La métropole Aix-Marseille-Provence, minée par des années de querelles, élit un président d'union
information fournie par AFP 07/04/2026 à 15:32

Nicolas Isnard, président de la métropole Aix-Marseille-Provence, à Marseille le 7 avril 2026 ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU )

La métropole d'Aix-Marseille-Provence, longtemps siège d'une bataille féroce avec la mairie de Marseille, a tourné une page mardi en élisant très largement un président d'union, Nicolas Isnard (LR), qui veut prendre le chemin "du consensus et de la proximité retrouvée".

Le maire de Salon-de-Provence, seul candidat en lice, a été élu avec 199 voix sur 237, et 38 bulletins blancs, soit à peu près le nombre d'élus du Rassemblement national, tenu à l'écart des discussions sur ce choix.

Une élection très applaudie par un hémicycle conquis dans sa majorité par son projet d'union très large, pour faire "la métropole des maires". Nicolas Isnard a longuement embrassé les maires de Marseille et d'Aix-en-Provence.

"Cette métropole a trop souffert, a trop été emportée par ses querelles du quotidien, par ses difficultés à gérer, ses compétences de proximité qui ont généré entre nous beaucoup trop de tensions", a expliqué le nouveau président devant la presse. "Nous allons maintenant réorganiser la métropole", notamment les compétences de proximité, dont certaines vont être redéployées vers les communes qui le souhaitent.

Nicolas Isnard, président de la métropole Aix-Marseille-Provence, à Marseille le 7 avril 2026 ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU )

"Il est temps que notre territoire prenne un autre chemin, celui du consensus et de la proximité retrouvée", a déclaré Nicolas Isnard après son élection.

La métropole d'Aix-Marseille-Provence (AMP) est la plus étendue de France, avec 92 communes, 1,8 million d'habitants et cinq milliards d'euros de budget.

Elle a notamment en charge les transports, la propreté et la voirie dans la deuxième ville de France et les deux exécutifs n'ont cessé de se renvoyer la balle sur ces sujets clivants, aboutissant régulièrement à des situations de blocage. La métropole était en effet dirigée depuis huit ans par Martine Vassal (DVD), grande rivale du maire de Marseille tout juste réélu Benoît Payan.

- "Marseille est de retour" -

Nicolas Isnard, président de la métropole Aix-Marseille-Provence, à Marseille le 7 avril 2026 ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU )

A l'issue de l'élection des vingt vice-présidents, dont cinq sont issus de sa majorité, M. Payan a estimé qu'"aujourd'hui une page est tournée". "Marseille est de retour dans la métropole, elle nous aura manquée pendant six ans", a réagi le maire de Marseille devant la presse.

"Les poubelles ne sont ni de droite ni de gauche, un bus n'est ni de droite ni de gauche", a asséné celui qui s'était plaint d'avoir découvert "dans le journal" le projet de tramway sur l'emblématique Corniche du front de mer, voulu par Mme Vassal.

M. Payan avait apporté, dès avant le scrutin, son soutien à Nicolas Isnard, tout comme la maire UDI de l'autre ville importante de la collectivité, Aix-en-Provence, Sophie Joissains.

Pour convaincre ses collègues, M. Isnard s'est notamment engagé à rendre à la majorité marseillaise la compétence en termes de transports. "Marseille doit enfin prendre toute sa place dans notre institution", a-t-il lancé après son élection triomphale.

Mme Vassal, qui a subi un revers cinglant aux récentes municipales à Marseille avec à peine plus de 5% des voix au second tour, loin derrière le RN, n'était pas en mesure de se représenter. Elle reste présidente du département des Bouches-du-Rhône.

Le président cette séance inaugurale, le maire PCF de Martigues, Gaby Charroux, doyen de l'assemblée métropolitaine et lui aussi soutien de M. Isnard, a exprimé le souhait de voir "une métropole forte, utile et visible".

"Une métropole stratégique et des communes pleinement respectées", a insisté M. Charroux, jugeant aussi que "la gestion de la collecte, de l'eau, de l’assainissement, de la voirie, doit pouvoir rester entre les mains de ceux qui connaissent le mieux le terrain".

Préparant sa candidature depuis des mois en sillonnant les communes d'AMP, Nicolas Isnard a expliqué à l'AFP en avoir tiré le constat que les édiles rejetaient cette "technostructure éloignée des réalités du terrain", minée par les querelles politiques qui "polluent l'outil".

Des "chicayas" dénoncées par le président Macron lui-même en 2021, lassé de mettre l'argent de son plan Marseille en grand "dans un système qui continue à garder les mêmes freins".