La mission BepiColombo amorce une arrivée à haut risque vers Mercure information fournie par AFP 03/09/2026 à 16:20
Après huit ans de voyage vers Mercure, la plus petite et la plus méconnue des planètes du Système solaire, la double-sonde européo-japonaise BepiColombo a entamé jeudi son approche à haut risque vers sa destination finale.
Lancé en octobre 2018, l'engin de quatre tonnes a dû effectuer un parcours de plus de 10 milliards de km et neuf survols de planètes pour ajuster sa vitesse et sa trajectoire afin d'approcher la planète la plus proche du Soleil.
A partir d'avril 2027, la sonde MPO (Mercury Planet Orbiter) de l'Agence spatiale européenne (ESA) doit l'étudier avec une précision inégalée, la frôlant à seulement 480 km de sa surface.
La sonde Mio (Mercury Magnetospheric Orbiter) de l'agence spatiale japonaise (Jaxa) s'intéressera, elle, à son environnement spatial et notamment à son champ magnétique, en suivant une orbite elliptique s'éloignant jusqu'à 11.000 km.
Mais avant cela, BepiColombo a entamé jeudi une délicate phase d'arrivée de plusieurs mois, jalonnée d'opérations "à haut risque", selon Ignacio Tanco, responsable des opérations des missions vers le système solaire interne à l'ESA.
L'environnement extrême de la planète - soumise à des températures allant de –180 à 450°C et à des rayonnements solaires intenses - rend l'insertion orbitale particulièrement périlleuse.
Jeudi, comme espéré, une première étape cruciale a été franchie à 12H00 GMT (14H00 heure de Paris), avec la séparation des deux sondes - encore attachées ensemble - du module de transfert qui les avait propulsées jusque-là.
Le véhicule a procédé de manière autonome à la découpe des quatre pieds mécaniques qui reliaient les orbiteurs au module de transfert. Un mécanisme à ressort a ensuite poussé doucement les deux sondes à distance.
La séparation s'est déroulée au rythme de "40 cm par seconde, laissant les deux entités relativement proches au regard de l'immensité de l'espace", a commenté Geraint Jones, chef de projet scientifique de la mission.
En raison de la distance entre les sondes et la Terre, le signal confirmant le succès de l'opération est parvenu au centre de contrôle situé à Darmstadt en Allemagne près de deux heures plus tard, à 13h53 GMT (15h53 à Paris), déclenchant des salves d'applaudissements et des cris de joie.
"C'est le meilleur scénario que nous pouvions espérer avec la télémétrie nous parvenant exactement au moment où nous pouvions l'espérer", a commenté Elsa Montagnon, en charge des opérations concernant le module au sein de l'ESA.
"Cela veut dire que la reconfiguration s'est déroulée comme prévu", s'est-elle réjouit, rappelant que cette opération ressemblait à un "nouveau lancement réussi".
La distance - 200 millions de km de la Terre - et la proximité du Soleil - 63 millions de km des sondes - rendait impossible toute opération en temps réel, décuplant la difficulté.
Mystérieux "hollows"
Les deux sondes doivent désormais entrer dans l'orbite de Mercure le 21 novembre, avant une nouvelle phase délicate les 9 et 10 décembre avec la séparation des deux sondes pour rejoindre leurs orbites respectives.
Avec ses seize instruments pour un budget de 1,7 milliard d'euros, la mission pourra alors "offrir à l'humanité et à la communauté scientifique des vues inédites de Mercure et ouvrir un nouveau chapitre dans notre compréhension du Système solaire", s'est enthousiasmée Santa Martinez, responsable de la mission BepiColombo à l'ESA.
Car la petite planète, survolée pour la première fois en 1974 par la sonde Mariner 10 puis en 2011 par MESSENGER, reste énigmatique.
BepiColombo étudiera son atmosphère très ténue, appelée exosphère. Et son champ magnétique, qu'elle est - hormis la Terre - la seule planète rocheuse du Système solaire à posséder.
En cartographiant toute sa surface en très haute résolution, les scientifiques veulent mieux comprendre son activité volcanique passée, son étonnante densité et vérifier si, comme des indices le laissent penser, ses pôles éternellement plongés dans l'ombre renferment de la glace d'eau.
Ils espèrent aussi percer le mystère des structures uniques de Mercure appelées "hollows". Découvertes par MESSENGER, "ces dépressions à la surface de la planète donnent l'impression que celle-ci est progressivement rongée et semblent être liées à la présence de substances volatiles qui s'évaporent ou se subliment (passent de l'état solide à gazeux, ndlr) très facilement", a expliqué Geraint Jones.
"Fondamentalement, nous voulons comprendre les origines de cette planète et la manière dont elle est devenue ce qu'elle est. En étudiant davantage ces corps célestes, nous apprenons aussi comment notre propre planète s'est formée et est devenue telle que nous la connaissons aujourd'hui", a souligné le scientifique.