La Syrie envisage d'aider militairement Ryad - sources
information fournie par Reuters 08/10/2026 à 07:00

par Timour Azhari

La Syrie, proche alliée de l'Arabie saoudite, envisage de fournir une assistance militaire à Ryad dans la guerre au Yémen contre les Houthis, ont déclaré un responsable américain et une source militaire syrienne.

Cette assistance pourrait prendre la forme de moyens de défense pour aider le royaume à se protéger des attaques de la milice soutenue par l'Iran, ou d'un déploiement de militaires pour des opérations offensives aux côtés des forces gouvernementales yéménites, ont dit ces sources.

Selon le responsable américain, l'Arabie saoudite a demandé que la Syrie envoie des forces pour combattre les Houthis.

En réponse à une demande de commentaires adressée au ministère des Affaires étrangères syrien, un diplomate syrien a déclaré que la Syrie se tenait aux côtés de l'Arabie saoudite face aux attaques des Houthis, tout en ajoutant que le gouvernement se concentrait avant tout sur des priorités nationales telles que la reconstruction après la guerre civile.

"Si l'Arabie saoudite venait à solliciter une coopération militaire ou un échange d'expertise, cela se ferait exclusivement par les voies officielles et dans le cadre des accords bilatéraux régissant les relations entre nos deux pays frères", a déclaré ce diplomate dans un communiqué.

Le gouvernement saoudien et le ministre yéménite de l'Information n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

L'Arabie saoudite a requis l'assistance de nombreux pays, des Etats-Unis à l'Europe et au Moyen-Orient, pour renforcer ses moyens défensifs et offensifs face aux Houthis, qui ont annoncé en juillet un blocus maritime des exportations pétrolières saoudiennes et progressé de manière spectaculaire vers le détroit de Bab el-Mandeb, vital pour le trafic de pétrole.

L'armée yéménite, épaulée depuis 2015 par les moyens aériens de l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe, a lancé lundi une contre-offensive pour reconquérir le terrain perdu ces dernières semaines, avec des gains limités pour le moment.

Le président syrien Ahmed al Charaa s'est rendu mardi à Ryad, où il a rencontré le prince héritier Mohamed ben Salmane. Le sujet de l'assistance militaire a été abordé, selon la source américaine. L'ancien chef rebelle a été raccompagné à son avion par le ministre de la Défense Khalid ben Salmane, frère du prince héritier en charge du dossier yéménite.

Les combattants des groupes d'opposition syriens qui ont lutté contre le régime de Bachar al Assad, depuis le début de la guerre civile en 2011 jusqu'à sa chute en décembre 2024, ont été recrutés ces dernières années comme mercenaires dans d'autres conflits, en Libye par exemple ou dans la guerre russo-ukrainienne.

PARI RISQUÉ

L'envoi de troupes n'en serait pas moins un pari risqué pour l'actuel gouvernement de Damas.

Le nouvel Etat syrien, qui a adopté une politique de non-engagement dans les conflits et entend se consacrer à la reconstruction du pays, s'efforce de constituer une seule armée à partir des nombreux groupes armés de l'ancienne rébellion, qui comprennent des milices sunnites radicales, tout en s'employant à contenir les tensions avec les communautés minoritaires, dont celle des Alaouites, minorité issue du chiisme à laquelle appartient le clan Assad.

Un conflit entre l'armée syrienne et les Houthis, eux-mêmes une minorité chiite, porterait le risque d'exacerber les tensions religieuses, ce que souhaitent ni Damas ni ses partenaires occidentaux, a souligné le responsable américain.

Fournir une aide militaire à l'Arabie saoudite pourrait aussi être considéré comme un acte hostile par l'Iran et ses alliés chiites du Hezbollah au Liban et les milices chiites en Irak.

Dans le même temps, Ahmed al Charaa tient à afficher son soutien à Mohamed ben Salmane, qui a joué un rôle capital pour aider l'ancien chef djihadiste à acquérir une légitimité sur la scène internationale, en organisant notamment, en mai 2025, une rencontre entre le président syrien et son homologue américain Donald Trump.

Ryad fournit en outre une aide financière à la Syrie qui pourrait être augmentée, fait valoir le responsable américain.

Pour H.A. Hellyer, chercheur associé principal au Royal United Services Institute de Londres, "une nouvelle Syrie envoyant un contingent défensif très restreint vers les lieux les plus sacrés du monde islamique, tout en apportant un soutien technique pour neutraliser les drones, aurait une portée symbolique extrêmement positive".

"En revanche, toute mesure allant au-delà, notamment le déploiement de troupes syriennes au sol, constituerait selon moi une tout autre affaire - une option que Damas chercherait probablement à éviter, compte tenu des priorités sur lesquelles le pays doit se concentrer en interne."

(Reportage Timour Azhari; Jean-Stéphane Brosse pour la version française)