La microgravité entrave la capacité des spermatozoïdes à atteindre l'ovule
information fournie par Reuters 30/03/2026 à 19:03

Alors que l'humanité rêve de colonies sur la Lune et sur Mars, la question de la reproduction en dehors de la Terre peut devenir d'actualité dans un avenir pas trop lointain. Mais de nouvelles recherches en microgravité simulée révèlent de nombreux défis.

Des expériences menées par des scientifiques en Australie ont montré que la microgravité, simulée en laboratoire, perturbe la motilité des spermatozoïdes, réduit les taux de fécondation et, en cas d'exposition prolongée, compromet la qualité et la survie des embryons précoces.

Dans ces conditions, les spermatozoïdes humains et murins étaient environ 5% moins efficaces pour nager dans un canal imitant l'appareil reproducteur féminin par rapport à la gravité normale.

Chez les ovules de souris, cela s'est traduit par une baisse d'environ 30% du taux de fécondation et des complications dans le développement précoce des embryons.

Les États-Unis, avec le programme Artemis de la Nasa, prévoient d'envoyer des astronautes sur la Lune dans les années à venir, tout comme la Chine.

"Alors que le programme Artemis s'efforce activement de renvoyer des humains sur la Lune et que des projets sérieux sont en cours pour des missions habitées vers Mars, la capacité à se reproduire au-delà de la Terre est fondamentale pour toute colonisation à long terme", explique Nicole McPherson, responsable du groupe Biologie du sperme et de l'embryon à l’université d'Adélaïde et auteure principale de l'étude publiée dans Communications Biology.

"Cela inclut non seulement la reproduction humaine, mais aussi celle des animaux et des espèces agricoles dont dépendrait tout habitat autosuffisant."

L'étude montre que ce n'est pas la motilité mais la navigation des spermatozoïdes qui est perturbée .

Le chercheuse compare cette situation à un "labyrinthe les yeux bandés et en tournoyant", ce qui rend les spermatozoïdes sans repère fiable pour distinguer le haut du bas ou la direction à suivre.

L'ajout de progestérone, une hormone féminine naturellement libérée au moment de l'ovulation et servant de signal chimique de guidage, aide les spermatozoïdes à surmonter partiellement ces effets.

SIMULATION DE LA MICROGRAVITÉ

Pour simuler la microgravité, les chercheurs ont utilisé un dispositif qui faut tourner les échantillons cellulaires en continu, créant une condition de "chute libre" constante, simulant l'apesanteur de l'espace.

Pour tester la navigation, ils ont utilisé une chambre en plastique dotée de microcanaux étroits ouverts aux deux extrémités, les spermatozoïdes devant naviguer d'une extrémité à l'autre.

Dans des conditions de microgravité, le nombre de spermatozoïdes humains et de souris ayant réussi à franchir un parcours a diminué d'environ 50% par rapport aux conditions de gravité terrestre.

Chez la souris, le taux de fécondation réussie a diminué de 30% après quatre à six heures de microgravité par rapport à la gravité normale.

Les embryons qui ont réussi à se former en microgravité semblaient être de meilleure qualité. Cela suggère qu’une brève exposition à la microgravité pourrait agir comme une "filtre" éliminant les plus faibles, selon Nicole McPherson.

Une exposition prolongée à la microgravité, au cours des 24 premières heures suivant la fécondation – moment où le matériel génétique des deux parents se combine pour la première fois -, s'est avérée néfaste pour le développement de l'embryon, entraînant des retards et une baisse de qualité des cellules embryonnaires.

Des résultats similaires ont été observés avec des cellules de porc.

Nicole McPherson souligne que la reproduction dans l'espace est "beaucoup plus complexe" que supposé, et que ces difficultés apparaissent à plusieurs stades, et non à un seul.

(Reportage Will Dunham, version française Elena Slirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)