Le trafic de drogues s'invite dans la campagne des municipales
information fournie par AFP 25/01/2026 à 12:09

Un agent des douanes et son chien avant une opération antidrogue à Bayonne, le 22 janvier 2026 ( AFP / Gaizka IROZ )

Le narcotrafic bouscule la campagne des élections municipales: de gauche comme de droite, les prétendants au fauteuil de maire rivalisent de promesses sécuritaires pour endiguer les trafics et les violences qui en découlent.

A Clermont-Ferrand, la droite, qui veut ravir la mairie à la gauche, a fait de la question du trafic et plus largement de l'insécurité sa priorité.

Signe que ce fléau n'est plus le lot que des grandes métropoles, cette ville de 150.000 habitants a connu en 2025 de violents règlements de comptes liés au narcotrafic, dont cinq homicides, selon la préfecture.

Des gendarmes lors d'une opération antidrogue à Vezin-Le-Coquet, près de Rennes, le 22 janvier 2026 ( AFP / Damien MEYER )

Julien Bony, candidat LR, promet 100 policiers municipaux supplémentaires: il veut qu'ils soient armés car allant "au devant d'une plus grande violence" de la part de trafiquants qui "ne font pas la différence entre un policier municipal et un policier national".

Le maire PS sortant Olivier Bianchi, candidat à sa réélection, répond avoir augmenté les effectifs, passés de 40 à 70 policiers municipaux depuis son premier mandat en 2014. Mais il plaide avant tout pour plus d'"enquêteurs", "une justice avec des moyens et des prisons qui ne soient pas surpeuplées".

- Revirement -

A Bordeaux, exemptée jusque-là d'un narcotrafic massif, une fusillade mortelle fin décembre n'a pas manqué d'alimenter la campagne municipale dans laquelle les candidats situés à la droite du maire écologiste Pierre Hurmic, candidat à sa succession, insistent beaucoup sur le thème de la sécurité, préconisant notamment une augmentation du nombre de policiers municipaux et leur armement généralisé.

Dans la deuxième ville de Bretagne, Brest, le scrutin de mars pourrait être l'occasion de mettre fin à une exception: après une longue opposition, François Cuillandre, maire PS depuis 2001, a promis une police municipale s'il était réélu pour un cinquième mandat.

Le pays a "changé", notamment avec la montée du narcotrafic, avait-il justifié début janvier pour expliquer son revirement.

Des tarifs de stupéfiants peints sur le mur d'une cage d'escalier de la Cité des Oliviers à Marseille, le 9 décembre 2025 ( AFP / Thibaud MORITZ )

"Le fait qu'on fasse une police municipale de proximité va permettre à la police nationale de remplir au mieux ses missions régaliennes, notamment de lutter" contre ce trafic, avait développé l'élu, allié aux écologistes.

"La question du narcotrafic doit être la réponse numéro une dans les programmes" des candidats, plaide le militant écologiste et antidrogue marseillais Amine Kessaci, qui estime que le sujet n'est "pas assez" évoqué dans la campagne. Le jeune homme de 22 ans, dont les deux frères ont été assassinés, veut créer après les élections une "association nationale des maires de France qui agissent contre le narcotrafic".

"Il n'y a plus de zones blanches" sans narcotrafic, estime Jérôme Durain, ex-sénateur socialiste cosignataire de la proposition de loi contre le narcotrafic adoptée l'été dernier.

La multiplication "des phénomènes criminels inconnus dans certains territoires" (meurtres et tentatives de meurtres, enlèvements et séquestrations dans le cadre de règlements de comptes) "crée un sujet politique" pour les maires, tenus par leurs administrés de s'expliquer sur l'insécurité dans les petites et moyennes villes, analyse-t-il.

- Cible de choix -

Face à un possible risque de corruption des élus locaux, le président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), Christian Charpy, a appelé les candidats à la plus grande vigilance quant au financement de leur campagne.

"Premier officier chargé de la sécurité publique et de la tranquillité publique", le maire peut être une cible de choix à corrompre pour les réseaux criminels, ajoute-t-il. Avant de nuancer: il n'a pas eu vent "de situations dans lesquelles ce risque est avéré".

Autre promesse de candidats, installer plus de caméras de surveillance dans les rues. Le maire sortant de Lyon, l'écologiste Grégory Doucet, s'y refusait en début de mandat en 2020: il a changé d'avis en 2024 et en promet davantage en cas de réélection.

La lutte contre le narcotrafic "ne se joue pas à quelques caméras supplémentaires", tempère Anne Vignot, maire sortante écologiste de Besançon. Cette ville de 120.000 habitants entre la Suisse et l'Allemagne a connu de violents affrontements entre bandes rivales en 2019. Malgré leur démantèlement, le trafic y est toujours très présent.

Pour l'édile, qui se présente pour un second mandat, il faut aussi "agir à la racine" en ciblant les consommateurs "avec des actions d'information et de prévention".

Elle réclame l'ouverture d'une halte soins addictions, une salle de consommation de drogue similaire à celles de Paris et Strasbourg, quand son rival Ludovic Fagaut, tête d'une liste rassemblant LR et le MoDem, souhaite utiliser la loi narcotrafic pour "faire en sorte que les bailleurs sociaux expulsent des personnes" impliquées dans le trafic.