Le Cambodge s'attaque aux "cerveaux" des escroqueries en ligne, malgré des doutes sur l'efficacité des mesures
information fournie par Reuters 25/09/2026 à 12:10

par Poppy McPherson

Le Cambodge rassemble actuellement des preuves contre les "cerveaux" présumés d'opérations de cyberfraude à grande échelle, a déclaré le ministre chargé de ce dossier, à un moment où il est reproché au gouvernement son manque d'efficacité pour trouver les responsables.

"Qu'il s'agisse du commanditaire, du complice, du propriétaire, du facilitateur ou du protecteur, toute action en justice nécessite du temps et des preuves", a dit à Reuters Chhay Sinarith, ministre chargé des missions spéciales et président d'une commission gouvernementale chargée de la lutte contre la fraude.

"C'est pourquoi il est primordial pour nous de coopérer", a-t-il ajouté, en marge d'une conférence mondiale sur la lutte contre la cyberfraude qui s'est tenue jeudi à Phnom Penh, capitale du Cambodge.

Il a précisé que les informations fournies par les partenaires internationaux du Cambodge avaient permis de prendre des mesures à l'encontre de certains suspects et que la divulgation prématurée des enquêtes risquait de pousser ces derniers à prendre la fuite.

Le Cambodge a accueilli cette semaine des représentants de plus d'une douzaine de pays, dont les États-Unis et la Chine, à l'occasion de cette conférence, afin de discuter des moyens de lutter contre ce fléau qui a terni la réputation du pays et porte atteinte à son économie.

Le Cambodge et d'autres pays d’Asie du Sud-Est sont apparus, après la pandémie, comme des pôles abritant des centres d’escroquerie à grande échelle.

Le nombre de personnes contraintes de travailler dans ces centres a connu une très forte hausse, selon des données publiées fin juillet par l'agence des Nations unies chargée des migrations, qui a alors dit que certaines d'entre elles avaient été victimes d'abus sexuels.

Les États-Unis ont estimé que les opérations de cyberfraude menées depuis la région avaient dérobé 10 milliards de dollars (8,78 milliards d'euros) aux seuls Américains en 2024.

Chhay Sinarith a assuré mois dernier que le Cambodge avait fermé les centres d'escroquerie à grande échelle sans pour autant fournir la liste complète des sites ayant fait l’objet de perquisitions.

Les analystes se montrent sceptiques, affirmant que la répression menée par le gouvernement avait épargné les personnalités de haut rang et les protecteurs de ce secteur.

"Il est clair que de nombreux grands complexes restent actifs, même si d'autres opérateurs ont quitté les lieux pour se disperser dans des sites plus petits et décentralisés", a déclaré John Wojcik, analyste senior au sein de la société de renseignement spécialisée dans la blockchain TRM Labs.

"La technologie, les canaux de paiement, les réseaux de blanchiment d'argent et les facilitateurs qui sous-tendent ce secteur continuent également de fonctionner à grande échelle."

Chhay Sinarith a indiqué que les autorités étendaient leur enquête au réseau financier du Prince Group, un conglomérat basé au Cambodge qui, selon les États-Unis, sert de façade à des opérations de fraude en ligne et de blanchiment d’argent se chiffrant en milliards de dollars.

Son fondateur d'origine chinoise, Chen Zhi, a été arrêté et expulsé du Cambodge vers la Chine au début de l’année.

Des journalistes ont visité deux sites situés à la périphérie de Phnom Penh que les autorités cambodgiennes ont présentés comme des centres d'escroquerie appartenant au Prince Group : de vastes complexes qui, selon les responsables, abritaient des milliers de travailleurs.

L'un d'eux était un faux poste de police singapourien qui aurait été utilisé pour des fraudes par usurpation d'identité.

Les avocats du Prince Group n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

(Reportage de Poppy McPherson à Phnom Penh; Avec la contribution de Chantha Lach; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)