La métropole Aix-Marseille renonce à voter son budget, vers une mise sous tutelle information fournie par AFP 28/04/2026 à 18:31
Les élus de la métropole Aix-Marseille-Provence, confrontée à un trou financier de 123 millions d'euros, ont refusé mardi de voter le budget 2026, ouvrant la voie à une rarissime mise sous tutelle de l'Etat.
Cette décision, en forme d'appel au secours de la métropole la plus étendue de France, est "forte et inédite", a souligné lors d'une séance publique le président de l'institution Nicolas Isnard (LR), maire de Salon-de-Provence.
Le maire de Marseille Benoît Payan (DVG) avait assumé, avant la réunion, vouloir provoquer "un électrochoc". "Je crois que l'État ne nous a pas cru quand nous avons dit que nous ne présenterions pas de budget".
Constatant qu'"il est impossible en l'état de présenter un budget où serait inscrit autant de recettes que de dépenses", une obligation légale, le budget principal et les budgets annexes ont été retirés de l'ordre du jour, avec le soutien des 92 maires de la collectivité, toutes tendances confondues.
C'est l'aboutissement d'un bras de fer avec l'Etat que les édiles ont engagé pour alerter sur les difficultés financières de la métropole, confrontée à un déficit de 123 millions d'euros pour l'année 2026, pour un budget de 4,8 milliards en 2025.
La collectivité n'aura donc pas son budget avant la date butoir du 30 avril fixée par la loi.
Cette situation conduira à une intervention du préfet, charge à lui de saisir la chambre régionale des comptes qui aura alors un mois pour formuler un budget alternatif. Une mise sous tutelle rarissime, qui a concerné l'an dernier le département de la Charente et celui de la Guadeloupe à la fin des années 1990.
"La machine va continuer. Les factures vont être honorées, les salaires vont être honorés", a précisé M. Isnard devant les journalistes. Mais, a-t-il reconnu, il n'y aura ni "nouveaux investissements" ni "nouveaux engagements financiers."
Tout juste élue suite aux municipales, la gouvernance de la métropole Aix-Marseille-Provence impute son déficit budgétaire à une baisse des dotations de l'Etat, chiffrée à moins 120 millions d'euros en deux ans. Elle a aussi connu une hausse des coûts de fonctionnement, en raison des infrastructures de transports publics, une de ses compétences, lancées par le plan d'investissement "Marseille en grand".
- "Cri du coeur" -
Les élus métropolitains avaient lancé la semaine dernière un appel solennel à l'Etat pour qu'il les aide à combler le déficit 2026. L'institution veut obtenir, à l'instar du Grand Paris, un déplafonnement du versement mobilité, taxe payée par les entreprises.
Cette taxe peut monter jusqu'à 3,20% sur les territoires du Grand Paris, mais est fixée à 2% pour Aix-Marseille-Provence. Un point d'augmentation représenterait environ 220 millions d'euros de recettes supplémentaires.
"Je n'ai pas pour ambition d'aller demander des chèques supplémentaires à l'État", assure à l'AFP le vice-président en charge du budget, David Ytier. "Mais donnez-nous les leviers, notamment financiers et fiscaux, qui nous permettent sur ce territoire d'aller chercher l'équilibre (budgétaire, ndlr). C'est un peu notre cri du cœur".
- "Choc fiscal" -
L'intercommunalité a aussi élaboré un "plan d'économie d'urgence" d'un peu plus de 30 millions d'euros avec notamment la suppression de certains évènements.
Mais cela n'empêchera pas "un choc fiscal" à venir en 2026 et en 2027 pour les près de deux millions d'habitants de la métropole, a prévenu mardi M. Isnard.
En déplacement à Marseille jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu reconnaissait que les dispositions budgétaires concernant les intercommunalités étaient "dures", prônant "une méthode complètement différente pour le budget de l'année prochaine".
Ces dernières semaines, plusieurs pistes d'économies ont été évoquées. Elles sont loin de faire consensus, que ce soit une augmentation des tarifs des transports, une hausse de la fiscalité ou une baisse des subventions aux associations.
"Je ne me vois pas demander aux Marseillaises et aux Marseillais de payer plus cher le ticket de métro, de voir des tramways circuler de moins en moins, de voir une imposition de plus en plus violente sur les ménages", a affirmé mardi Benoît Payan à des journalistes.