Le pape réitère son appel à un meilleur traitement des migrants alors que l'UE durcit sa politique migratoire
information fournie par Reuters 12/06/2026 à 16:02

par Joshua McElwee

Le pape Léon a de nouveau appelé vendredi à un meilleur traitement des migrants lors de son déplacement d'une semaine en Espagne, alors que l'Union européenne (UE) s'est officiellement doté d'une politique plus stricte en matière d'immigration et d'asile.

Présent sur l'île de Tenerife, la plus grande de l'archipel des îles Canaries, Léon XIV a notamment averti les trafiquants d'êtres humains et groupes criminels qui exploitent les migrants désespérés qu'ils finiraient en enfer s'ils ne "se repentent" pas devant Dieu.

A ceux qui "profitent du désespoir des gens (ou) organisent des routes de la mort" : "arrêtez. Repentez-vous", a déclaré le pape.

"Pour chaque vie perdue, chaque famille trompée... vous devrez comparaître devant la justice divine."

Concluant vendredi sa tournée en Espagne, le souverain pontife avait appelé la veille les dirigeants mondiaux à faire preuve de davantage d’humanité à l'égard des migrants. Léon XIV s’est montré plus virulent dans ses critiques à l’égard de l’orientation du leadership mondial ces derniers mois.

Sa visite aux îles Canaries, archipel espagnol au large de la côte ouest de l’Afrique et par lequel transitent des dizaines de milliers de migrants, intervient alors qu'est entré en force vendredi un pacte migratoire européen plus ferme, sous la pression des partis nationalistes d'extrême droite.

Cet accord à l'échelle de l'UE prévoit notamment des contrôles aux frontières plus stricts, un traitement plus rapide des dossiers, des outils numériques renforcés pour le suivi des demandes d'asile et une augmentation des expulsions.

Adopté en 2024 et entré en vigueur vendredi, ce pacte, fruit d'une décennie de travaux, prévoit une période de mise en œuvre de deux ans.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a qualifié de "juste et ferme", affirmant qu’il permettrait d’assurer "des frontières extérieures plus sûres, une solidarité entre les États membres et des procédures d’asile et de retour plus efficaces".

Le pacte instaure un nouveau "mécanisme de solidarité" qui oblige les États membres de l'UE recevant moins de demandes d'asile à accepter des relocalisations, ou à apporter une contribution financière ou un soutien opérationnel aux pays qui en accueillent davantage.

La Commission européenne affirme soutenir la mise en œuvre de ces mesures par de nouveaux financements et a proposé un budget de 6,34 milliards d’euros pour la migration, la gestion des frontières et la sécurité intérieure dans le prochain budget septennal afin de soutenir leur déploiement.

Le pacte énumère également des garanties visant à protéger les droits des groupes vulnérables. Mais les organisations de défense des droits humains et les analystes avertissent que ce nouveau cadre limite l'accès à l'asile et affaiblit les protections.

Face au pape vendredi, une migrante, Bousso Diouf, a déclaré que les migrants ne voulaient pas de privilèges particuliers, mais "du respect, de l’humanité et la possibilité de vivre dans la dignité".

(Joshua McElwee ; avec Corina Pons ; Amina Ismail ; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)