Le Bénin élit son président, le ministre Wadagni grand favori information fournie par AFP 12/04/2026 à 15:49
Les Béninois votent dimanche pour élire leur président, lors d'un scrutin qui devrait couronner le ministre des Finances Romuald Wadagni comme successeur de Patrice Talon.
Conformément à la Constitution, M. Talon passe la main après deux quinquennats et laisse un Bénin en pleine croissance économique, mais qui fait face à des violences jihadistes croissantes dans sa partie nord.
Face à Romuald Wadagni, dauphin adoubé par M. Talon et soutenu par les deux partis de la majorité, un seul opposant était sur la ligne de départ pour ce scrutin auquel 8 millions d'électeurs étaient appelés à voter.
Paul Hounkpè, candidat de faible envergure, très peu visible pendant la campagne et qui a eu besoin de l'aide d'élus de la majorité pour obtenir les parrainages requis pour se présenter, n'a, selon les observateurs de la politique béninoise, aucune chance de l'emporter.
M. Wadagni a voté en début de matinée dans sa ville natale à Lokossa (sud-ouest), en toute discrétion.
Tout le contraire du président sortant Patrice Talon, entouré d'une nuée de caméras à Cotonou (sud) et chaleureusement applaudi par des militants à son arrivée dans le quartier Zongo de la capitale économique.
"Le meilleur est à venir pour le Bénin. Mon souhait est de voir de mes yeux un Bénin grand et puissant dans lequel chacun trouvera son compte", a-t-il lancé après avoir voté.
Il a également assuré vouloir aller à la "retraite" et ne cherchera pas "à influencer" son successeur, même s'il est "illusoire de penser qu'on peut s'effacer", selon lui.
Paul Hounkpè a de son côté voté à Bopa (sud-ouest), ville dont il a été maire, appelant "tous les Béninois" à "accomplir leur devoir (...) pour tourner une page" de l'histoire du pays.
A Cotonou, l'engouement était timide dimanche matin dans les bureaux visités par l'AFP.
Selon la plateforme de surveillance électorale mise en place par des organisations de la société civile béninoise, une centaine "d'alertes" ont été remontées dans la matinée, notamment à propos de bureaux de vote qui ont ouvert en avance ou d' urnes déjà remplies avant l'ouverture.
- Enjeu de la participation -
La participation est l'enjeu principal du scrutin, après une campagne qui n'a pas suscité grand enthousiasme.
Une partie des Béninois n'a pas de candidat dimanche, puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaires. Plusieurs de ses cadres ont rejoint la campagne de M. Wadagni ces dernières semaines.
"D'habitude il y a du monde qui vote ici mais là, les électeurs viennent au compte-gouttes. L'opposition forte n'est pas représentée", regrette Aubert Santanna, un retraité venu accomplir son devoir citoyen.
"Les mécontents n'ont pas disparu. La tension et la frustration restent fortes", affirme l'expert en processus électoral Rufin Godjo.
Les Béninois n'auront pas l'occasion de s'exprimer de nouveau dans les urnes avant 2033.
Beaucoup d'observateurs s'interrogent également sur l'attitude qu'aura le prochain président en matière de libertés publiques après le virage autoritaire opéré par Patrice Talon.
Romuald Wadagni fera-t-il un geste envers les opposants condamnés à de lourdes peines pour divers crimes ? Paul Hounkpè, lui, a promis de libérer les "prisonniers politiques".
- Développement -
Le prochain président du Bénin héritera d'un pays transformé par la décennie Talon: le PIB a doublé, la croissance dépasse 6% chaque année, l'économie s'est modernisée, le tourisme s'est développé et de nombreuses infrastructures ont vu le jour.
Architecte de ce développement après une décennie au ministère des Finances, Romuald Wadagni incarne la continuité mais dit vouloir lutter contre la pauvreté, estimée à 30%, alors que de nombreux Béninois se plaignent de ne pas bénéficier des fruits de la croissance.
L'opposant Paul Hounkpè promet de son côté des baisses de prix sur les produits de première nécessité.
"On attend que le futur président fasse encore mieux que son prédécesseur. Après les infrastructures, il doit appuyer sur le social maintenant", estime Rahim Oké, un électeur.
"J'attends du prochain président plus de contact et de cohésion avec la jeunesse et sur le social, il y a encore mieux à faire", abonde Landry Sodogandji un trentenaire venu voter dans le quartier populaire de Siké, à Cotonou.
L'avancement économique du Bénin passera aussi par la stabilisation sécuritaire, à l'heure où le nord du pays est miné par des violences jihadistes de plus en plus meurtrières.
Si M. Wadagni est élu dimanche, il devrait pouvoir compter sur la loyauté de son armée, qui avait été décisive le 7 décembre pour repousser une tentative de coup d'État contre Patrice Talon.