La Russie a ciblé une centrale électrique de Kyiv, dit Zelensky
information fournie par Reuters 13/10/2026 à 23:29

(Actualisé tout du long avec nouveaux commentaires de Zelensky, précisions)

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a déclaré mardi soir que la Russie a effectué une nouvelle attaque contre la capitale Kyiv, ciblant une centrale électrique, et a de nouveau déploré n'avoir pas été averti par ses partenaires occidentaux de ces missiles balistiques lancés par Moscou.

Ces commentaires interviennent après que le président américain Donald Trump a surpris en décrétant dimanche une "trêve énergétique" entre Moscou et Kyiv, dans un contexte de tensions entre les Etats-Unis et l'Ukraine à propos d'attaques contre des raffineries russes.

Pour la première fois depuis cette annonce, l'armée russe s'était abstenue dans la nuit de lundi à mardi de cibler des sites énergétiques ukrainiens. Elle avait toutefois pilonné des réseaux logistiques et de transports.

"Encore une fois, pas d'avertissement en avance de la part de nos partenaires", a écrit mardi soir Volodimir Zelensky sur la messagerie Telegram. "La cible principale a été une infrastructure énergétique", a-t-il ajouté. "D'après nos renseignements, les Russes préparent des lancements supplémentaires de missiles balistiques".

Plus tôt dans la journée, le président ukrainien avait déjà déploré que Kyiv n'avait pas été averti par ses alliés des tirs de missiles balistiques effectués la nuit précédente par Moscou, comme c'est généralement le cas, une attaque qu'il a décrite comme "particulièrement infâme".

Les sirènes d'alerte avaient retenti dans la capitale ukrainienne seulement après plusieurs explosions.

"Les renseignements sur les lancements de missiles balistiques russes contribuent à sauver des vies. Il s'agit de l'un des enjeux les plus cruciaux", a écrit dans la journée Volodimir Zelensky sur le réseau social X, sans lier cette absence d'avertissement à de quelconques tensions avec Washington.

Selon des informations de presse, l'administration Trump a menacé de ne plus fournir de renseignements à Kyiv et de ne plus permettre de livraisons d'armes si les attaques contre les raffineries russes se poursuivaient.

Experts et représentants ont souligné par le passé la grande dépendance de l'Ukraine aux renseignements américains pour avoir connaissance des lancements de missiles de la Russie.

LES USA PARTAGENT DES RENSEIGNEMENTS AVEC KYIV, DIT TRUMP

Donald Trump a assuré mardi que Washington continuait de partager des renseignements avec Kyiv et que les efforts de son administration pour mettre fin à la guerre se poursuivaient. "Nous les aidons, et nous partageons des renseignements", a-t-il dit aux journalistes.

Les Etats-Unis avaient suspendu un temps le partage de renseignements avec l'Ukraine, en mars 2025, après avoir déjà gelé alors les aides militaires, dans le sillage d'une vive altercation à la Maison blanche entre Donald Trump et Volodimir Zelensky, avec l'objectif de contraindre Kyiv à négocier.

S'exprimant plus tôt mardi depuis la capitale polonaise Varsovie lors d'un forum sécuritaire, le ministre ukrainien des Affaires étrangères a cherché à calmer les inquiétudes en déclarant que Kyiv recevait toujours des renseignements américains. Le retard pour avertir des tirs de missiles russes la nuit précédente est dû aux spécificités des armes utilisées par Moscou, a ajouté Andrii Sybiha.

Pour tenter d'enrayer la machine de guerre russe, aux équipements plus modernes et aux troupes plus nombreuses, l'Ukraine a adopté la stratégie de frapper des raffineries, poussant Moscou à suspendre ses livraisons de diesel et provoquant depuis plusieurs semaines la colère de Donald Trump.

Le président américain a accusé Kyiv d'être responsable, avec ces attaques, de la nette hausse des prix du carburant aux Etats-Unis cette année, quand bien même la plupart des analystes s'accordent sur le fait que cette inflation découle de la guerre lancée par Washington en février dernier contre l'Iran.

La flambée des prix du carburant a alimenté la frustration des Américains à propos du coût de la vie, l'une des préoccupations majeures en amont des élections de mi-mandat au Congrès ("midterms") du 3 novembre, lors desquelles les pairs républicains de Donald Trump espèrent conserver la majorité dans les deux chambres.

Désireux de rassurer les électeurs américains, le locataire de la Maison blanche a récemment répété que les prix du carburant diminueraient après le scrutin et a annoncé vendredi dernier un accord avec la Russie sur des livraisons de diesel.

Cet accord a été dénoncé par Volodimir Zelensky comme une décision "indigne" et un "cadeau" au président russe Vladimir Poutine. Des élus du Congrès américain, tant du côté démocrate que dans les rangs républicains, ont exprimé des critiques et déclaré qu'il pourrait s'agir d'une violation des restrictions sur les importations énergétiques prises en raison de la guerre.

Interrogé mardi par les journalistes, Donald Trump a de nouveau défendu sa décision de sceller cet accord, revendiquant que cela n'était "pas pour nous, mais pour le monde". Il s'est abstenu de répondre à la question de savoir si les revenus engrangés grâce à ces exportations de diesel pourraient permettre à Moscou de renforcer son arsenal militaire.

(Olena Harmash et Daniel Flynn à Kyiv, avec Nandita Bose à Washington; rédigé par Jean Terzian)