(Actualisé avec fin des discussions, revendications et discours
du Premier ministre arménien)
par Felix Light
EREVAN, 21 septembre (Reuters) -
Les Arméniens du Haut-Karabakh exigent des garanties de
sécurité avant de rendre les armes, a déclaré jeudi un
conseiller de leurs dirigeants, après que l'Azerbaïdjan a
déclaré avoir repris le contrôle de cette région séparatiste.
Des représentants des deux camps se sont réunis jeudi
dans la ville azerbaïdjanaise de Yevlakh pour des négociations
après un accord de cessez-le-feu conclu la veille qui a mis fin
une opération "antiterroriste" menée par Bakou dans le
Haut-Karabakh.
L'accord prévoit que les forces arméniennes séparatistes
de la région soient dissoutes et désarmées.
Jeudi, les autorités arméniennes du Haut-Karabakh ont accusé
les forces azerbaïdjanaises d'avoir violé le cessez-le-feu, des
accusations démenties par le ministère azerbaïdjanais de la
Défense.
Deux sources dans la capitale régionale Stepanakert,
appelée Khankendi par Bakou, ont déclaré à Reuters avoir entendu
de nombreux coups de feu jeudi matin, sans que l'on sache qui en
était à l'origine.
La fusillade et les récits contradictoires ont mis en
évidence le risque d'une nouvelle effusion de sang malgré
l'accord de cessez-le-feu.
"Nous avons conclu un accord sur la cessation de
l'action militaire, mais nous attendons un accord final - les
pourparlers se poursuivent", a déclaré à Reuters David Babayan,
conseiller de Samvel Shahramanian, dirigeant des séparatistes
arméniens du Haut-Karabakh. "Nous devons discuter d'un grand
nombre de questions et de problèmes."
"Il n'y a pas encore eu d'accord définitif."
Interrogé sur la possibilité de rendre les armes, David
Babayan a déclaré que son peuple ne pouvait pas être laissé à
l'abandon et qu'il souhaitait d'abord obtenir des garanties de
sécurité.
"Toute une série de questions doivent encore être
résolues", a-t-il déclaré.
ASSISTANCE HUMANITAIRE
Selon la présidence azerbaïdjanaise, les autorités de
Bakou et les dirigeants des Arméniens du Haut-Karabakh ont
décidé jeudi d'une nouvelle réunion prochainement.
"Les questions de la réintégration de la population
arménienne du Karabakh, de la restauration des infrastructures
et de l'organisation d'activités basées sur la constitution et
les lois de la République d'Azerbaïdjan ont été discutées",
indique le communiqué de la présidence.
Bakou s'est engagé à fournir rapidement du combustible
pour les systèmes de chauffage et une assistance humanitaire.
Le cessez-le-feu annoncé mercredi laisse à penser que
l'Azerbaïdjan va s'emparer du contrôle sur le Haut-Karabakh,
reconnu internationalement comme faisant partie de son
territoire mais administré jusqu'à présent en partie par des
autorités arméniennes dissidentes considérant la région comme
leur patrie ancestrale.
"Après la reddition de la junte criminelle, cette source de
tension, cet antre du poison, est déjà passée à l'histoire", a
déclaré mercredi soir le président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliev
dans un discours à la nation.
"La population arménienne du Karabakh peut enfin pousser un
soupir de soulagement. Je l'ai déjà dit et je tiens à le répéter
: les Arméniens du Karabakh sont nos citoyens".
La nouvelle de la reddition des forces séparatistes
arméniennes a été accueillie avec colère en Arménie où des
milliers de manifestants se sont rassemblées mercredi dans la
capitale Erevan pour demander au gouvernement de soutenir
davantage les ethnies arméniennes du Haut-Karabakh.
Certains ont demandé la démission du Premier ministre
arménien Nikol Pachinian, qui était déjà au pouvoir lors de la
défaite contre l'Azerbaïdjan en 2020.
Dans un discours prononcé à l'occasion de la fête de
l'indépendance de son pays, le chef de gouvernement a reconnu
que les Arméniens subissaient "d'indicibles souffrances
physiques et psychologiques".
Pour garantir sa survie, son pays a, selon lui,
absolument besoin de paix, d'un "environnement exempt de
conflits, de conflits interétatiques et interethniques".
(Reportage Nailia Bagirova et Felix Light; rédigé Guy
Faulconbridge, Blandine Hénault et Victor Goury-Laffont pour la
version française, édité par Zhifan Liu)