La semaine diplomatique de Trump a mis en évidence les limites de son pouvoir
information fournie par Reuters 25/09/2026 à 14:06

par Matt Spetalnick

De son discours très médiatisé devant l’Assemblée générale des Nations unies à sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping à la Maison blanche, la semaine du président américain Donald Trump a été chargée en matière de diplomatie, mais a révélé les limites de son pouvoir.

Cette effervescence diplomatique n'aura guère suffi à dissiper l’impression, partagée par de nombreux analystes, d’un président impuissant face à des problèmes persistants tant sur le plan intérieur qu’à l’étranger.

Avec une guerre en Iran qui ne cesse de s’étendre, et qui a fait grimper les prix de l’essence aux États-Unis et fait chuter sa cote de popularité, Donald Trump est confronté à la détérioration de ses relations avec ses alliés et fait face au défi posé par la Chine en matière d’intelligence artificielle.

Les limites de son pouvoir étant mises à nu, le président américain commence désormais à se heurter à la résistance des dirigeants mondiaux sur des questions majeures allant de la crise au Moyen-Orient à la guerre en Ukraine, donnant l’impression d’un programme de politique étrangère au point mort.

Cette impression d'impasse dans laquelle se trouve Donald Trump intervient alors que le Parti républicain, dont il fait partie, s’apprête à affronter les Démocrates lors des élections de mi-mandat en novembre, un scrutin qui pourrait le contraindre davantage sur le plan politique.

Malgré tout, son discours prononcé mardi devant les Nations unies a brutalement rappelé comment il a bouleversé, depuis son retour à la Maison blanche l’année dernière, l’ordre mondial fondé sur des règles que Washington avait contribué à créer après la Deuxième Guerre mondiale.

Debout à la tribune d’une institution mondiale dédiée à la paix, il a proféré mardi une nouvelle menace d'"anéantissement" de l’Iran si Téhéran n’acceptait pas un accord. Il a également défendu son approche coercitive envers le Venezuela en affirmant que "le butin revient au vainqueur", et a laissé entendre qu’il pourrait déployer l’armée américaine pour atteindre d'autres objectifs internationaux.

Mais les discussions qu'il a eu avec son homologue chinois jeudi l'ont confronté à un Xi Jinping qui semblait en position de force, supervisant une augmentation des échanges commerciaux de son pays avec le reste du monde tandis que les États-Unis souffrent des répercussions économiques du conflit avec l’Iran.

DES RÉSULTATS LIMITÉS AVEC XI JINPING

Tel était le contexte de la visite d’État de Xi Jinping, marquée par un grand faste et de nombreuses cérémonies.

Mais les réunions ont été pauvres en substance, malgré une multitude de questions épineuses telles que l’intelligence artificielle, le commerce, Taïwan et l’Iran.

Le résultat le plus tangible a semblé se limiter à une prolongation de deux mois de la trêve commerciale entre les deux plus grandes économies mondiales, qui devait initialement expirer en novembre.

Alors que Donald Trump ne semblait guère disposé à évoquer publiquement les divergences entre les deux puissances, les médias d’État chinois ont rapporté que Xi Jinping l’avait exhorté, à huis clos, à s’opposer à l’indépendance de Taïwan. Cette île gouvernée démocratiquement, revendiquée par la Chine, reste le sujet le plus controversé dans les relations entre Washington et Pékin.

L’attitude apparemment peu conflictuelle de Donald Trump lors de la visite de son homologue était bien loin de son approche précédemment belliciste, axée sur les droits de douane, qui a été tempérée par le contrôle exercé par Pékin sur les terres rares.

"Trump se voit nous ramener à un monde où la loi du plus fort prévaut", a déclaré Brett Bruen, ancien conseiller en politique étrangère de l'administration Obama et aujourd’hui à la tête du cabinet de conseil stratégique Global Situation Room.

"Mais il est intéressant de noter qu’il se montre très hésitant dès qu’il s’agit de Xi Jinping et de la puissance chinoise en pleine ascension."

Répondant aux questions de Reuters, un responsable de la Maison blanche a rejeté l’idée selon laquelle la politique étrangère du président américain était au point mort.

Il a déclaré que ses propos aux Nations unies "mettaient en avant ses diverses victoires dans la défense des intérêts américains à travers le monde", notamment selon lui en empêchant l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

IMPASSE DANS LA GUERRE EN IRAN

La guerre avec l’Iran, qu’il a déclenchée aux côtés d’Israël le 28 février, a par ailleurs pesé sur la semaine diplomatique de Donald Trump.

Le conflit, qui s’éternise depuis près de sept mois, a perturbé l’approvisionnement énergétique mondial et s'est désormais étendu à d’autres pays de la région — tout récemment au Yémen et au corridor maritime de la mer Rouge.

La résistance de l’Iran, malgré les coups portés par les États-Unis à son économie et à son armée, est devenue le défi de politique étrangère le plus insoluble du second mandat de Donald Trump.

Ce dernier a profité de son discours aux Nations unies pour défendre son attaque contre Téhéran. "L'Amérique est de retour", plus forte que jamais, a-t-il dit.

Mais cette guerre étant profondément impopulaire, Donald Trump et son camp politique pourraient en payer le prix lors des élections de mi-mandat, alors que la majorité de son parti au Congrès est menacée.

Les dirigeants mondiaux semblent ainsi se préparer à une période où l’influence du président américain pourrait commencer à s’affaiblir après les élections de novembre, alors qu’il lui reste moins de deux ans et demi au pouvoir.

La plupart des alliés européens et asiatiques ont déjà rejeté les demandes d’aide de Donald Trump dans le cadre d’un conflit avec l’Iran qu’il a lancé sans les consulter.

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, certains partenaires de Washington ont pris pour cible Donald Trump, sans explicitement le nommer.

Le président français Emmanuel Macron a mis en garde mardi devant les Nations unies contre un retour à la "loi de la jungle" à l’échelle mondiale, affirmant que les pays étaient confrontés à un choix entre un monde régi par la force et la coercition, et une "société internationale civilisée".

RÉSISTER À TRUMP

Les efforts de Donald Trump pour faire pression sur l’Ukraine et la Russie afin que les deux pays acceptent ne serait-ce qu’un cessez-le-feu énergétique limité n’ont pas non plus trouvé beaucoup d’écho, autre signe d’un poids politique en déclin.

Bien que le président américain ait vanté un accord avec le Danemark et le Groenland visant à renforcer la présence militaire américaine sur cette vaste île de l’Arctique, celui-ci n’a pas répondu à sa demande initiale de "s’approprier" le territoire, ni à sa menace, le cas échéant, de le prendre de force.

"Il y a un an, peu de pays osaient s’opposer à Trump", a écrit Ian Bremmer, président de l’Eurasia Group, sur X. "Aujourd’hui, le Canada, l’Europe, la Chine, l’Iran, la Russie et d’autres sont tous plus enclins à dire non."

Donald Trump lui-même a semblé se demander mardi à la tribune des Nations unies quelle était réellement son influence sur la scène internationale.

Dans son discours, il a déclaré aux dirigeants mondiaux qu’il souhaitait rebaptiser l’IA "super-intelligence".

"Voyons si j’ai un quelconque pouvoir", a-t-il alors déclaré. "Peut-être que j’en ai, peut-être que non. Nous le saurons très bientôt."

(Rédigé par Matt Spetalnick ; avec Antoni Slodkowski ; version française Etienne Breban, édité par)