Le socialiste Jérôme Guedj, fervent ennemi de Mélenchon, candidat à la présidentielle information fournie par AFP 05/02/2026 à 09:53
"Il y a un espace pour une tonitruance socialiste". Jérôme Guedj est devenu jeudi le premier socialiste à déclarer officiellement sa candidature à la présidentielle de 2027, afin de représenter une "gauche républicaine", "universaliste" et "laïque" résolument en rupture avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.
"Je suis candidat pour porter d'abord cette question des valeurs: on ne transige pas avec la République, on ne transige pas avec la laïcité, avec l'universalisme, on est intransigeant sur les questions de lutte contre le racisme, de lutte contre l'antisémitisme", a déclaré le député de 54 ans sur France Inter.
Souhaitant incarner "le courage de la nuance" - le nom de son micro-parti -, il a néanmoins refusé de participer à la primaire que comptent organiser le 11 octobre socialistes et écologistes.
Si le patron des Roses, Olivier Faure, y est favorable et pourrait s'y présenter, les instances du PS n'ont pas encore pris de décision officielle quant à une participation à cette primaire.
Pour Jérôme Guedj, elle serait "très baroque". "Quelle est l'orientation programmatique? Quelle est la clarté dans les valeurs?", a interrogé l'ancien tenant de l'aile gauche du PS, membre des "frondeurs" qui avaient grandement compliqué le quinquennat de François Hollande entre 2012 et 2017 mais qui a été ces derniers mois fervent partisan du compromis avec Sébastien Lecornu sur le budget.
Cette annonce de candidature a précisément pour objectif d'"accélérer à la fois le travail programmatique et le travail stratégique" de la gauche non mélenchoniste, a argumenté cet énarque spécialiste des affaires sociales, en particulier des questions de grand âge.
Il a critiqué à ce titre l'"inertie" du débat, y voyant dans un entretien au quotidien libéral l'Opinion publié dans la foulée de son annonce "la primaire de la petite gauche".
- Gauches irréconciliables -
Quant à la domination évidente, dans le même espace politique, de Raphaël Glucksmann, placé autour de 10% dans les sondages d'intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle et également partisan d'une rupture complète avec LFI, Jérôme Guedj a rétorqué que l'eurodéputé n'était pas socialiste et qu'il n'avait pas encore annoncé sa candidature.
"J'apprécie sa clarté mais il n'est pas illégitime que le PS fasse valoir son identité propre", a-t-il précisé, souhaitant "que nous travaillions tous ensemble" dans "un cadre collectif" afin de permettre à la gauche d'avoir sa place au deuxième tour en 2027.
"Mettons-nous autour de la table devant les Français, portons une orientation politique qui marque une différence et une rupture avec une gauche qui hésite avec la République, avec une gauche qui hésite avec l'universalisme", a-t-il plaidé sur France Inter.
Député de l'Essonne, Jérôme Guedj a été longtemps très proche de Jean-Luc Mélenchon, avant leur rupture devant les hésitations de son mentor à qualifier de "terroriste" l'attaque du 7-Octobre 2023 du Hamas contre Israël.
Une première brouille avait déjà séparé les deux hommes lorsque le leader insoumis avait quitté le PS, où Jérôme Guedj était resté.
Symbole de cette déchirure entre deux gauches irréconciliables, en juin 2024, Jérôme Guedj a refusé de se présenter aux législatives anticipées sous l'étiquette du Nouveau front populaire (NFP), alliance entre LFI, le PS, les Ecologistes et le PCF qui avait permis à la gauche de se placer en tête, même si sans majorité suffisante.
Même l'ancien président François Hollande, qui cache peu ses ambitions pour 2027, s'était présenté sous l'étiquette NFP en Corrèze.
Un an plus tard, le député de l'Essonne n'avait pas hésité à traiter Jean-Luc Mélenchon, ancien sénateur de l'Essonne, de "salopard antisémite".
"Candidature macroniste", a tweeté le député insoumis Thomas Portes après l'annonce de Jérôme Guedj.
Tenant désormais au PS d'une ligne "réformiste", ni "incantatoire" ni "yakafauquon", ne voyant pas de compromission dans la recherche du compromis, y compris avec le centre macroniste, il se défend d'être devenu pour autant "un social-libéral puisque j'ai été capable de me confronter à François Hollande sur la politique de l'offre et pas seulement".
Il se dit soucieux d'éviter "le pire des scénarios": le duel entre l'Insoumis et le candidat d'extrême droite Jordan Bardella au second tour de la présidentielle.