Le PIB mondial pourrait ralentir à 1,3% cette année avec la guerre au Moyen-Orient, prévient Gill (Banque mondiale)
information fournie par Reuters 22/07/2026 à 14:01

* La croissance mondiale pour 2026 pourrait être ramenée à 1,3%

* 32 pays en surendettement ou en risque élevé de l'être

* Possible remise en cause des dépenses liées à des secteurs clés

* Une annulation de dette pour certains pays peut-être nécessaire

par Andrea Shalal

L'aggravation des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran pourrait accélérer l'inflation, provoquer un relèvement des taux d'intérêt et faire passer la croissance économique mondiale de 2,9% à 1,3% cette année, a souligné auprès de Reuters Indermit Gill, chef économiste de la Banque mondiale.

L'institution financière internationale, qui envisageait trois scénarios dans ses prévisions économiques de juin en raison de la forte incertitude entourant la guerre au Moyen-Orient, indique que l'hypothèse la plus pessimiste est déjà en passe de se réaliser.

Dans une interview accordée à Reuters mardi soir, Indermit Gill, qui prendra sa retraite fin août, note que ce scénario d'une durée des hostilités de six mois ou davantage, pourrait faire grimper l'inflation globale à 4,5%.

La guerre israélo-américaine contre l'Iran a été déclenchée le 28 février. Un protocole d'accord en vue d'un cessez-le-feu durable a été signé le 17 juin, mais ces derniers jours ont été marqués par une reprise des hostilités.

Selon Indermit Gill, la poursuite des combats et les dégâts subis par les infrastructures pétrolières au Moyen-Orient vont également aggraver l'insécurité alimentaire, en perturbant les livraisons d'engrais, d'hélium et de soufre nécessaires à l'agriculture. Cela devrait déclencher ainsi une vague d'effets secondaires pouvant notamment se traduire par une hausse des taux d'intérêt, a-t-il expliqué.

Ces propos sont les premiers formulés publiquement par un haut responsable de la Banque mondiale depuis le regain de tensions en cours entre Washington et Téhéran.

INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE ACCRUE

Indermit Gill a souligné que les pays pauvres, déjà en peine avec les effets de la pandémie de COVID-19, pourraient être confrontés à une insécurité alimentaire accrue, tandis que les nations fortement endettées pourraient faire face à une hausse des coûts d'emprunt liée à la remontée des taux d'intérêt. Cela pourrait se traduire par une réduction des dépenses consacrées à l'éducation, à la santé et à d'autres services essentiels.

"Mon sentiment personnel est que nous en sommes peut-être à quelques mois de cela", a-t-il déclaré.

Une fois que l'inflation s'accélérera, il ne faudra peut-être que quelques mois avant que les pays fortement endettés ne soient confrontés à de graves problèmes pour honorer le service de leur dette, a-t-il mis en garde.

Des signes de tension apparaissent déjà: certains pays à court de liquidités ont demandé au Fonds monétaire international (FMI) de nouvelles lignes de crédit, tandis que le Pakistan a sollicité cette semaine auprès des Etats-Unis un financement de 10 milliards de dollars pour renforcer ses réserves, selon une source informée du dossier.

Alors que les prévisions de juin de la Banque mondiale indiquaient que 40% des pays à faible et moyen revenu (soit 32 pays) étaient ou en situation de surendettement, ou exposés à un risque élevé d'y sombrer, Indermit Gill note que ce nombre pourrait augmenter rapidement en cas de renchérissement du coût du crédit.

"C'est tout simplement un désastre qui s'annonce lentement" a-t-il dit, soulignant que les pays encore capables d'honorer le service de la dette finiraient par puiser dans les ressources destinées à l'éducation, à la santé et à d'autres secteurs indispensables pour alimenter la croissance future.

Le ratio moyen dette/PIB des pays émergents et en développement s'élevait à environ 74% en 2025, bien au-dessus des ratios avoisinant les 50 à 55% enregistrés avant la pandémie de COVID-19, qui a débuté fin 2019, selon les données de la Banque mondiale. Pour les pays à faible revenu, ce ratio s'élevait à 67%, contre environ 40% auparavant.

Une annulation de dette au cas par cas pour certains pays sera nécessaire, anticipe Indermit Gill.

(Reportage Andrea Shalal; version française Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)