Le parquet demande le renvoi en procès de l'assassin présumé de Dominique Bernard, de son frère et de son cousin
information fournie par AFP 23/06/2026 à 19:36

Le portrait du professeur de français Dominique Bernard accroché sur la façade de l'hôtel de ville d'Arras, le 19 octobre 2023 dans le Pas-de-Calais ( AFP / FRANCOIS LO PRESTI )

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a demandé le renvoi en procès de l'assassin présumé du professeur de français Dominique Bernard, son ancien élève Mohammed Mogouchkov, ainsi que de son frère cadet et de son cousin, deux ans et demi après cette attaque jihadiste qui avait aussi fait trois blessés.

Le 13 octobre 2023, Mohammed Mogouchkov, fiché pour radicalisation islamiste et armé de couteaux, avait attaqué son ancien professeur, âgé de 57 ans, à la sortie de la cité scolaire Gambetta-Carnot à Arras.

En dix minutes, ce Russe originaire d'Ingouchie, dans sa vingtaine à l'époque, avait fait un mort et trois blessés.

Dans une vidéo d'allégeance publiée avant l'attaque, il avait revendiqué son geste au nom du groupe jihadiste État islamique.

Le parquet demande à ce qu'il soit jugé devant la cour d'assises spéciale des mineurs, notamment pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste et participation à une association de malfaiteurs à caractère terroriste, a appris l'AFP mardi de source proche du dossier.

Mohammed Mogouchkov avait d'abord frappé son ancien professeur de français au cou et à l'épaule.

Un autre enseignant avait tenté de s'interposer, mais l'assaillant l'avait blessé grièvement au visage et l'avait poursuivi jusque dans la cour intérieure du lycée. Sous les yeux d'élèves, deux agents avaient tenté de défendre leurs collègues, mais avaient à leur tour été blessés.

Des policiers arrivés sur place en quelques minutes avaient maîtrisé l'assaillant avec leur pistolet à impulsion électrique.

"Détestation de l'Education nationale"

"La détestation de l'Education nationale et des valeurs qu'elle prône, telles que l'émancipation par la réflexion, la laïcité et les principes démocratiques, sont à l'origine du choix de Dominique Bernard comme première victime de son périple meurtrier", estime le parquet dans son réquisitoire, selon la source proche du dossier.

Des habitants assistent à la cérémonie d'obsèques du professeur de français Dominique Bernard, retransmise sur un écran géant installé sur la façade de l'hôtel de ville d'Arras, le 19 octobre 2023 dans le Pas-de-Calais ( AFP / Denis Charlet )

Lors de l'enquête, Mohammed Mogouchkov a déclaré avoir volontairement ciblé son ancien professeur de français, "l'une des matières" où on transmet "l'attachement du système en général de la République, de la démocratie, des droits de l'Homme".

Dominique Bernard, originaire d'Arras, agrégé de lettres modernes et enseignant au collège, était "passionné" de littérature selon ses proches.

Cofondateur de l'université populaire d'Arras, il était "discret", "n'aimait pas le bruit et la fureur du monde", avait décrit son épouse Isabelle Bernard lors de ses funérailles devant un millier de personnes, dont le président Emmanuel Macron.

Association de malfaiteurs terroriste

Mohammed Mogouchkov, né en 2003 dans la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, est arrivé en France à cinq ans, d'abord à Rennes, puis à Arras. Il était fiché pour radicalisation islamiste depuis février 2021 après deux signalements du lycée Gambetta d'Arras.

Des fleurs déposées devant le lycée Gambetta d'Arras en hommage au professeur de français Dominique Bernard, tué lors d'une attaque au couteau, le 13 octobre 2026 dans le Pas-de-Calais ( AFP / Denis Charlet )

Depuis juillet 2023, il était surveillé par la DGSI en raison des liens avec son grand frère, Movsar, incarcéré pour ne pas avoir dénoncé un projet d'attentat aux abords de l'Elysée, et son père fiché S expulsé en 2018.

Concernant le frère de Mohammed Mogouchkov, mineur à l'époque des faits et qui avait été mis en examen pour complicité, le Pnat demande finalement un non-lieu pour ce chef d'accusation, mais requiert un procès pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

"Il apparaît que Souleiman Mogouchkov, s'il a bien pu observer la radicalisation violente de son frère, n'a pas été informé de la nature" de son projet criminel, souligne le parquet, relevant qu'il était aussi mis "hors de cause" par les déclarations de son aîné.

Il résulte aussi "de ses propos qu'il n'avait pas connaissance précise du projet de son grand frère, aucun élément retrouvé notamment dans le cadre des exploitations numériques ne permettant de contredire ces éléments", poursuit-il.

"Le réquisitoire du Pnat constitue un immense soulagement pour notre client, en ce qu'il confirme qu'il n'a joué aucun rôle de complice dans l'attentat du 13 octobre commis par son frère", commentent auprès de l'AFP Mes Ambroise Vienet-Legué et Margaux van der Have, défenseurs du frère de l'assaillant.

Le Pnat "retient ainsi ce que nous soutenons depuis le premier jour: notre client n'a apporté aucune aide à son frère, n'avait aucune connaissance de son passage à l'acte et n'a jamais voulu prendre part, de près ou de loin, à cet attentat qu'il a toujours condamné", avancent-ils encore. Ils espèrent "que les juges d'instruction (...) suivront cette analyse".

Le Pnat requiert également un procès "pour non-dénonciation d'un crime" contre le cousin, qui a "reconnu" pendant l'enquête qu'il savait que Mohammed Mogouchkov était "radicalisé" et que ce dernier lui "avait demandé de réparer un couteau quelques semaines avant l'attentat". Il a aussi admis "qu'il aurait dû prévenir sa famille ou la police".

Les avocats de Mohammed Mogouchkov et du cousin n'ont pas répondu à l'AFP dans l'immédiat.

Les juges antiterroristes doivent désormais décider de suivre ou non ces réquisitions.