La loi sur le 1er-Mai saute la case des débats à l'Assemblée, la CGT dénonce un "coup de poignard"
information fournie par AFP 10/04/2026 à 14:58

Des députés de gauche chantent la Marseillaise le 10 avril 2026 à l'Assemblée nationale à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Coup tactique à l'Assemblée : les députés ont rejeté vendredi le texte autorisant le travail de certains salariés le 1er-Mai, mais à la demande des macronistes pour contourner "l'obstruction" de la gauche et accélérer son parcours législatif.

"Coup de poignard", a dénoncé la CGT. Déposée par le groupe de Gabriel Attal (Ensemble pour la République), cette motion de rejet tactique a été adoptée par 120 voix contre 105. Les quatre groupes de gauche s'y opposant tout comme le MoDem, hostile à la manoeuvre plus qu'au fond du texte. Insuffisant toutefois contre le reste de l'hémicycle, des macronistes jusqu'au Rassemblement national.

Exit donc les quelque 140 amendements à discuter avant la fin des débats à 17H30, le camp gouvernemental s'attendant ce que la gauche laisse à dessein s'enliser les débats.

"Certains groupes politiques ont fait le choix de l'obstruction parlementaire", a déclaré à la tribune Nicole Dubré-Chirat (Renaissance) en défense de la motion tactique.

Le texte est donc renvoyé immédiatement devant une commission mixte paritaire députés-sénateurs (CMP), qui pourrait avoir lieu mardi à 16H30 selon une source gouvernementale, avant un dernier vote dans chaque chambre. Ses soutiens espèrent ainsi avancer rapidement et appliquer le texte dès le 1er mai 2026.

"Je comprends la position exprimée par toutes les organisations syndicales pour préserver ce symbole auquel je suis, moi aussi, attaché", a affirmé auprès de l'AFP Jean-Pierre Farandou, promettant de veiller "personnellement à y exclure les supermarchés et les hypermarchés". Le contenu précis du décret d'application fera l'objet de discussions avec les partenaires sociaux.

Dénonçant une forme de "49.3 parlementaire", la gauche s'est insurgée. Des députés allant de LFI jusqu'au PS ont même entonné debout La Marseillaise, puis l'Internationale, alors qu'étaient rassemblés aux abords du Palais Bourbon plusieurs dizaines de manifestants rejoints par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet.

La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet lors d'une action à Paris le 1er avril 2026 ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )

"C'est une victoire importante", a réagi le chef du groupe Les Républicains Laurent Wauquiez face aux journalistes. "La France insoumise installe le chaos dans cet hémicycle à chaque texte. C'est une honte. On a refusé de céder".

Insoumis, socialistes et écologistes ont dit leur intention de saisir le Conseil constitutionnel contre le texte lorsqu'il sera définitivement adopté.

- "Le volontariat n'existe pas" -

Vote à l'Assemblée nationale le 10 avril 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )

Le 1er mai n'est pas un jour férié "comme les autres", c'est "historiquement le jour où on célèbre les travailleurs et les travailleuses", a souligné vendredi sur TF1 Marylise Léon (CFDT).

L'objectif de cette proposition de loi, déjà adoptée au Sénat, est de permettre l'autorisation pour les salariés de certains commerces de travailler le 1er-Mai.

Si le code du travail établit que "le 1er-Mai est jour férié et chômé", il admet qu'un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là... mais seul ou presque.

Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. Au risque d'une amende de 750 euros par salarié concerné (1.500 euros s'il est mineur).

Le débat a été relancé l'an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s'étaient émus de contrôles inopinés suivis d'amendes pour avoir fait travailler des salariés.

La proposition de loi doit clarifier les règles et "permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler", en l'espèce "des commerces de bouche de proximité" comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)... Mais exclut la grande distribution ou les magasins d'outillage et travaux, par exemple.

Payés double, seuls les salariés "volontaires" seront concernés et "le refus de travailler le 1er-Mai ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement", précise le texte.

"Le volontariat ça n'existe pas", a critiqué près de l'Assemblée Natalie Huyghe, employée en jardinerie de 57 ans, et syndiquée CGT. "Si ça marche, ça va s'étendre à tous les corps de métier", s'est aussi alarmée Hadjia Djebbar, militante de 62 ans.

Cette traditionnelle fête a vu le jour le 1er-Mai 1886 avec l'appel à la grève de syndicats américains pour un maximum de huit heures de travail quotidiennes. Durant ce mouvement, plusieurs grévistes et policiers sont morts.