'Etat hébreu.

Mais, en privé, la frustration est palpable. L'accord préliminaire est "terrible pour Israël", a déclaré un haut responsable israélien, sous couvert d’anonymat.

"Et personne parmi les dirigeants israéliens ne voit les choses autrement, du Premier ministre au chef d"état-major", a-t-il ajouté.

Washington affirme qu'au cours des 60 prochains jours, une fois le cessez-le-feu en place, seront négociées les conditions complètes d'un accord, notamment celles correspondant aux préoccupations principales des États-Unis et d'Israël, comme le programme nucléaire iranien.

Des responsables israéliens ont cependant dit à Reuters qu'ils pensaient que la période de négociation prévue par l'accord serait probablement prolongée, bridant ainsi la capacité d'action militaire israélienne.

Benjamin Netanyahu et Donald Trump ont déjà eu des échanges aigre-doux du fait du manque de retenue d'Israël dans ses frappes sur le Liban, estimant que le Hezbollah, allié de l'Iran, pose toujours un danger.

Au début du mois, le second a qualifié le premier de "putain de cinglé" lors d'un appel téléphonique mouvementé, le président américain exhortant alors le Premier ministre israélien à ne pas frapper Beyrouth à un moment où les États-Unis tentaient de conclure un accord avec Téhéran.

Tel-Aviv avait obtempéré ce jour-là mais avait ensuite frappé la banlieue sud de Beyrouth une semaine plus tard, s'attirant une réprimande publique de Donald Trump.

ISRAËL A PEU D'INFLUENCE DANS LES NÉGOCIATIONS

Quelques heures avant que les États-Unis et l'Iran n'annoncent dimanche leur accord provisoire, Israël a de nouveau frappé la capitale libanaise, en réponse à des roquettes tirées sur Israël depuis le Liban, des tirs que Donald Trump a qualifiés de "mineurs et insignifiants".

Benjamin Netanyahu, qui doit retourner devant les électeurs d'ici cet automne, pourrait être enclin à défier encore la président américaine au vu d'une opinion publique israélienne qui, selon les sondages, se montre de plus en plus sceptique quant à l'engagement de Donald Trump vis-à-vis de la sécurité d’Israël

"C'est un moment de divergence d'intérêts assez marqué", a dit Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël sous l'administration Obama, aujourd'hui membre du groupe de réflexion Atlantic Council.

"Il (Benjamin Netanyahu) essaiera de ne pas s'opposer ouvertement (à l'accord), afin de ne pas entrer en conflit avec Donald Trump. Mais il indiquera qu'Israël n'est pas lié par cet accord", a-t-il poursuivi.

Le protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran devrait être signé vendredi en Suisse. Même si les termes précis ne sont pas encore connus, le Pakistan, qui a joué un rôle de médiateur, a déclaré que le pacte prévoyait un arrêt permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban.

Cela n'a pas empêché le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, de souligner dans un communiqué que les troupes du pays resteraient déployées "indéfiniment" dans les zones tampons qu'Israël a établies au Liban, en Syrie et à Gaza afin d'éliminer ce qu'il perçoit comme des menaces.

"Si l'Iran attaque Israël en raison des événements au Liban, nous l'attaquerons de toutes nos forces", poursuit-il.

Deux questions invoquées Benjamin Netanyahu et Donald Trump pour déclencher la guerre fin février - freiner le programme de missiles de l'Iran et mettre fin à son soutien aux groupes armés régionaux - ne semblent pas devoir figurer à l'ordre du jour de futurs pourparlers.

Trois responsables israéliens ont déclaré qu'Israël considérait comme très probable que l'accord de 60 jours soit prolongé à 90 jours, les États-Unis maintenant leur déploiement de moyens militaires dans la région le temps de négocier un accord plus large.

Deux autres responsables israéliens ont déclaré qu'Israël avait été pris au dépourvu la semaine dernière lorsque Donald Trump a annoncé qu'un accord avec l'Iran était proche. Ils ont reconnu qu'Israël n'avait guère réussi à influencer les négociations.

(Rami Ayyub, Maayan Lubell et Benjamin Raab; version française Benoit Van Overstraeten; édité par)