Le FMI relève sa prévision 2026 de croissance pour l'économie mondiale information fournie par AFP 13/10/2026 à 13:35
Le Fonds monétaire international (FMI) a légèrement relevé mardi sa prévision de croissance mondiale pour 2026, décrivant une économie planétaire "fragmentée", tiraillée entre les dynamiques contradictoires de la flambée des prix de l'énergie et du boom des investissements dans l'IA.
Dans ses prévisions actualisées dévoilées à Bangkok, le FMI attend une croissance mondiale de 3,1% (+0,1 point par rapport aux prévisions de juillet) contre 3,5% en 2025, avant une accélération à 3,4% en 2027 (chiffre inchangé).
La révision vient des bonnes performances des économies avancées, notamment asiatiques, dopées par le boom des investissements dans l'intelligence artificielle (IA): Etats-Unis (croissance attendue de 2,3%, chiffre inchangé malgré le choc de l'énergie), Taïwan (10,7%), Corée du Sud (3,3%)...
A l'inverse, les pays émergents pâtissent de la flambée des prix des hydrocarbures générée par le conflit au Moyen-Orient, qu'ils tentent d'amortir à coup de subventions absorbant leurs marges budgétaires déjà limitées. Une "trajectoire à deux vitesses", constate le Fonds.
"L'économie mondiale a fait preuve de résilience, mais cette résilience est mise à rude épreuve, avec des risques orientés à la baisse", avertit Silvana Tenreyro, cheffe économiste du FMI.
"Vents contraires"
Alors que les ratios des dettes publiques s'envolent, y compris dans les économies avancées, le FMI appelle les gouvernements à réduire leurs dépenses et à mieux gérer leur endettement. Une équation compliquée pour les pays en développement.
"Nous préconisons un équilibre entre les besoins immédiats liés à l'inflation - la sécurité alimentaire et énergétique - et la nécessité de préserver la stabilité à moyen terme", insiste Deniz Igan, cheffe de la division de recherche du FMI.
Dans ce contexte, "les vents contraires liés à une guerre prolongée (au Moyen-Orient) et à des tensions géopolitiques persistantes pourraient raviver les pressions inflationnistes, peser sur les situations budgétaires, et frapper le plus durement les pays importateurs d'énergie et à faible revenu", note le Fonds.
Parallèlement, la dynamique positive liée à l'IA "pourrait s'arrêter brutalement si les attentes concernant les bénéfices et gains de productivité du secteur étaient révisées à la baisse, freinant l'investissement et durcissant les conditions financières", relève-t-il.
Interrogée par l'AFP, Mme Tenreyro a déclaré que l'IA avait été un moteur économique majeur, contribuant à près de la moitié de la croissance du commerce mondial entre 2023 et 2025, un atout à double tranchant si la tendance s'inverse.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a mis en garde contre un "réel risque de complaisance" après "tant de chocs qui n'ont pas plongé le monde en récession".
"Nous avons désormais une économie mondiale qui repose sur un seul pilier: celui de l'intelligence artificielle. Et si ce pilier vacillait?", a-t-elle interrogé.
Effet climat en France
Au-delà des Etats-Unis et de l'Asie, la zone euro montre également des signes de solidité, avec une croissance revue à la hausse (+0,2 point) pour 2026, au-delà désormais de 1%.
La tendance est portée par l'Allemagne, qui après trois années difficiles, dont deux de récession, connaît une vive accélération de sa croissance à 1,3% (+0,6 point), ainsi que par l'Espagne avec une croissance de 2,5% (+0,4 point).
A l'inverse, la France fait figure d'exception, avec une révision à la baisse (-0,2 point) par rapport aux prévisions de juillet, et une croissance désormais attendue à tout juste 0,4% cette année avant une très légère amélioration en 2027, à 0,7% (chiffre là aussi abaissé).
Pour le FMI, la situation française s'explique par l'impact des événements climatiques, vagues de chaleur et incendies durant l'été, mais aussi par une vive incertitude politique et budgétaire.
Forte contraction au Moyen-Orient
Sans surprise, le Moyen-Orient et l'Asie centrale souffrent des effets de la guerre: l'Arabie saoudite devrait terminer l'année sur une contraction de 3,3% de son économie (-5 points).
Ailleurs dans la région, le recul du PIB attendu en 2026 est encore plus marqué: -16% pour l'Irak, presque autant pour le Qatar, -16,7% pour le Koweït ou encore -11,3% pour Bahreïn, alors que l'Iran devrait subir une contraction de 7,6%.
Le Fonds estime que la région devrait rebondir rapidement une fois la guerre terminée, mais une grande incertitude persiste.
Parmi les autres principales économies, la Chine continue de ralentir, avec une croissance désormais attendue à 4,5% cette année et à tout juste 4% en 2027 (chiffres abaissés), plombée par une demande intérieure désespérément faible.
A l'inverse, l'Inde connaît une forte révision (+0,6 point) pour cette année, avec une croissance désormais attendue à 7%, profitant, contrairement à la Chine, de sa forte demande intérieure et de la solidité de son secteur des services.