Le double séisme au Venezuela a fait au moins 920 morts et 50.000 disparus
information fournie par AFP 27/06/2026 à 01:48

Des membres de la protection civile vénézuélienne et des pompiers sortent un jeune homme des décombres d'un immeuble effondré à Catia La Mar, dans l'Etat de La Guaira, au Venezuela, le 26 juin 2026 ( AFP / Federico PARRA )

Au moins 920 morts et plus de 50.000 disparus: le bilan du double séisme au Venezuela s'alourdit d'heure en heure vendredi, alors que le désespoir grandit face à une aide limitée de la part des autorités.

Les secousses de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le nord du pays mercredi ont laissé un paysage de dévastation, avec d'innombrables immeubles effondrés, en particulier à La Guaira, une localité côtière voisine de Caracas, où la population dénonce la faiblesse de l'action du gouvernement dans les opérations de sauvetage.

Le nombre de morts dans les séismes qui ont frappé le Venezuela est passé à 920 vendredi, a annoncé le président de l'Assemblée nationale, Jorge Rodriguez.

A Genève, le responsable de l'aide humanitaire de l'ONU, Tom Fletcher, a déclaré à l'AFP que plus de 50.000 personnes étaient portées disparues. "Il s'agit d'une opération de secours extrêmement complexe", a-t-il prévenu, estimant que le bilan pourrait "s'alourdir considérablement".

Les premières équipes de secouristes étrangers ont commencé à intervenir dans ce pays en crise, au système de santé en piteux état. Mais les opérations de sauvetage progressent lentement, et des corps restent encore visibles sous les décombres.

A La Guaira, beaucoup d'immeubles ne sont plus que montagnes de gravats.

Familles, voisins et bénévoles se déplacent comme ils peuvent au milieu des décombres. Ils réclament des machines spécialisées pour pouvoir couper les barres d'acier ou déplacer les imposants blocs de pierre.

Marlon Ochoa a survécu à l'effondrement d'un immeuble. "Je cherche ma mère, ma femme et mon fils", dit-il, "nous avons besoin d'aide, il y a des gens vivants" et "on ne nous donne pas d'outils" pour les sortir des décombres.

Aide internationale

Près de 48 heures après les séismes les plus dévastateurs enregistrés au Venezuela depuis 1900, des équipes internationales de recherche et de sauvetage d'au moins 17 pays ont commencé à apporter leur aide.

Les Etats-Unis ont annoncé vendredi qu'ils déploieraient une équipe de 250 personnes sur place, après avoir proposé 150 millions de dollars et envoyé deux navires de guerre, des avions de transport et des hélicoptères pour soutenir le pays.

Edificio colapsado en La Guaira después del doble sismo en Venezuela ( AFP / Federico PARRA )

Des secouristes venus du Salvador, du Mexique, de Colombie et de Suisse sont déjà arrivés.

Devant un ensemble de cinq immeubles effondrés à La Guaira, le chef d'un contingent de secouristes chiliens, Nadiomar Polanco, a estimé qu'il y avait "malheureusement (...) peu de chances de retrouver des personnes en vie".

Son équipe, la première à être arrivée sur place selon lui, se concentre sur la recherche des corps de "personnes déjà décédées".

Au moins 28 victimes portugaises ou d'origine portugaise, deux Brésiliens, un Italo-Vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. L'Espagne a indiqué que cinq de ses concitoyens étaient décédés.

Autorités "inutiles"

A La Guaira, où se trouve le principal aéroport du pays, rendu inutilisable par le séisme, certains habitants tentent de dégager eux-mêmes leurs proches ensevelis.

Un bénévole porte un chien secouru à travers les décombres d'un bâtiment effondré après les deux séismes qui ont frappé Caraballeda, dans l'État de La Guaira, à environ 40 km au nord-est de Caracas, le 25 juin 2026 ( AFP / Federico PARRA )

"Il est là", dit en sanglotant Alessandro del Giudice, un jeune homme de 23 ans qui tente de retrouver son père sous une montagne de décombres.

Sa grand-mère Amparo, désespérée, s'efforce de dégager les ruines à mains nues pour retrouver son fils. "Il y a beaucoup de blocs de pierre, on ne peut pas les enlever avec les mains", constate-t-elle avec impuissance.

"Les autorités ne servent à rien, à rien. Les militaires devraient être là avec toute la machinerie qu'ils ont", dénonce Argenis Méndez, un habitant.

Après avoir effectué une visite à La Guaira la veille, la présidente par intérim Delcy Rodriguez, au pouvoir depuis janvier et la capture de Nicolas Maduro par les Etats-Unis, s'est rendue vendredi sous les huées près d'un immeuble effondré dans un quartier aisé de Caracas.

"Ça suffit de faire campagne politique au milieu d'une tragédie comme celle que nous vivons", lui ont lancé sur place un groupe de riverains et de proches de personnes prises au piège sous les décombres, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Totalement militarisé"

Déclaré "zone sinistrée", l'ensemble de l'Etat de La Guaira "est totalement militarisé", a déclaré vendredi son frère Jorge Rodriguez dans un message télévisé. L'AFP avait constaté jeudi des pillages dans cette zone.

Le gouvernement a annoncé plus tard que l'accès à la zone sera restreinte dès vendredi soir.

La dirigeante de l'opposition et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado a demandé la libération de "tous les prisonniers politiques", civils comme militaires, "pour qu'ils puissent être réunis avec leurs familles en ces heures tragiques".

Ces séismes ont été ressentis jusqu'en Colombie et au Brésil. Depuis, plus de 300 répliques ont été signalées. Le Venezuela est un pays à risque sismique, même si aucun grand tremblement de terre n'y avait été enregistré depuis 1997.

Vendredi, les matches de la Coupe du monde de football ont été précédés de minutes de silence en hommage aux victimes.