Le Pen - Bardella, le relais de la flamme information fournie par AFP 26/02/2026 à 17:30
Côte à côte jeudi au Salon de l'agriculture, Marine Le Pen et Jordan Bardella font "bloc". Mais derrière cette unité s'esquisse un passage de flambeau en vue de la présidentielle entre la cheffe des députés RN, suspendue à son sort judiciaire, et le jeune patron du parti.
Que l'horizon du 7 juillet 2026 paraît encore lointain pour Marine Le Pen, qui connaîtra ce jour-là la décision de la cour d'appel de Paris dans le dossier des assistants des eurodéputés RN.
Une attente qu'elle vit "mal", a-t-elle dit mercredi soir sur BFMTV, car empêchant son parti de se projeter d'ores et déjà dans la campagne présidentielle, alors qu'ont été requis à son encontre quatre ans de prison, dont un ferme aménageable sous bracelet électronique, ainsi que cinq ans d'inéligibilité qui lui barreraient la route vers l’Élysée.
"Je ne suis pas résignée, je suis juste sage", assure-t-elle encore, déclinant une devise stoïcienne: "quand la décision ne dépend pas de vous, ça ne sert à rien de s'exciter, ça ne sert à rien de s'agiter, ça ne sert à rien de faire des plans sur la comète".
Cela ne dispense pas d'une carte postale au ton acide pour la justice et ces "trois magistrats qui décideront si oui ou non, les millions de Français qui veulent voter pour moi pourront le faire ou pas".
Dans ce contexte, la triple candidate à l’Élysée fait flotter un petit parfum de succession au bénéfice de M. Bardella, officiellement adoubé comme son remplaçant.
Un exercice délicat, car il s'agit de maintenir vivace l'espoir chez ses partisans qu'elle puisse postuler, tout en préparant l'avenir.
"Il semble hautement improbable qu’elle soit candidate", décrypte un ministre. "J’ai l’impression, car je la côtoie à l’Assemblée, que ça fait un moment qu’elle a intégré le truc, qu’elle est sereine avec ça", avance-t-il aussi.
En façade, rien ne bouge. Jordan Bardella a ainsi pris soin d'insister jeudi sur le fait qu'à ce stade, il se "prépare à devenir chef du gouvernement et Marine se prépare à devenir présidente de la République".
"Nous avons toujours fait bloc et je crois que personne n'en doute. Nous travaillons ensemble, main dans la main", a-t-il insisté.
- Émancipation -
Par touches cependant, Mme Le Pen travaille à l'émancipation de son cadet.
D'abord en actant qu'il lui serait impossible de faire campagne si elle était condamnée à porter un bracelet électronique, jugeant qu'une telle sanction serait "une autre manière" de l'empêcher d'être candidate.
Surtout, elle a assuré qu'elle ne jouerait pas "un rôle de tutelle" auprès de Jordan Bardella, qu'il soit candidat ou président.
"Je n'ai aucun regret et surtout, je me félicite d'avoir réussi, à la différence de beaucoup de dirigeants politiques d'ailleurs, à faire émerger une personnalité qui, en cas d'empêchement, a les qualités pour pouvoir porter nos idées à la présidentielle", a-t-elle poursuivi.
Et c'est "lui qui déterminera à quel niveau il a besoin de ma présence, de mes conseils", a-t-elle souligné, le présentant comme un "homme libre".
De fait, Jordan Bardella doit consolider sa légitimité pour convaincre, s'il est amené à sortir du rôle de second.
La stratégie de campagne dépendra du candidat, pointe un cadre du RN. Il y a la question de "l'image présidentielle", estime cette source. "Marine a moins à construire que Jordan, qui doit renforcer, construire", ce qui pourrait passer par des déplacements à l'étranger, analyse-t-il.
Le jeune président du parti, qui vient déjà d'écumer la France pour assurer la promotion de son récent livre, s'est aussi lancé dans la campagne des municipales. Samedi, il occupera la tête d'affiche d'un grand meeting à Perpignan, vitrine du frontisme municipal, au côté du maire Louis Aliot.
En attendant, le trentenaire a reçu un accueil plutôt chaleureux et multiplié les selfies dans les allées du Salon de l'agriculture, nonobstant quelques quolibets - plusieurs "fasciste" ont été lancés.
"2027, on y va Jordan!", a crié un visiteur. De quoi chatouiller les ambitions de M. Bardella, alors qu'un sondage Odoxa pour Le Figaro, publié début février, montre que plus de deux tiers des sympathisants RN préféreraient sa candidature à celle de Marine Le Pen.
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