Le sénateur US Khanna accuse des colons de l'avoir détenu en Cisjordanie
information fournie par Reuters 11/07/2026 à 17:23

par Rami Ayyub

Le parlementaire démocrate américain Ro Khanna a affirmé avoir été retenu brièvement par des colons israéliens armés lors d'une visite en Cisjordanie cette semaine, qu'il a présentée comme un aperçu sans filtre du coût humain de l'occupation israélienne, alors qu'il envisage une candidature à la présidentielle de 2028.

Lors d'un entretien avec Reuters jeudi dans un village palestinien, Ro Khanna a raconté que le véhicule de son groupe avait été encerclé la veille par des colons munis de fusils M4 alors qu'ils visitaient une zone du sud de la Cisjordanie où les habitants sont fréquemment confrontés à des attaques de colons.

"Nous étions dans un village que des colons israéliens avaient détruit, ils avaient détruit l'école, ils avaient détruit ce village, et nous étions simplement en train de regarder", a déclaré Ro Khanna, élu de Californie à la Chambre des représentants.

"Et ces voyous arrivent avec des armes automatiques – des M4, une arme fabriquée aux États-Unis – et ils nous retiennent. Ils bloquent la route. Et ensuite ils appellent l'armée et les l'armée est de leur côté, pas du côté des Américains", a-t-il ajouté.

Un collaborateur de Ro Khanna présent dans le groupe, Cameron Kasky, a précisé que le groupe avait été retenu pendant plus d'une heure et avait sollicité l'aide de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem. Des agents semblant appartenir à la police sont ensuite intervenus, permettant leur libération, a-t-il poursuivi.

L'armée israélienne a déclaré que des soldats et des policiers étaient intervenus après avoir reçu un signalement de colons bloquant des véhicules près de Khirbet Zanuta, un petit hameau palestinien dont les habitants ont été déplacés par des raids violents de colons après les attaques du Hamas contre Israël en 2023.

"À leur arrivée, les troupes ont dispersé les civils israéliens et permis aux véhicules de poursuivre leur route", a déclaré l'armée.

La police israélienne n'a pas répondu dans l'immédiat à une sollicitation, pas plus que l'ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Les propos de Ro Khanna interviennent alors que les démocrates américains avancent divisés sur leur rapport à Israël.

À Tel-Aviv mercredi, Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de Barack Obama, a estimé que les politiques israéliennes envers les Palestiniens érodaient le soutien à l'alliance entre les États-Unis et Israël.

La cote de popularité d'Israël parmi les démocrates est passée de 59% en 2018 à 22% en mai, selon un sondage Reuters/Ipsos.

Si Israël bénéficie traditionnellement d'un fort soutien bipartisan aux États-Unis, un nombre croissant de démocrates au Congrès militent désormais pour une suspension de l'aide militaire, qui s'élève à 3.800.000.000 dollars par an et comprend le financement d'armements légers comme les fusils M4 et de systèmes d'interception de missiles utilisés lors de la guerre contre l'Iran.

Depuis les hauteurs surplombant une vallée parsemée d'avant-postes de colons aux abords de Turmus Ayya, un village abritant des milliers de binationaux américano-palestiniens, Ro Khanna a estimé que l'establishment de son parti était "déconnecté de l'ampleur du test moral que représentent la Palestine, Gaza et Israël".

Il a expliqué avoir choisi de se rendre exclusivement en Cisjordanie, avec un programme encadré par des Palestiniens, afin d'obtenir une vision sans filtre du territoire conquis par Israël lors de la guerre de 1967 au Moyen-Orient.

"Si vous n'êtes pas prêts à défendre les droits humains des Palestiniens, si vous n'êtes pas prêts à dénoncer le génocide à Gaza, l'apartheid en Cisjordanie, alors vous êtes moralement compromis", a-t-il déclaré.

Israël rejette les accusations de génocide à Gaza ainsi que celles évoquant un régime d'apartheid en Cisjordanie, qui compte environ 3 millions de Palestiniens et près de 500.000 colons juifs.

La plupart des pays et les Nations unies considèrent les colonies israéliennes en Cisjordanie comme illégales au regard du droit international, en invoquant la quatrième Convention de Genève, qui interdit le transfert de population civile dans un territoire occupé.

Israël conteste cette interprétation, affirmant que la Cisjordanie est un territoire disputé où une présence juive existe depuis des millénaires. Les Palestiniens considèrent la Cisjordanie, avec Gaza et Jérusalem-Est, comme partie intégrante d'un futur État palestinien.

Le soutien reste important parmi les républicains, bien que certaines composantes de la coalition de Donald Trump aient également appelé à une réduction de l'aide.

(version française Nicolas Delame)