Le recul de l'apprentissage pèse sur l'emploi salarié
information fournie par Boursorama avec AFP 30/10/2026 à 11:43

( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )

L'emploi salarié du secteur privé en France est resté en léger recul au troisième trimestre, dans la lignée des trimestres précédents, tiré vers le bas par la mauvaise santé de l'apprentissage, un nouveau signal négatif pour l'emploi des jeunes.

Dans la lignée du ralentissement de l'économie française, quelque 25.800 emplois ont été perdus, soit 0,1 %, au 3e trimestre, maintenant une quasi-stabilité comme cela avait été le cas aux premier et deuxième trimestres.

Sur un an, le recul est plus marqué, à -0,3 %, soit 69.800 emplois en moins, baissant sur douze mois pour le septième trimestre consécutif.

Par rapport à son sommet atteint début 2024, l'emploi salarié privé a perdu 148.400 emplois (-0,7 %), mais l'Insee souligne qu'il reste néanmoins très au-dessus de son niveau de fin 2019, avant la crise sanitaire du Covid (+4,9 %). Sept années s'étant écoulées depuis, cette comparaison n'est plus "un bon argument" pour voir le verre à moitié plein, considère Nathalie Chusseau, professeure d'économie à l'université de Lille, qui se dit "pas très optimiste par les trajectoires qui sont prises" en matière d'emploi.

"En 2026, l'économie française est à l'arrêt", a d'ailleurs jugé vendredi le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure, après la publication d'un recul de 0,1 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, qui suit une baisse de 0,2% au premier trimestre et une stagnation au deuxième.

Reculs dans l'industrie et la construction

Derrière la quasi-stagnation de l'emploi privé, Nathalie Chusseau voit "trois éléments qui paraissent inquiétants". Le premier d'entre eux est la situation de l'apprentissage, qui, après plusieurs années d'envol porté par des aides publiques, subit à la fois une réduction des mesures de soutien depuis 2025 et la mauvaise conjoncture.

"Les contrats en alternance, très majoritairement en apprentissage, contribuent fortement à la baisse de l'emploi salarié privé", explique, dans sa publication, l'Insee.

"C'est une mauvaise nouvelle, car cela vient encore fragiliser l'emploi des jeunes", alors que leur niveau de chômage est aussi en hausse, insiste Nathalie Chusseau. Au deuxième trimestre, le taux de chômage des 15-24 ans avait grimpé à 21,6%, largement plus du double que le taux de chômage tous âges confondus, et les chiffres publiés mercredi par France Travail et le ministère du Travail ont montré une augmentation au 3e trimestre de 2,4% du nombre de jeunes de moins de 25 ans sans aucune activité inscrits comme demandeurs d'emploi.

Par ailleurs, les reculs de l'emploi enregistrés dans l'industrie et la construction sont deux autres mauvaises nouvelles, selon la professeure d'économie.

Dans le détail, l'emploi privé dans l'industrie a poursuivi son recul continu enregistré depuis début 2025, avec une légère diminution de 0,2 % (-6.400 emplois). La baisse a été plus marquée dans le secteur privé agricole, avec 6.000 emplois en moins (-1,9 %), et dans la construction (-0,4 %, soit 6.100 emplois en moins).

Or, industrie et construction "sont des secteurs qui sont porteurs de gains de productivité et donc de croissance", explique Nathalie Chusseau.

Rebond conjoncturel de l'intérim ?

A contre-courant des autres chiffres publiés, l'emploi intérimaire est lui reparti à la hausse au troisième trimestre, avec une progression de 1,3 % (+8.900 emplois) après un recul de 1 % au trimestre précédent.

Comme l'intérim est plus facilement utilisé par les entreprises comme variable d'ajustement à la conjoncture et à ce titre souvent considéré comme précurseur de tendance, est-ce un bon signe pour l'emploi en France dans les mois à venir ? Nathalie Chusseau ne le pense pas. "A mon avis, il faut le voir plutôt comme quelque chose de conjoncturel (les mois d'été pouvant être propices à l'embauche d'intérimaires, ndlr) plutôt que comme un signe de bonne santé" économique, estime-t-elle.

Sans tenir compte de l'intérim, l'emploi salarié privé est resté quasi-stable (-0,1 %, -12.000 emplois) dans le tertiaire marchand. Le tertiaire non-marchand a aussi légèrement reculé (-0,2 %).

L'Insee publiera le 27 novembre les chiffres consolidés de l'emploi pour le troisième trimestre, qui comprendront également des données sur l'évolution de l'emploi public et de l'emploi non salarié.

Avant cela, il publiera le taux de chômage pour le troisième trimestre le 10 novembre. Ce taux était de 8,3% au deuxième trimestre.