La Paris Games Week se recentre sur le jeu vidéo dans un secteur en plein bouleversement information fournie par AFP 19/10/2026 à 09:18
Fermetures de studios, licenciements... un an après l'euphorie suscitée par le succès mondial de "Clair Obscur: Expedition 33", l'industrie française du jeu vidéo n'a plus vraiment le coeur à la fête pour la quinzième édition de la Paris Games Week, qui ouvre ses portes jeudi.
"La situation est très, très dégradée", constate auprès de l'AFP Nicolas Vignolles, délégué général du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell) qui organise le salon à la porte de Versailles.
Ubisoft, Don't Nod, Nacon, Quantic Dream... plusieurs acteurs majeurs de l'industrie ont dû licencier cette année, asphyxiés par des ventes inférieures aux attentes et des difficultés à trouver des financements.
Face à une offre pléthorique, de nombreux titres n'arrivent pas à être rentables et "le jeu vidéo, qui était déjà une industrie relativement risquée, devient une industrie extrêmement risquée quand il s'agit d'investir", s'inquiète M. Vignolles.
Dans son baromètre annuel publié jeudi en partenariat avec le CNC, le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) relève que près d'un studio sur deux (48%) se déclare déficitaire en 2025, un taux en forte progression sur un an.
Le secteur, qui emploie entre 10.000 et 15.000 personnes dans plus d'un millier de structures, "est en train de se couper en deux", analyse Lévan Sardjevéladzé, président du SNJV, avec d'un côté de nombreux studios en difficulté, et de l'autre quelques beaux succès de la scène indépendante.
"On est allé trop vite"
Une partie de cette production, soit plus d'une trentaine de jeux, sera présentée à partir de jeudi et jusqu'à dimanche au Pavillon France de la Paris Games Week qui promet plus de 150 titres jouables.
Après une édition 2025 qui a fait la part belle aux concerts et à la pop-culture, cette quinzième édition va se recentrer autour du jeu vidéo et proposer "plus de postes de jeux" aux visiteurs, affirme Nicolas Vignolles.
"L'an dernier, on est allé un peu vite dans ce qu'on proposait au public, qui a pu paraître un peu foisonnant et peut-être trop éloigné de la base qu'était le jeu vidéo", reconnaît-il.
Si deux des trois principaux constructeurs, Sony et Nintendo, seront présents sur le salon, Microsoft n'y sera qu'au travers d'une collaboration avec la marque IKEA autour de l'univers de sa Xbox.
Parmi les titres jouables les plus attendus: le nouvel opus de la saga militaire Call of Duty, "Modern Warfare 4", le troisième et dernier volet du remake de "Final Fantasy VII", ou encore "Rayman Legends Retold", remake du jeu de plateforme d'Ubisoft sorti en 2013.
Effet "GTA VI"
Mais le mastodonte "Grand Theft Auto VI", nouvel épisode de la saga de gangsters de Rockstar attendu le 19 novembre et best-seller assuré de la fin de l'année, n'en sera pas.
Pour la deuxième année consécutive, le salon, soutenu depuis l'an dernier par de nouveaux partenaires (le groupe Fimalac Entertainment, propriétaire de l'agence artistique Webedia, et le spécialiste de l'organisation de salons GL events), se voit écourté d'une journée.
Organisée à quelques semaines des fêtes de fin d'année, période cruciale pour les ventes, la Paris Games Week avait comptabilisé 161.000 entrées sur quatre jours l'an passé, contre 188.000 sur cinq jours en 2024.
Les organisateurs espèrent faire au moins aussi bien que l'an dernier.
Mis en concurrence avec les réseaux sociaux et les plateformes de streaming, "il y a un combat culturel qu'il va falloir mener pour le jeu vidéo", s'alarme M. Vignolles, qui observe pour la première fois en dix ans un recul du nombre de joueurs en France.
Pour autant, "je pense que le plus dur est passé pour les grosses et moyennes entreprises de l'industrie", souligne Laurent Michaud, économiste du secteur.
Le jeu vidéo reste de loin la première industrie culturelle en France et les investissements dans le secteur ont connu au deuxième trimestre leur plus haut niveau depuis 2023, indique l'expert.
Selon lui, la sortie de "GTA VI" pourrait également avoir un "effet d'entraînement" sur les ventes de jeux même s'il faut s'attendre à une concurrence féroce sous le sapin pour rivaliser avec le futur hit de Rockstar.