"La vieillesse me fait peur" : la cohabitation intergénérationnelle, une solution contre l'isolement des seniors
information fournie par AFP 28/08/2026 à 08:13

Michèle participe à une activité avec d'autres résidents dans une résidence intergénérationnelle, le 21 août 2026, à Arcueil, dans le Val-de-Marne ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

"Même si je vis seule, je ne me sens pas seule" : pour Michèle, 80 ans, la vie au sein d'une résidence intergénérationnelle, un type d'habitat partagé que le gouvernement veut développer pour faire face à l'isolement des seniors, a fait ses preuves.

Fin août, à Arcueil (Val-de-Marne), dans la salle commune de la Maison d'Aspasie, une résidence gérée par l'association Habitat et Humanisme, l'octogénaire colorie au feutre une carte destinée à une salariée de la résidence.

Elle peut compter sur l'aide de Dateau, 72 ans, Fanta et son frère Abdela, 12 et 7 ans, tandis que d’autres résidents s'affrontent, à l'autre bout de la table, au Triominos, l’un des jeux de société en accès libre dans la résidence où vivent actuellement 37 personnes de 2 à 82 ans.

"Trois générations" cohabitent dans cet immeuble ouvert début 2023 afin de "lutter contre l'isolement des seniors", explique à l'AFP Céline Banet-Rivet, responsable de la Maison d'Aspasie.

Ses 22 logements individuels "à tarif social" sont destinés, sous conditions de ressources, aux jeunes en insertion professionnelle, aux familles avec enfants, et aux seniors "qui ont intégré un dispositif d'habitat inclusif".

Michèle dans une résidence intergénérationnelle, le 21 août 2026, à Arcueil, dans le Val-de-Marne ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Tous s'engagent, à leur arrivée, à contribuer à la vie commune. Mais sans obligation de participer à toutes les activités prévues (sorties au cinéma, visites dans Paris...).

D'après des données de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) de fin 2025, l'habitat partagé concerne près de 275.000 personnes, réparties notamment dans 13.000 résidences intergénérationnelles.

Et le gouvernement entend favoriser leur essor, en suivant un rapport qui préconise un doublement du parc d'habitat partagé à l'horizon 2040 - alors qu'un Français sur quatre aura plus de 60 ans en 2030.

"Lien familial"

Michèle participe à une activité avec d'autres résidents dans une résidence intergénérationnelle, le 21 août 2026, à Arcueil, dans le Val-de-Marne ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

"Les gamins, c'est la vie", estime Michèle, résidente d'un F2 à la Maison d'Aspasie et retraitée de l'Aide sociale à l'enfance (ASE).

"La vieillesse me fait peur", reconnaît celle qui ne voulait "surtout pas aller dans une maison où il n'y a que des personnes âgées" : "J'adore la jeunesse. Et puis, de vivre avec des jeunes, on se sent jeune. Si on vit avec des vieux, on se sent vieux."

Hanane, 44 ans, qui vit dans un F3 avec son mari et leurs trois enfants, estime que ces derniers sont devenus "très sociables" au contact des autres résidents.

"Il n'y a pas de lien sanguin, mais (c'est comme) un lien familial", juge-t-elle. Ce qui n'empêche pas des conflits ponctuels de voisinage, mais qui ne durent jamais bien longtemps, car "on essaye de régler les problèmes entre nous".

Développée depuis 2004 en France par des associations, et encadrée depuis 2018 par la loi Elan, la cohabitation intergénérationnelle se pratique aussi chez des particuliers.

A Montreuil (Seine-Saint-Denis), Fanny, 86 ans, et Rania, 22 ans, cohabitent ainsi depuis 2024 dans la maison de la retraitée, qui ne souhaitait plus vivre seule depuis un infarctus.

Le binôme a été mis en relation via Le Pari solidaire, une initiative qui permet aux 60 ans ou plus de loger à moindre coût - entre 0 et 400 euros par mois - une personne de moins de 30 ans dans une chambre meublée.

Convaincues par cette cohabitation, qu'elles ont renouvelée chaque année à la date butoir de leur contrat, elles vivent aujourd'hui comme en famille.

"(Entre) les repas, (...) les sorties, j'ai vraiment l'impression d'être avec ma grand-mère", confie l'étudiante en informatique, à qui Fanny "apporte beaucoup" grâce à ses conseils.

L'octogénaire apprécie de pouvoir parler italien avec celle qu'elle considère "comme sa petite-fille", et avec qui elle partage, outre ces origines méditerranéennes, le goût de la cuisine.

"Elle m'apporte sa jeunesse, des choses que je ne connais pas", raconte Fanny, pour qui "il n'est pas drôle de vieillir seule". En France, 750.000 personnes âgées vivent en situation de "mort sociale", selon le dernier baromètre de l'association Petits frères des pauvres.

"Tant qu'il y a du monde, ça va, je me sens bien", s'amuse Fanny, tout sourire, après avoir regardé avec Rania, sur son téléphone, les photos de leurs vacances d'été en Italie.