Le socialiste Jérôme Guedj, ennemi farouche de Mélenchon, candidat à la présidentielle
information fournie par AFP 05/02/2026 à 14:59

Le député socialiste Jérôme Guedj à l'Assemblée nationale à Paris le 4 décembre 2025 ( AFP / Thomas SAMSON )

"Il y a un espace pour une tonitruance socialiste". Jérôme Guedj est devenu jeudi le premier socialiste à déclarer officiellement sa candidature à la présidentielle de 2027 afin de représenter une "gauche républicaine", "universaliste" et "laïque", résolument en rupture avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Alors que l'élection présidentielle commence à agiter sérieusement toute la classe politique, à plus d'un an de l'échéance, son nom vient s'ajouter à la longue liste des candidats, confirmés ou supposés, à gauche.

La cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, les députés ex-insoumis Clémentine Autain et François Ruffin, l'ex-ministre Delphine Batho, sont déjà sur les rangs. Jean-Luc Mélenchon et le leader de Place publique Raphaël Glucksmann devraient également en découdre, tandis qu'au sein du PS, le premier secrétaire Olivier Faure mais aussi François Hollande apparaissent comme de possibles prétendants.

Jérôme Guedj, 54 ans, s'est dit candidat pour porter la question "des valeurs: on ne transige pas avec la République, on ne transige pas avec la laïcité, avec l'universalisme, on est intransigeant sur les questions de lutte contre le racisme, de lutte contre l'antisémitisme", a défendu le député de l'Essonne sur France Inter.

Souhaitant incarner "le courage de la nuance" - le nom de son micro-parti -, il a refusé de participer à la primaire de la gauche qui aura lieu le 11 octobre, notamment avec les Ecologistes et les anciens Insoumis.

Si Olivier Faure y est favorable, les instances du PS n'ont pas encore pris de décision officielle quant à une participation à ce processus, certains ne cachant pas leur volonté de soutenir Raphaël Glucksmann.

Pour Jérôme Guedj, cette "primaire de la petite gauche" serait "trop étroite. Du coup, ça devient une primaire de division au lieu d'être une primaire de rassemblement", a déclaré à l'AFP l'ancien tenant de l'aile gauche du PS, membre des "frondeurs" qui avaient compliqué le quinquennat de François Hollande (2012-2017) mais qui a été ces derniers mois fervent partisan du compromis avec Sébastien Lecornu sur le budget.

"Il y a donc maintenant le PS Glucksmann, le PS Guedj et le PS primaire. Qui sera le prochain ?", a ironisé auprès de l'AFP le coordinateur de LFI Manuel Bompard.

Cette annonce de candidature a pour objectif d'"accélérer le travail programmatique et le travail stratégique" de la gauche non mélenchoniste, a argumenté Jérôme Guedj.

- Gauches irréconciliables -

Raphaël Glucksmann, leader de Place publique, à Strasbourg le 20 janvier 2026 ( AFP / NICOLAS TUCAT )

Quant à la domination, dans le même espace politique, de Raphaël Glucksmann, placé autour de 10% dans les intentions de vote à la présidentielle et également anti-LFI, Jérôme Guedj a dit apprécier "sa clarté mais il n'est pas illégitime que le PS fasse valoir son identité propre".

Enarque spécialiste des questions sociales, Jérôme Guedj a été longtemps très proche de Jean-Luc Mélenchon avant leur rupture devant les hésitations de son mentor à qualifier de "terroriste" l'attaque du 7-Octobre 2023 du Hamas contre Israël.

Symbole de cette déchirure, en juin 2024, Jérôme Guedj, qui avait oeuvré pour l'alliance de gauche Nupes en 2022 avec LFI, a refusé de se représenter aux législatives anticipées sous l'étiquette du Nouveau Front populaire, nouvelle alliance avec LFI qui a permis à la gauche de se placer en tête mais sans majorité suffisante.

Le leader de la France insoumise (LFI) Jean-Luc Melenchon à Roubaix (Nord) le 31 janvier 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Un an plus tard, il a même traité Jean-Luc Mélenchon de "salopard antisémite".

Tenant désormais au PS d'une ligne "réformiste", ni "incantatoire" ni "yakafauquon", ne voyant pas de compromission dans la recherche du compromis, y compris avec le centre macroniste, Jérôme Guedj se défend dans L'Opinion d'être devenu "un social-libéral". "J'ai été capable de me confronter à François Hollande sur la politique de l'offre et pas seulement", souligne-t-il.

Le député dit vouloir éviter "le pire des scénarios": le duel entre l'Insoumis et le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella au second tour de la présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon est synonyme de "rejet absolu parce que c'est une gauche aujourd'hui qui fait peur, qui clive, qui est étroite", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Que Jérôme Guedj veuille se présenter, c'est parfaitement légitime", remarque un proche du patron du PS Olivier Faure.

"Mais on peut pas dire dans la même phrase +je ferai tout pour que l'extrême droite ne l'emporte pas+ et contribuer à sa victoire" en étant "un candidat de plus" et "en refusant tout cadre de régulation démocratique", ajoute le même.