La trêve à nouveau enfreinte au Liban à la veille de discussions Israël-Beyrouth
information fournie par Reuters 22/04/2026 à 21:49

Au moins quatre personnes ont été tuées mercredi dans des frappes menées par Israël dans le sud du Liban en violation du cessez-le-feu temporaire, a rapporté la presse officielle libanaise, tandis que le Hezbollah a dit avoir lancé une attaque au drone contre des soldats de Tsahal dans la zone.

Ces nouveaux incidents dans le sud du Liban sont survenus six jours après l'annonce d'une trêve de dix jours et à la veille d'une deuxième rencontre à Washington entre les ambassadeurs israélien et libanais aux Etats-Unis.

Le président libanais Joseph Aoun, qui avait formulé le mois dernier une offre de dialogue sans précédent alors rejetée par Israël, a déclaré que Beyrouth entendait obtenir lors des discussions une prolongation du cessez-le-feu.

Israël et les Etats-Unis ont dit considérer cette trêve comme indépendante de celle avec l'Iran, bien que le Pakistan, médiateur des pourparlers américano-iraniens, avait annoncé que le Liban était également concerné. Téhéran a demandé que le Liban soit inclus dans un quelconque accord de paix.

Quelques heures après l'annonce de la trêve Washington-Iran, Israël a effectué le 8 avril une série de bombardements sans précédent au Liban depuis le début de la guerre six semaines plus tôt, tuant en cette seule journée plus de 300 personnes, dont nombre de civils et de secouristes.

Israël dit avoir pour objectif de désarmer le Hezbollah, reprochant au groupe aligné sur l'Iran et à Beyrouth de n'avoir pas réalisé cette mesure prévue par le cessez-le-feu de 2024 chapeauté par les Etats-Unis et la France. Tsahal avait poursuivi ses frappes au Liban pendant des mois en violation de l'accord, conservant également des positions dans le sud du pays au-delà du délai qui lui était fixé pour s'en retirer.

La guerre actuelle a éclaté après que le Hezbollah a lancé des roquettes en direction d'Israël à la suite de l'assassinat d'Ali Khamenei, guide suprême iranien pendant près de quatre décennies, au premier jour des bombardements israélo-américains en Iran le 28 février.

Plus de 2.400 personnes ont été tuées à travers le Liban depuis le début de l'offensive israélienne dans le pays le 2 mars, d'après les données des autorités libanaises. Deux personnes ont été tuées en Israël dans les attaques du Hezbollah, selon les autorités israéliennes.

Israël a de nouveau envahi en mars le sud du Liban afin, a-t-il dit, de contrôler une "zone de sécurité" jusqu'au fleuve Litani - ravivant le souvenir de l'occupation illégale du pays de 1982 à 2000. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a promis des ravages similaires à ceux infligés à Gaza tandis que le ministre des Finances, Belazel Smotrich, a appelé à annexer le Sud-Liban pour faire du Litani la frontière nord d'Israël.

Deux personnes ont été tuées mercredi dans une frappe de Tsahal contre une voiture à Tayri, village du sud du Liban, a rapporté l'agence de presse officielle libanaise ANI.

Un haut représentant de l'armée libanaise a déclaré par ailleurs qu'un drone israélien a lancé une grenade contre des secouristes tentant de venir en aide à une journaliste blessée dans des décombres à Tayri. Il a été demandé à Tsahal, via un mécanisme chapeauté par les Etats-Unis, de permettre aux équipes de secours de récupérer la journaliste blessée, a-t-il dit.

L'armée israélienne a nié empêcher les équipes de secours d'intervenir dans la zone.

Dans un communiqué, Tsahal a dit avoir frappé un véhicule qui avait quitté, avec un second véhicule, une "structure militaire utilisée par le Hezbollah" et qui se dirigeait vers les troupes israéliennes d'une "manière représentant un danger immédiat pour leur sécurité".

Elle a reproché aux occupants des deux véhicules d'avoir franchi la "Ligne de défense avancée" imposée par Israël dans le sud du Liban et d'avoir enfreint le cessez-le-feu.

"Des informations ont été reçues selon lesquelles deux journalistes ont été blessées à la suite de ces frappes", a dit l'armée israélienne, ajoutant enquêter sur les circonstances de l'incident.

Une frappe aérienne distincte menée par Israël contre la ville de Yohmor a tué deux personnes, ont rapporté l'ANI et le ministère libanais de la Santé.

Le Hezbollah a dit avoir attaqué avec un drone une position d'artillerie de Tsahal dans le sud du Liban en réponse à ce qu'il a dénoncé comme des violations israéliennes du cessez-le-feu. L'armée israélienne a fait savoir qu'elle avait intercepté un "appareil hostile" lancé par le Hezbollah en direction de soldats israéliens dans le sud du Liban.

"NÉGOCIATIONS EXIGEANTES"

L'ambassadrice libanaise aux Etats-Unis, Nada Moawad, va demander jeudi lors des discussions de Washington une prolongation du cessez-le-feu et une suspension des démolitions effectuées par Israël dans le sud du Liban, a dit Joseph Aoun.

Un représentant libanais a indiqué que Beyrouth veut une extension de la trêve comme condition préalable à l'ouverture de pourparlers à un niveau supérieur. Durant ces pourparlers, a-t-il ajouté, le gouvernement libanais demandera notamment à Israël de retirer ses troupes du pays et de libérer les Libanais détenus par l'Etat hébreu.

Le Hezbollah, qui considère la trêve au Liban comme le résultat des pressions en ce sens exercées par l'Iran, a condamné la volonté de Beyrouth de discuter avec Israël, illustrant les divergences au sein du pays.

Evoquant lors d'un discours la décision "historique" d'Israël de négocier directement avec le Liban, qu'il a décrit comme un "Etat défaillant", le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sarr a appelé Beyrouth à "travailler ensemble contre l'Etat terroriste que le Hezbollah a bâti sur votre territoire".

Il est attendu que le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio préside la réunion de jeudi à Washington entre les ambassadeurs israélien et libanais.

Le président chiite du Parlement libanais, Nabih Berri, est opposé à des négociations directes avec Israël, disant estimer que Beyrouth devrait privilégier des discussions indirectes.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam, reçu mardi à Paris par Emmanuel Macron, a déclaré que "la diplomatie n'est pas un signe de faiblesse mais un acte responsable". Les négociations avec Israël "s'annoncent exigeantes et nécessitent le soutien actif de nos partenaires", a-t-il ajouté.

Pour sa part, le président français a appelé à "oeuvrer à la consolidation de cette trêve fragile" au Liban et à l'"amorce d'une véritable dynamique de stabilisation". "Cela ne peut passer que par un retrait israélien du territoire libanais, un désarmement du Hezbollah par les Libanais eux-mêmes (...) et la reconstruction du Liban (...) afin de permettre le retour de l'ensemble des déplacés", a-t-il dit devant les journalistes.

(Maya Gebeily à Beyrouth, Pesha Magid à Jérusalem, avec la contribution de Jana Choukeir, Nayera Abdallah et Ahmed Elimam à Dubaï, Steven Scheer à Jérusalem, Menna Alaa El Din au Caire, Nazih Osseiran et Tom Perry à Beyrouth; rédigé par Jean Terzian)