"Laure" contre "Madame Massi": à Toulon, duel de femmes que tout oppose information fournie par AFP 17/03/2026 à 14:49
L'une virevolte, exubérante parfois exaltée, l'autre se décrit "concrète, carrée". Le duel dimanche à Toulon entre Laure Lavalette et Josée Massi verra s'affronter deux femmes aux parcours et styles opposés. Jusqu'à la caricature.
À 75 ans, Josée Massi, devenue maire de Toulon "par hasard" en 2023, va défier la très médiatique Laure Lavalette, députée Rassemblement national du Var, arrivée très largement en tête du premier tour avec 42% des voix. Distancée à 12 points, la maire sortante devrait néanmoins bénéficier d'un barrage républicain après le retrait du sénateur LR Michel Bonnus, arrivé 3e à près de 16%.
À 49 ans, "Laure", grande brune énergique à la langue acérée, cultive une image de fille "sympa" au parler cash, souvent drôle.
Cascade de bracelets aux poignets, longs pendants aux oreilles, elle revendique une "politique de la bonne humeur", prenant soin de gommer toute référence au RN ou aux sujets clivants, et n'hésite pas à faire le spectacle lors des réunions dans les bars de quartier, debout sur la table.
En face, "Madame Massi", dont la seule fantaisie vestimentaire se limite à un petit foulard noué sur le cou, arpente les rues de ce port militaire, pile de tracts en main, pour "défendre son projet" et l'héritage de l'exécutif communal dans lequel elle siège depuis 2014.
Fille d'un militant d'extrême droite, encartée au Front national à 16 ans, candidate à 19 ans aux législatives dans sa Gironde d'origine, Laure Lavalette dit "avoir toujours fait de la politique", quand Josée Massi, "jamais encartée", se définit comme "un ovni politique", "ni de droite, ni de gauche, ni du centre".
Pour le comédien Charles Berling, directeur du Théâtre Châteauvallon-Liberté, "Josée est une femme travailleuse, discrète" qui "n’est pas dans la com, mais fait le boulot".
- "Ordinaire" -
Mi-janvier, pour son grand meeting, l'ancienne porte-parole de Marine Le Pen descend rayonnante l'escalier central du palais Neptune, en star acclamée par ses partisans: "Laure, on t'adore!".
Un mois plus tard, Josée Massi se présente sur la même scène, tailleur-pantalon bleu marine, visiblement émue. Derrière elle, assis en rangs d'oignons, ses 60 colistiers ; devant, un public qui agite sagement des pancartes "Toulon, mon parti".
Si le credo de la première est "faire de Toulon une fête", pour l'autre, il s'agit de "faire ce que l'on dit et promettre ce que l'on peut tenir".
"Je suis une personne ordinaire", répète souvent Mme Massi, "petite fille née dans un quartier HLM de Toulon, au sein d'une fratrie de six enfants" entre mère au foyer et père policier.
Élue au début des années 80 sur une liste socialiste dans un village d'Ardèche, Josée Massi retrouve la politique 30 ans plus tard, quand Hubert Falco, baron de la droite varoise, fait appel à cette ancienne prof de maths, devenue directrice du centre départemental d'insertion sociale pour entrer au conseil municipal, "d'abord 12e, puis 2e, puis 1ère adjointe", dit-elle.
En mai 2023, elle est propulsée maire après la démission forcée d'Hubert Falco, impliqué dans une affaire de détournement de fonds. "Les premiers mois, ça a été un tsunami. Mais on apprend, c’est passionnant".
Condamné définitivement en juin 2025, Hubert Falco lui demande d'être candidate, avant de changer d'avis et de soutenir finalement le sénateur LR Michel Bonnus.
Loin de plier, la septuagénaire se rebiffe et mi-janvier confirme sa candidature à la tête d'une liste "sans étiquette". Un décision qui n'a "pas été facile" pour cette "femme de l'ombre".
Pourtant, le maintien de sa candidature fait voler en éclats "son image de Mamie Nova", selon les termes d'un de ses opposants à gauche, encore étonné de "sa force de caractère".
Si Laure Lavalette est devenue l'épouvantail d'une grande partie de la classe politique à Toulon, Josée Massi bénéficie d'une image très largement positive, tant à gauche où l'on salue son "sens de l'écoute et du dialogue" qu'à droite où la "trahison" d'Hubert Falco n'a pas été digérée.
Même à l'extrême droite, nombreux sont ceux qui témoignent n'avoir "rien contre elle". Mais, souligne Jean, un "fan" de Laure Lavalette âgé de 85 ans, "Mme Massi n'a pas la puissance de feu de Laure!"