Le pape au Liban porteur d'un message de paix
information fournie par AFP 30/11/2025 à 15:37

Le pape Léon XIV à son arrivée à l'aéroport internaiotnal de Beyrouth, le 30 novembre 2025 au Liban ( AFP / Andreas SOLARO )

Léon XIV est arrivé dimanche au Liban pour porter un message de paix à ce pays éprouvé par une crise endémique et qui sort d'une guerre meurtrière avec Israël, après une visite en Turquie marquée par le dialogue pour l'unité des chrétiens.

Il a été accueilli à l'aéroport de Beyrouth par les responsables libanais, en tête desquels se trouvait le président de la République Joseph Aoun, seul chef d'Etat chrétien du monde arabe.

L'artillerie de l'armée libanaise a tiré 21 coups de canon et les navires amarrés au port de Beyrouth ont fait retentir leurs sirènes en signe de joie.

La visite de 48 heures du pape américain est la première dans ce pays multiconfessionnel de 5,8 millions d'habitants.

Le Liban, qui a connu un effondrement économique sans précédent depuis 2019, sortd'une guerre meurtrière avec Israël.

En dépit du rôle politique important que jouent les chrétiens au Liban, ces derniers ont vu leur nombre diminuer ces dernières décennies, notamment en raison de l'émigration des jeunes.

Le pape Léon XIV (g) et le président libanais Joseph Aoun lors d'une cérémonie d'accueil à l'aéroport international de Beyrouth, le 30 novembre 2025 ( AFP / Jewel SAMAD )

"Je suis venue dire que le peuple libanais est un seul peuple (...) Loin de toutes les divisions, nous voulons être unis et nous voulons qu'il bénisse notre terre", a déclaré à l'AFP Zahra Nahlé, 19 ans, qui attendait le passage du pape sur la route de l'aéroport.

"Nous aurions aimé qu'il puisse visiter le Sud", a ajouté cette jeune fille originaire du sud du Liban, dévasté par la guerre.

Léon XIV, premier pape à visiter le pays depuis Benoît XVI en 2012, doit prononcer un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique à 18H00 (16H00 GMT).

- Jours fériés -

Le pape est arrivé à Beyrouth à bord d'un A320 de la compagnie italienne ITA qui a été réparé samedi en raison d'un logiciel de commandes vulnérable, comme des milliers d'autres dans le monde.

Des scouts tiennent des drapeaux libanais et du Vatican le long d'une route en attendant le passage du pape Léon XIV en visite de deux jours à Beyrouth, le 30 novembre 2025 au Liban ( AFP / Andreas SOLARO )

Pour se rendre au palais présidentiel, il doit traverser la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, où les portraits de son chef assassiné par Israël côtoient des panneaux souhaitant la bienvenue au souverain pontife.

Les scouts du Hezbollah étaient massés pour accueillir le pape en fanfare, a constaté l'AFP. La banlieue sud de Beyrouth avait été visée une semaine plus tôt par une frappe israélienne qui a tué le nouveau chef militaire du Hezbollah.

Malgré le cessez-le-feu intervenu il y a un an, l'armée israélienne a intensifié ces dernières semaines ses frappes au Liban.

Samedi, le Hezbollah pro-iranien avait exhorté le pape à rejeter "l'injustice et l'agression" d'Israël.

Des femmes musulmanes libanaises tiennent des drapeaux du Vatican en attendant l'arrivée du pape Léon XIV dans la banlieue sud de Beyrouth, un quartier résidentiel connu sous le nom de Dahiyeh, bastion du Hezbollah, le 30 novembre 2025 au Liban ( AFP / Giuseppe CACACE )

"Le choix du Liban est un choix courageux", a déclaré Mgr Hugues de Woillemont, président de l'Oeuvre d'Orient, une organisation catholique qui vient en aide aux chrétiens d'Orient.

"Le modèle multiconfessionnel du Liban est aujourd'hui extrêmement fragilisé par des logiques d'affrontement, même si le pays a aujourd'hui à sa tête un président et un Premier ministre qui travaillent ensemble", a-t-il ajouté.

Le Liban a déclaré deux jours fériés pour la visite et d'importantes mesures de sécurité ont été mises en place.

- Arméniens "courageux" -

Pour ce déplacement, Léon XIV a adopté un style prudent, ménageant les sensibilités politiques de ses interlocuteurs tout en appelant à l'unité et au respect de la diversité religieuse.

Le pape Léon XIV et le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier bénissent la foule après une cérémonie liturgique à l'église patriarcale Saint-Georges d'Istanbul, le 30 novembre 2025 en Turquie ( AFP / OZAN KOSE )

Dimanche matin, il a clôturé sa visite en Turquie, la première dans un pays étranger depuis son élection en mai, avec une cérémonie liturgique très solennelle sous les dorures de la cathédrale orthodoxe Saint-Georges d'Istanbul, entre icônes, volutes d'encens et chants polyphoniques psalmodiés.

"En cette période de conflits sanglants et de violences, dans des lieux proches et lointains, les catholiques et les orthodoxes sont appelés à être des constructeurs de paix", a-t-il déclaré.

Peu auparavant, à la cathédrale arménienne d'Istanbul, il a loué "le courageux témoignage chrétien du peuple arménien au cours des siècles, souvent lors de circonstances tragiques".

Une manière d'évoquer sans la nommer la question très sensible du génocide arménien, alors qu'Ankara réfute avec virulence cette qualification des massacres de 1915-1916 sous l'Empire ottoman.

Pour Mardik Evadian, homme d'affaires arménien présent à la cathédrale, "aujourd'hui, il n'est pas important de parler de génocide ou non".

Le pape Léon XIV s'exprime aux côtés du patriarche Sahak II lors d'une visite à la cathédrale apostolique arménienne, à Istanbul, le 30 novembre 2025. ( AFP / Andreas SOLARO )

"C'est une histoire ancienne. Nous avons connu des pertes humaines, des familles entières, mais nous vivons dans ce pays et nous sommes heureux d'y vivre. Il y a peut-être eu des problèmes par le passé, mais aujourd'hui, c'est la paix", a-t-il confié.

En Turquie, Léon XIV a reçu un accueil chaleureux de la part de la petite communauté catholique, mais sa visite est restée discrète, notamment en raison d'un lourd dispositif de sécurité qui a empêché tout contact avec l'extérieur.

Il a cependant pris le temps de rencontrer en privé le père de Mattia Ahmet Minguzzi, victime à 14 ans, en janvier dernier, d'une agression mortelle dans un quartier populaire d'Istanbul qui avait choqué la Turquie.