Les Brésiliens aux urnes pour un second tour serré entre Lula et Bolsonaro
information fournie par Reuters 25/10/2026 à 21:29

(Actualisé avec prolongation du vote de deux heures §3)

par Oliver Griffin, Luciana Magalhaes et Marta Nogueira

Les Brésiliens votaient dimanche pour un second tour de la présidentielle qui s'annonce serré et qui pourrait faire basculer le plus grand pays d'Amérique latine vers la droite, comme nombre de pays de la région.

Le sénateur Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, actuellement emprisonné, part légèrement favori face au chef de l'Etat sortant Luiz Inácio Lula da Silva, après avoir créé la surprise au début du mois en arrivant en tête au premier tour avec 47% des voix, contre 45% à Lula.

Un juge de la Cour suprême a décidé de prolonger de deux heures les opérations de vote, qui devaient se terminer à 17h00 (20h00 GMT), en raison de problèmes de transports publics dénoncés par l'équipe de campagne de Lula.

Une victoire de Flavio Bolsonaro, 45 ans, prolongerait la série de victoires enregistrées dans les urnes par des candidats de droite latino-américains revendiquant une proximité avec le président des États-Unis, Donald Trump.

A l'inverse, un quatrième mandat de Lula ne serait pas vu d'un bon oeil par Washington, qui s'est heurté au président de gauche sur les questions commerciales et de sécurité.

Samedi, Reuters a révélé l'existence d'une campagne menée par le département d'État américain pour aider les Bolsonaro à revenir au pouvoir.

La campagne électorale a été marquée par des scandales de corruption et des accusations d'ingérence américaine, malgré les dénégations de Washington, avec en toile de fond la condamnation de Jair Bolsonaro en 2025 pour avoir fomenté un coup d'État après sa défaite à la présidentielle trois ans plus tôt, son fils s'étant engagé à le faire sortir de prison s'il est élu.

Donald Trump a qualifié la condamnation de Jair Bolsonaro de "chasse aux sorcières" et a imposé en représailles des droits de douane de 50% au Brésil. Bien que cette mesure ait ensuite été assouplie, les États-Unis ont imposé cette année de nouvelles sanctions au Brésil, invoquant des pratiques commerciales déloyales.

ACCUSATIONS D'INGÉRENCE AMÉRICAINE

Lula a accusé l'administration Trump d'ingérence électorale et dénoncé des actes d'intimidation de la part de Washington.

"On ne peut pas leur livrer le Brésil", a approuvé Elenildes dos Reis, une avocate de 60 ans, après avoir voté dimanche pour Lula à São Paulo. "Ce ne sera pas seulement notre victoire, ce sera celle du monde entier", a-t-elle ajouté.

Sur le plan économique, malgré la baisse des inégalités et du chômage, Lula a eu du mal à convaincre un électorat confronté à la hausse du coût de la vie et de l'endettement des ménages.

Flavio Bolsonaro a promis de lutter contre la vie chère et d'adopter des méthodes musclées contre la violence des gangs qui a aussi pesé dans la campagne.

"Nous avons besoin de changement", a déclaré José Carlos Jarra, un retraité de 61 ans qui a voté pour le candidat Flavio Bolsonaro à São Paulo.

À Rio de Janeiro, Alba Marques, une retraitée de 75 ans, a dit avoir voté pour Flavio Bolsonaro pour sanctionner le Parti des travailleurs de Lula, et non par adhésion au programme du candidat d'extrême droite.

"Je ne supporte plus qu'un type passe 40 ans à dire qu'il va redresser le Brésil. Toujours la même promesse", a-t-elle dit à propos du président octogénaire.

Les derniers sondages d'intention de vote plaçaient les deux candidats au coude-à-coude à la veille du scrutin, la principale incertitude venant de la mobilisation des abstentionnistes. Aucun candidat arrivé en tête au premier tour n'a jamais perdu au second tour de la présidentielle au Brésil.

(Reportage d'Oliver Griffin, Luciana Magalhaes et Lisandra Paraguassu à São Paulo, et de Marta Nogueira à Rio de Janeiro ; version française Tangi Salaün)