Le Canada riposte avec des surtaxes de 15 à 50% sur une série de produits américains
information fournie par AFP 25/08/2026 à 19:22

Cette combinaison de photos créée le 24 août 2026 montre, à gauche, le président américain Donald Trump à Washington, le 10 août 2026, et à droite le Premier ministre canadien Mark Carney le 25 juin 2026 à Ottawa ( AFP / Jim WATSON )

Le Canada imposera à partir du 8 septembre des droits de douane de 15 à 50% sur une série de produits américains et "ripostera" si son secteur automobile est touché par de nouvelles surtaxes des Etats-Unis avec qui la guerre commerciale s'envenime.

Les surtaxes canadiennes concerneront l'acier ou les produits laitiers américains mais aussi le matériel agricole, l'industrie du papier, l'électronique et les appareils électroménagers.

Leur niveau sera de 15, 25 ou 50% et leur montant correspondra au "dollar près" à celui des surtaxes américaines touchant le Canada depuis samedi, a détaillé le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.

Ottawa n'a "pas choisi" de mener cette guerre commerciale qui représente un "défi sans précédent" pour le pays dont les Etats-Unis sont, de très loin, le premier partenaire, a souligné le ministre dans une usine à Ottawa devant la presse.

Mais le Canada, qui n'acceptera "jamais qu'un autre pays (lui) dicte la voie à suivre" est "uni dans sa réponse", a-t-il assuré, aux côtés d'autres membres du gouvernement.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a décidé vendredi de tenir tête à Donald Trump en rompant les négociations commerciales avec les Etats-Unis face aux conditions jugées "injustes" que voulait imposer la Maison Blanche.

En conséquence, Washington applique depuis samedi 00H01 de nouvelles surtaxes touchant un total de 20 milliards de dollars de produits canadiens importés, parmi lesquels le ciment, les alcools ou les crosses de hockey, et touchant même des secteurs auparavant protégés par l'accord de libre-échange Canada-Etats-Unis-Mexique (ACEUM).

"Riposte" promise sur l'automobile

Le président américain a encore fait monter lundi la tension d'un cran en annonçant que les taxes douanières sur le secteur automobile, déjà sévèrement affecté par son offensive douanière, augmenteraient de 25% à 50% au 1er janvier prochain.

"Bien évidemment, nous riposterons", si la hausse de ces surtaxes se concrétisait, et "nous nous battrons pour chacun des emplois", a assuré la ministre canadienne de l'Industrie, Mélanie Joly.

Le gouvernement canadien a également dévoilé mardi un enveloppe d'un montant de 7,5 milliards de dollars canadiens (4,6 milliards d'euros), qui servira à soutenir la trésorerie des entreprises touchées par les droits de douane, renforcer l'indemnisation chômage et créer un "Fonds de diversification pour un Canada fort" devant aider les secteurs affectés à trouver de nouveaux marchés à l'export.

Le gouvernement Carney a également fait appel à la fibre patriotique des consommateurs canadiens. "Acheter Canadien a plus de sens que jamais", a insisté le ministre des Finances.

Le pari de Carney présente des risques pour l'économie du pays qui remontait la pente après être entrée en récession technique au premier trimestre. Mais sa décision est largement soutenue à travers le pays.

Dans un sondage mené ce week-end, 76% des personnes interrogées ont dit soutenir la rupture des négociations, et 62% se sont dits favorables aux représailles.

"Lac d'Amérique"

Des conteneurs dans le port de Montréal, le 23 août 2026 ( AFP / ANDREJ IVANOV )

Mardi, Donald Trump, qui estime que le Canada abuse depuis des années de la générosité de Washington, a dit par ailleurs penser "sérieusement à changer le nom du Lac Ontario en Lac d'Amérique". Car "nous ne comptons plus faire beaucoup de business avec l'Ontario", province canadienne située près de Détroit, où le secteur automobile est très implanté, a-t-il martelé.

Cette idée rappelle l'une de ses premières décisions après son retour au pouvoir, à savoir changer le nom du "golfe du Mexique" en "golfe d'Amérique".

Le gouvernement canadien a justifié sa décision de rompre les négociations notamment par les conditions posées par Washington sur la langue française, sujet politiquement sensible dans ce pays officiellement bilingue. Selon Ottawa, le projet d'accord aurait touché les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l'obligation d'étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.

"Jamais, je ne me mêlerais des affaires des Canadiens francophones", a rétorqué mardi Donald Trump, niant la moindre ingérence et dénonçant sur son réseau Truth Social un "mensonge" de Mark Carney pour s'assurer du soutien de la province francophone du Québec.