Laurent Nuñez, un fin connaisseur de la police très fragilisé
information fournie par AFP 19/10/2026 à 11:17

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, à Aubagne le 12 octobre 2026 ( AFP / Miguel MEDINA )

Consensuel et fin connaisseur du monde policier, Laurent Nuñez, dont la démission a été refusée par Emmanuel Macron, a voué sa carrière au ministère de l'Intérieur jusqu'à en devenir le chef, aujourd'hui très fragilisé par une crise sociale devenue politique.

Il a connu toutes les crises du mandat du chef de l'Etat, des gilets jaunes en 2018 aux violences et pillages inédits qui ont émaillé la journée de mobilisation samedi contre la "vie chère", en passant par les deux victoires du PSG en Ligue des champions et les manifestations contre la réforme des retraites.

En 2018, il était secrétaire d'Etat auprès de Christophe Castaner, qui dirigeait alors la Place Beauvau. Lui, c'était le technicien de la police, "l'expert". A l'époque, la stratégie de maintien de l'ordre avait été vivement critiquée, au regard des nombreuses personnes éborgnées lors de cette crise qui a duré 18 mois. Le schéma de maintien de l'ordre avait été alors revu par Laurent Nuñez.

Dimanche, les candidates à la présidentielle Marine Le Pen (RN) et Marine Tondelier (Ecologistes), ont appelé à sa démission, alors que dans plusieurs villes dont Paris, Marseille et Lyon des pillages continuaient, rendant la situation intenable pour lui.

"J'ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe (...). Moi, j'ai été haut fonctionnaire, j'ai un sens de l'intérêt général. Et vu les dégâts qu'il y a eus, il était normal que je remette ma démission", a expliqué lundi le ministre.

L'oreille du président

Sans être un intime d'Emmanuel Macron, Laurent Nuñez fait partie du cercle restreint de ceux qui ont son oreille. Après son départ de Beauvau avec Christophe Castaner en 2020, le chef de l'État l'avait nommé coordinateur du renseignement auprès de lui.

En 2022, c'est Emmanuel Macron qui le nomme préfet de police de Paris (PP), un poste prestigieux et hautement stratégique, dévolu de tout temps à un proche du président de la République.

Âgé de 62 ans, Laurent Nuñez a passé un peu plus de trois ans à la tête de la PP, avec des succès mais aussi des échecs.

L'organisation des Jeux olympiques et paralympiques, l'été 2024, lui a valu d'être élevé au rang de commandeur de la Légion d'honneur, Emmanuel Macron louant le "maître d'œuvre de la sécurisation" de cet événement, malgré les menaces.

Mais sa gestion du maintien de l'ordre a été plusieurs fois critiquée, comme lors des manifestations contre la réforme des retraites au printemps 2023, souvent émaillées d'incidents et de violences.

S'il a réussi à se démarquer de son prédécesseur Didier Lallement à la PP, sur le fond, sa gestion du maintien de l'ordre a été la même. Mais son profil plus consensuel, sa rondeur et son attention portée à tous les responsables politiques, de gauche comme de droite, ont fait la différence.

Un proche le décrit comme "un grand serviteur de l'Etat" qui "connaît par cœur ses dossiers". "Rassembleur", il a pour "boussole" "les valeurs républicaines et l'Etat fort".

"Policier dans l'âme"

Il a également été confronté aux émeutes après la mort de Nahel, un jeune homme de 17 ans tué par le tir d'un policier fin juin 2023.

A la tête de la PP, Laurent Nuñez a essuyé nombre de polémiques: fiasco sécuritaire lors de la visite d'Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture en février 2024, incidents et dégradations lors des victoires du PSG en Ligue des champions en 2025 et 2026...

Celui qui est "un policier dans l'âme", selon un de ceux qui l'ont côtoyé au gouvernement, défend contre vents et marées ses troupes et rejette toute critique des forces de l'ordre.

Il a eu à gérer les émeutes après la mort de Nahel Merzouk, un jeune homme de 17 ans tué par le tir d'un policier fin juin 2023.

Énarque, il a intégré le ministère de l'Intérieur en 1999. Sous-préfet de Bayonne, il a suivi les affaires basques (2010-2012) après avoir été directeur de cabinet du préfet de Seine-Saint-Denis (2008-2010).

De 2015 à 2017, il a occupé le poste sensible de préfet de police des Bouches-du-Rhône. Il a piloté brièvement (de 2017 à 2018) la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

En octobre 2018, il a franchi le Rubicon entre la haute fonction publique et la politique en devenant secrétaire d'Etat auprès de Christophe Castaner. Depuis, il a pris goût à la chose, même s'il s'en défend.