Le parquet de Paris se penche sur les soupçons d'ingérence russe visant Attal et Philippe information fournie par AFP 18/08/2026 à 14:19
Deepfakes ou faux reportages vidéo : le parquet de Paris s'est saisi d'initiative des soupçons d'ingérence russe ciblant les prétendants à la présidentielle Edouard Philippe et Gabriel Attal, comme il l'avait déjà fait pour Raphaël Glucksmann.
La section "protection des libertés fondamentales" du parquet de Paris s'est "saisie d'initiative" des dossiers concernant Edouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance), a indiqué mardi le ministère public sollicité par l'AFP.
Début août, le parquet parisien avait déjà fait savoir qu'il s'était saisi pour les mêmes faits présumés concernant Raphaël Glucksmann (Place publique), probable candidat à la présidentielle.
Une série d'opérations de déstabilisation, attribuées à des réseaux pro-russes, ont ciblé cet été ces trois candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle.
Edouard Philippe a été calomnié sur son état de santé, Raphaël Glucksmann à travers sa compagne, la journaliste Léa Salamé, accusée d'avoir soudoyé des médias pour favoriser la candidature de son mari et Gabriel Attal a été notamment présenté comme potentiellement atteint de la maladie de Parkinson.
Même si ces opérations sont restées peu visibles d'après une source sécuritaire, il s'agit des premières visant directement depuis le début de la campagne des prétendants à l'Elysée.
"Sincérité du débat"
"La section AC2 protection des libertés fondamentales s'est saisie d'initiative pour les trois personnalités évoquées, avant même réception des plaintes, adressées au parquet", a précisé le ministère public à l'AFP mardi.
"Les plaintes et les faits dénoncés sont en cours d'examen par le parquet (constatations et vérifications en cours, qualification des faits)", développe-t-il.
Gabriel Attal, patron du parti Renaissance, a porté plainte le 7 août pour "ingérence étrangère" en "provenance de réseaux russes", avaient expliqué ses avocats à l'AFP, Mes Sacha Ghozlan et Lucas Veil.
Les avocats de l'ancien Premier ministre ont répertorié sur les réseaux et plateformes "deepfakes, faux reportages vidéo, fausses Unes de journaux".
Cette saisie d'initiative du parquet "témoigne de la prise au sérieux, par les autorités judiciaires, de la gravité de ces manœuvres d'ingérence numérique et de la nécessité de protéger la sincérité du débat démocratique qu'elles cherchent à altérer", ont salué mardi les conseils.
De son côté, Raphaël Glucksmann a annoncé le 12 août avoir porté plainte. "Il est fondamental de dire cette chose simple : nous ne pouvons pas laisser la Russie de Vladimir Poutine manipuler l'élection existentielle pour le peuple français qu'est l'élection présidentielle de 2027", avait lancé le responsable politique lors d'un déplacement dans l'Aude.
Les trois prétendants à la présidentielle sont visés selon leur entourage pour leur position pro-Ukraine depuis l'invasion par la Russie en 2022.
La garde rapprochée de Gabriel Attal fait ainsi "évidemment le lien avec sa détermination contre les ingérences russes" et "son engagement pour l'Ukraine, ses fonctions de président du groupe d'amitié France-Ukraine et son statut de candidat à la présidentielle".
"Open bar"
Cette situation pèse sur les débats. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé cet été que le gouvernement avait présenté fin juillet en Conseil des ministres un projet de loi durcissant les peines encourues en cas de diffusion de fausses informations.
Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, a déploré que la présidentielle française soit "open bar pour tous les manipulateurs du monde".
Des candidats de La France insoumise aux dernières élections municipales, à Marseille, Toulouse et Roubaix, avaient été ciblés, les soupçons pointant vers une entreprise israélienne.
"L'enquête sur le soupçon d'ingérence au préjudice de divers candidats aux élections municipales est toujours en cours, sans nouvel élément communicable à ce stade", avait mentionné récemment auprès de l'AFP le parquet de Paris.
Une partie de la gauche estime que le gouvernement ne va pas assez loin et souhaite atteindre les plateformes étrangères comme TikTok ou X.
La patronne des Ecologistes Marine Tondelier a proposé dans Libération de suspendre en France des réseaux comme X le temps de la campagne "en cas d'ingérences constatées en amont".
Une proposition qui lui a valu d'être accusée par le patron de X, Elon Musk, de "trahison envers la France", le milliardaire allant jusqu'à réclamer de la "faire taire".