Le sanglier sur le ballast, "bête noire" de la SNCF information fournie par AFP 26/02/2026 à 11:15
Le long des voies de la ligne Rouen-Caen, en pleine forêt normande, des balises sonores et lumineuses diffusent tous les 50 mètres des "bruits de forêt" - claquement sec, froissement d'ailes, craquements de branche - avant chaque passage de train, pour prévenir les animaux: il faut s'éloigner des rails.
Et ça marche. Depuis l'installation de ces avertisseurs "Safe", la SNCF a "réduit les collisions de trains avec les sangliers et la faune sauvage de quasi 100%" sur cette portion de voie, explique Frédéric Cochepain, chef du projet.
Le son se déplace à la vitesse du train. Les animaux sont alertés quelques secondes avant le passage de la rame.
Grâce à un radar, une balise détectrice plantée le long des rails calcule la vitesse du convoi à l'approche. L'information est transmise à une balise émettrice alimentée par énergie solaire. Celle-ci déclenche un haut-parleur et répercute l'alerte sonore à la borne suivante. Et ainsi de suite.
Safe a été créé par la SNCF avec une société spécialisée dans la signalétique et une jeune chercheuse en thèse de doctorat qui a élaboré les "bruits de forêt" susceptibles d'avertir les animaux.
"Le but est de leur faire relever la tête", explique à l'AFP Maxime Gombart, référent national faune à SNCF Réseau, la filiale qui entretient les 28.000 kilomètres de voies ferrées en France.
- Zone de collision -
"Les collisions arrivent souvent à tombée de nuit, l'heure où les animaux sortent s'abreuver ou s'alimenter", explique-t-il, et surtout en automne ou en hiver car ils sortent au moment des heures de pointe des trains, en fin de journée.
Ils ne voient pas ou n'entendent pas les trains, "de plus en plus silencieux" et rapides, souligne M. Gombart.
Ce matin-là, de part et d'autre du ballast - la couche de cailloux disposée sous et autour des rails - des empreintes de pattes sont imprimées dans la terre noire et grasse de lisière forestière.
Un sanglier a traversé la voie, une biche a remonté le talus en sautant: Maxime Gobart sait lire la forêt.
Safe a été installé là car c'est une zone de passage et de collision. "On était à 10 heurts de sangliers par an" sur ces 5,5 km, souligne M. Cochepain. Plus aucun depuis l'installation du système.
Avec l'augmentation du nombre de sangliers, les collisions sont devenues un tel problème pour la SNCF qu'elle a élaboré en 2024 son premier "plan faune", avec "régulateurs" humains et avertisseurs balises.
Car tout arrêt de train - quinze par jour en moyenne en France liés aux sangliers - génère des retards en chaîne et des pertes financières, souligne Valérie Lallemand, directrice du programme végétation-faune de la SNCF.
A chaque collision, le conducteur doit vérifier son train, surtout le châssis du dessous. Un train croiseur est ensuite envoyé à 30 km/heure pour nettoyer les voies.
- "La bête noire" -
En 2025, la SNCF a comptabilisé 1.400 heurts entre trains et sangliers, 27% de plus qu'en 2024. "C'est la bête noire, l'animal qui nous cause le plus de dégâts", dit Maxime Gombart. Un problème dans toute l'Europe.
Sans être classé nuisible, le sanglier est chassable en raison des dommages qu'il cause dans les champs agricoles. Près de 900.000 sangliers ont été abattus en 2025, contre 100.000 dans les années 1990, indique Eric Baubet, de l'Office français de la biodiversité (OFB).
Il estime la population de sangliers "entre 1,5 et 2 millions d'individus" en France.
"Nous travaillons avec les autorités" et les fédérations de chasseurs, dit M. Gombart. Parfois des battues sont organisées. Il n'y a "pas de solution unique, c'est du cas par cas", et le mieux, c'est d'inciter les animaux à ne pas pénétrer sur les voies.
Plus loin sur la ligne Rouen-Caen, à Beaumont-le-Roger, d'autres dispositifs permettent aux sangliers de s'échapper à temps des voies.
La SNCF en installe aussi sur son réseau TGV, grillagé et théoriquement protégé des intrusions.
Outre la Seine-Maritime, la SNCF a placé deux effaroucheurs Safe en Pays de Loire sur la ligne Angers-Le Mans, et un en Alsace.
Coût: 350.000 euros l'unité. Il pourrait baisser si le système s'industrialise, estime la compagnie qui compte sur l'aide financière des régions pour le déployer.