Le masque de contrition du mari qui a démembré le cadavre de sa femme et l'a déposé aux Buttes-Chaumont
information fournie par AFP 08/07/2026 à 18:13

Ce croquis d'audience montre Lakhdar Matoug — accusé d'avoir étranglé son épouse comparaissant devant la cour d'assises de Paris, le 6 juillet 2026 ( AFP / Benoit PEYRUCQ )

La mécanique du féminicide fait souffler un vent glacial dans la salle d'audience écrasée de chaleur quand Lakhdar Matoug décrit comment il a tué, puis découpé et dispersé le corps de sa femme Assia Matoug, un jour d'hiver 2023.

Jugé depuis lundi devant la cour d'assises de Paris où il encourt la perpétuité, le mari à l'air contrit baisse souvent la tête pour répondre aux questions, pleure parfois en évoquant ses trois enfants.

Répondant régulièrement "je ne me souviens plus", il attribue ses nombreux trous de mémoire au fait d'avoir été "dépassé" par les événements et d'avoir vécu "dans deux mondes parallèles" ces quelques jours à cheval entre janvier et février où il a tué sa femme, a conservé son corps au domicile familial avant de le démembrer à la scie et d'en jeter une partie dans le parc des Buttes-Chaumont à Paris, l'autre dans un terrain vague de Bobigny.

Mais la dureté revient vite sur le visage de Lakhdar Matoug, 53 ans; à la question d'une avocate de savoir s'il surveillait Assia, ses yeux foudroient de colère l'assemblée.

Rage

Interrogé sur une conversation qu'Assia a eue avec sa tante et sa sœur quelques jours avant le drame, lors de laquelle elle avait confié qu'elle allait "mourir", il semble prêt à exploser de rage.

Quelques instants après, le quinquagénaire reprend son rôle de mari éploré quand on lui pose la question de la provenance des très nombreux bleus retrouvés sur le visage et les membres de sa femme.

"Je n'ai jamais levé la main sur Assia, je n'ai pas frappé ma femme", répond-il, affirmant n'avoir "pas d'explications" aux nombreuses ecchymoses constatées sur son corps.

Enfin si, une: Assia se serait cognée à une table basse en verre de l'appartement.

Tout au long des longues heures d'interrogatoire, il a nié avoir voulu la tuer en l'étranglant.

Mais sa thèse du geste qui dérape s'effrite sous les nombreuses questions des différentes parties.

Colosse d'1,92 m et de 90 kg à l'époque, il a écrasé sa femme d'1,55 m et d'une cinquantaine de kilos de tout son poids sur le canapé du salon en lui faisant une clé de bras, rappelle le président.

"Vous comprenez le déséquilibre ? Même sans geste d'étranglement, vous sur Assia, c'est déjà une position où aucune échappatoire ne lui est laissée ?'", lui demande-t-il.

"Je n'ai pas pensé à ça", répond l'accusé debout dans le box.

Lui voulait qu'elle "arrête de crier", des cris provoqués selon lui par une dispute à cause d'argent liquide qu'il a aperçu dans le sac à main de sa femme.

"Si je la lâchais, elle aurait recommencé", a-t-il avancé. L'accusé a évité de répondre quand on lui demandait pourquoi il n'avait pas laissé sa femme tranquille quand elle hurlait "aïe, tu me fais mal, lâche-moi !".

Assia morte, il a indiqué l'avoir recouverte d'une couette sur le canapé et avoir expliqué aux enfants que leur mère était malade et se reposait.

Et puis l'horreur s'enchaîne, il dissimule le corps dans un "débarras de l'appartement", à quelques mètres des enfants, et profite de nuits sans sommeil "pour aller lui parler".

C'est lors d'une de ses veillées nocturnes qu'il a l'idée de découper le cadavre pour le sortir de l'appartement, celui-ci étant devenu "trop lourd", détaille-t-il.

Le 2 février 2023, après avoir déposé les enfants à l'école, il se rend chez Castorama à Nation pour acheter une meuleuse et une bâche.

De retour chez lui, il utilise une scie et des sacs-poubelle. Interrogé sur l'acte en lui-même, il s'effondre, incapable de répondre aux questions de la cour, lui qui a donné des détails sur l'étranglement puis sur ses trajets pour se débarrasser des restes.

"Tout bêtement, j'ai pensé que c'était la meilleure solution et la plus facile", justifie-t-il.

Et tout cela pour "protéger" ses enfants afin qu'ils ne découvrent pas l'horreur du meurtre.

"On ne peut pas laisser dire que ce qui a été commis a été fait pour protéger les enfants, on ne peut pas leur faire porter ça", tacle l'avocate qui les représente, Me Manuela Lalot.