La Russie et Israël ont alimenté la désinformation sur Ceuta, dit Sanchez
information fournie par Reuters 31/08/2026 à 16:43

(Actualisé avec réaction du Kremlin et d'Israël)

La Russie et Israël ont tous deux diffusé et amplifié des fausses informations concernant l'afflux massif de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta le mois dernier, a déclaré lundi le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez.

Ce dernier, qui a dit s'appuyer sur le résultat d'une enquête menée par le service diplomatique de l'Union européenne, a ajouté qu'il était "évident" que Moscou et Tel-Aviv avaient profité de la crise pour mettre en difficulté le gouvernement espagnol en raison de la position de Madrid sur les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.

Le Premier ministre espagnol a par ailleurs précisé qu'aucune preuve ne pouvait démontrer l'implication du Maroc.

Plus de 72.000 migrants ont tenté d'entrer dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc en juillet lors d'une traversée qui a coûté la vie à au moins 100 personnes, selon les autorités locales.

Certains partis d'opposition en Espagne et des associations de défense des droits de l'homme ont accusé le Maroc d'avoir délibérément autorisé le passage de migrants, ce que Rabat nie.

"Quand les gens parlent et spéculent sur la participation des autorités marocaines, je démens catégoriquement", a déclaré Pedro Sanchez à la radio SER.

Des vidéos diffusées sur Instagram et TikTok avançaient à tort que les migrants ayant atteint l'enclave espagnole seraient amenés à rester en Espagne, encourageant des milliers de personnes à tenter la traversée, ont rapporté les autorités de Madrid.

Des études menées par le Service diplomatique de l'Union européenne, l'EEAS, ont indiqué que des réseaux russes et israéliens en contact avec des réseaux d'extrême droite seraient derrière la propagation de ces fausses informations, a rapporté Pedro Sanchez.

Le dirigeant espagnol avance que la Russie comme Israël ont utilisé cet événement pour égratigner Madrid, qui s'est élevé contre les guerres menées dans la bande de Gaza et en Ukraine. Pedro Sanchez n'a cependant pas fourni de preuve de leur implication.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a réagi sur X, accusant Pedro Sanchez de "mentir éhontément" et de vouloir détourner l'attention des échecs de sa politique intérieure.

Le Kremlin a également rejeté les accusations du président du gouvernement espagnol, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov.

L'EEAS n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire de Reuters.

TENSIONS CROISSANTES À CEUTA

Près de 5.000 migrants, dont certains ayant fait une demande d'asile, restent stationnés à Ceuta, provoquant des protestations quasi-quotidiennes de la population locale qui critique la gestion de la crise par Madrid.

La police locale a fait état d'attaques sporadiques sur un camp de fortune de migrants installé sur la plage d'El Trampolin.

La police a arrêté trois ressortissants marocains dimanche pour avoir lancé des bouteilles remplies de liquide corrosif sur des officiers à Ceuta, a rapporté l'agence de presse EFE, citant des sources policières. Aucune victime n'a été recensée.

Pedro Sanchez a ajouté que le gouvernement espagnol allait débloquer un fonds d'urgence supplémentaire de 168 millions d'euros pour relancer l'économie locale, soit l'équivalent de 8% du PIB de l'enclave, en plus des 180 millions d'euros annoncés la semaine dernière.

L'Italie a par ailleurs annoncé étendre pour une période de 15 jours les contrôles frontaliers imposés aux voyageurs en provenance d'Espagne.

Le gouvernement italien a mis en place ces restrictions le 1er août, déclarant vouloir s'assurer qu'aucun migrant entrant à Ceuta ne puisse se rendre en Italie. Ces restrictions expiraient lundi.

La décision d'étendre la suspension "a été prise (...) à cause de la persistance des facteurs qui ont mené à la réintroduction de ces mesures", a expliqué le ministère italien de l'Intérieur.

En représailles, l'Espagne a annoncé le maintien des contrôles de voyageurs arrivant d'Italie par voies aérienne et maritime pour 15 jours supplémentaires.

La mesure du gouvernement de Giorgia Meloni, prise le 31 juillet, a contribué à tendre les relations diplomatiques entre Rome et Madrid. Selon certains de ses détracteurs, elle est avant tout symbolique et destinée à satisfaire son opinion publique.

La coalition de droite de Giorgia Meloni, arrivée au pouvoir en 2022 avec la promesse de réduire l'immigration illégale, fait face à une pression croissante du parti d'extrême droite "Futur national" dirigé par l'ancien général Roberto Vannacci, dont le discours anti-immigration rencontre un certain écho auprès d'une partie de l'électorat conservateur.

(Rédigé par David Latona et Victoria Waldersee ; version française Tangi Salaün et Zhifan Liu, édité par Benoît Van Overstraeten)