Le clan Yoda ? Une bande de jeunes aimant taper le carton et voyager
information fournie par AFP 29/05/2026 à 20:02

Félix Bingui, le chef présumé du gang Yoda (photo non datée) ( AFP / Handout )

Considéré comme l'un des plus gros narcotrafiquants marseillais, Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda, a réitéré ses dénégations vendredi, après deux semaines de procès, présentant ses coprévenus comme "un groupe de jeunes" fréquentant "les mêmes lieux" et partageant "la même passion pour les cartes".

"Je ne reconnais pas les faits", a réaffirmé d'emblée "Le Chat", jugé depuis le 18 mai devant le tribunal correctionnel de Marseille pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, le tout en récidive, lui faisant encourir 20 ans de prison.

"On m'a toujours fait passer pour une personne que je n'étais pas", a-t-il répété à plusieurs reprises, mettant en cause "des rumeurs sur les réseaux sociaux".

Calme, pondéré, apparemment serein, cet homme de 35 ans, père de trois enfants, a admis connaître "six ou sept" de ses 19 coprévenus, dont la plupart comparaissent libres.

"Dans ce dossier, on me lie à un clan, mais j'ai rien à voir... On était un groupe de jeunes, on avait la même passion pour les cartes, on fréquentait les mêmes lieux, on partait en vacances, c'est tout !".

Soupçonné par les enquêteurs d'avoir dirigé un réseau "extrêmement organisé", avec hiérarchie et répartition des rôles, Félix Bingui nie tout, affirmant vivre à l'étranger depuis 2021, en Espagne d'abord, puis à Dubaï et enfin au Maroc, où il avait été arrêté en mars 2024 avant d'être extradé dix mois plus tard.

Confronté aux dizaines de sonorisations de véhicules, captations d'image et écoutes téléphoniques, réalisées entre 2021 et 2023 par les policiers de l'Office antistupéfiants (Ofast), il avance d'autres explications.

Ses nombreux allers-retours en Espagne ? "J'allais voir mes enfants qui vivaient à Malaga avec leur mère".

Ses séjours à Marseille ? "Je devais pointer pour ma conditionnelle, et j'en profitais pour voir mes collègues et ma mère".

Ses conseils ou reproches à l'égard de membres du groupe, le rôle de "chef incontesté" attribué par les enquêteurs ? "J'étais le plus grand, j'avais quatre ou cinq ans de plus, donc oui, parfois j'ai joué le rôle de grand frère, il y avait une forme de respect, rien de plus".

Son train de vie entre hôtels de luxe et vols en business ? Des "économies" réalisées en prison grâce à une activité de location-vente de voitures, mais surtout le poker et les paris sportifs, dit-il, avançant des gains jusqu'à 20.000 euros pour des mises maximales de 100 euros.

Pour le reste, "je ne me souviens pas", "c'est trop vieux", ou encore "j'aime bien me vanter quand je suis avec une fille, faire le beau, mais c'est pas vrai !"

- Femmes "tarées" -

Parmi ses coprévenus, si certains - convoyeurs de drogue, conditionneurs ou nourrices - ont reconnu les faits qui leur sont reprochés, aucun n'a mis en cause directement Félix Bingui, beaucoup affirmant ne l'avoir "jamais vu".

Pourtant, femmes ou compagnes se sont montrées plus bavardes, tant dans leurs conversations téléphoniques qu'en garde à vue.

L'une d'elles, veuve d'un membre du clan exécuté en mai 2023 en Espagne par un commando de la DZ Mafia, groupe rival qui a pris le dessus sur Yoda, a accusé Bingui d'être le "chef" du groupe, le "patron de la Paternelle", cité de Marseille où se trouvaient les points de deal les plus juteux à l'époque.

En garde à vue, elle l'a dit responsable de la mort de son mari, beau-frère de Bingui, l'accusant d'être à l'origine de la guerre entre les deux clans qui a fait des dizaines de morts et blessés en 2023 dans la cité phocéenne.

Une de ses amies, veuve de Nadir Amara, également assassiné en Espagne, affirmait quant à elle avoir "toutes les preuves pour mettre fin à la belle vie" du clan, quand une autre reprochait à son mari de "faire du +go fast+ pour Bingui" ou "d'être un tueur comme Bingui".

"Toutes ces femmes dans ce dossier, elles sont là à parler entre elles, mais elles disent n'importe quoi, elles sont tarées, elles délirent", lance Félix Bingui, qui pour la première fois semble perdre son sang-froid.

"Je n'ai jamais été quelqu'un de violent", affirme-t-il à plusieurs reprises. "C'est à cause d'histoires de femmes, elles me reprochaient de passer des weekends avec leurs maris, avec des filles, elles se chauffaient entre elles !"

Le procès se poursuivra avec le réquisitoire lundi, avec un verdict attendu en fin de semaine.