"Le cœur de l'industrie européenne menacé" : face à la Chine, l'UE doit se doter d'une stratégie économique pluriannuelle, alerte une note information fournie par Boursorama avec Media Services 28/05/2026 à 14:17
Une note du Haut-commissariat à la stratégie et au plan préconise à la France et à l'UE de "renouer avec une véritable logique de plans quinquennaux : un ensemble de priorités claires, des moyens identifiés, un calendrier stable, une évaluation régulière".
Objectif : affronter la concurrence de la Chine. Selon une note du Haut-commissariat à la stratégie et au plan ce jeudi 28 mai, la France et l'Union européenne doivent se doter d'une "capacité de programmation stratégique pluriannuelle", alors que Pékin s'est engagé dans une "conquête industrielle mondiale" avec son nouveau plan quinquennal. "Face à une Chine capable d'inscrire son action dans le temps long, la France et l'Union européenne doivent retrouver une capacité de programmation stratégique pluriannuelle et de hiérarchisation claire de leurs priorités", souligne cette note cosignée par le Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).
La Chine a dévoilé en mars son quinzième plan quinquennal, qui fixe les grandes orientations nationales à l'horizon 2030. Qualifié par le HCSP et le CEPII de "véritable feuille de route de conquête industrielle mondiale", ce document met l'accent sur la relance de la consommation, le développement technologique dans des secteurs comme l'intelligence artificielle (IA), les industries de pointe, ainsi que sur la sécurité énergétique et des ressources pour renforcer son autonomie stratégique, notamment face aux Etats-Unis et à l'Europe. Le plan ambitionne aussi de doubler le produit intérieur brut par habitant d'ici 2035 par rapport à 2020, réduire le taux de chômage sous la barre des 5,5% et accélérer la transition écologique. "En fixant un cadre sur cinq ans, articulé à des objectifs plus lointains, le pouvoir chinois réduit l’incertitude, facilite l'investissement productif et permet l'accumulation cohérente d’efforts publics et privés", décrypte la note.
L'Europe pourrait "perdre des parts de marché sur son propre territoire"
Malgré des "fragilités réelles" chinoises comme une consommation intérieure faible, une crise immobilière ou un endettement en forte hausse, l'UE risque de faire les frais de cette stratégie : "sans rééquilibrage plus net en faveur de la demande domestique, le renforcement de l'offre productive (en Chine, NDLR) continuera d’alimenter les excédents extérieurs chinois". Outre l'importation de davantage de produits chinois, l'Europe pourrait aussi "perdre des parts de marché sur son propre territoire, être évincée sur les marchés tiers et voir plusieurs secteurs d’avenir structurés autour de standards fixés ailleurs. Au final, c’est le cœur de l'industrie européenne qui se trouve directement menacé", prévient la note. Celle-ci préconise à la France et à l'UE de "renouer avec une véritable logique de plans quinquennaux : un ensemble de priorités claires, des moyens identifiés, un calendrier stable, une évaluation régulière". A débattre par exemple au début de chaque mandat présidentiel en France, où un nouveau président succédera à Emmanuel Macron en 2027.
Vendredi, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, avait appelé l'UE à rééquilibrer sa relation avec la Chine pour réduire son déficit commercial astronomique de plus de 360 milliards d'euros et diversifier ses approvisionnements.