La laine des moutons, une toison d'or pour sauver les glaciers ? information fournie par Reuters 03/09/2026 à 15:27
Alors que la Suisse peine à enrayer la fonte de ses glaciers, des chercheurs mènent une expérience inédite dans les Alpes pour déterminer si l’une de ses ressources naturelles les moins valorisées pourrait s’avérer utile: la laine de mouton.
Depuis des années, des bâches synthétiques sont déployées en été sur la neige et la glace pour réfléchir les rayons du soleil et limiter l’absorption de chaleur, alors que le réchauffement climatique entame les calottes glaciaires qui sculptent le paysage alpin depuis des millénaires.
Mais ces bâches, souvent en plastique, peuvent libérer des microfibres polluantes. Le projet "Keep It Wool", porté par l’association environnementale Summit Foundation et l’Université de Lausanne, mise sur une protection en laine pour ralentir la fonte du glacier de Tsanfleuron, le plus grand du massif des Diablerets (ouest).
Les records de chaleur enregistrés cet été ont entraîné la disparition de la neige sur les glaciers des semaines plus tôt que d’ordinaire, annonçant une nouvelle perte de glace et renforçant les risques d’éboulements, comme celui qui a dévasté Blatten en 2025, ou de crues soudaines meurtrières, comme celle survenue la semaine dernière dans l’Himalaya.
Timothée Steiner, chef de projet, explique que l’équipe souhaitait explorer une alternative biodégradable grâce aux alpages suisses et conférer ainsi un nouvel usage à la laine des ovins, dont 40 à 70% sont jetés chaque année dans la confédération.
Quatre étudiants en master ont imaginé le projet et l’ont mis en oeuvre.
En juin, deux prototypes de couverture en laine fabriqués par l’entreprise suisse Fisolan ont été installés sur 200 mètres carrés du glacier de Tsanfleuron. Tout l’été, leurs performances ont été comparées à celles d’une couverture géotextile conventionnelle. Les premiers résultats ont dépassé les attentes.
"Je pensais que ce ne serait pas assez stable", concède Niklaus Sägesser, de Fisolan, surpris par la résistance du matériau.
"Maintenant, nous avons un résultat que nous pouvons voir et même toucher. Ça a incroyablement bien fonctionné", se réjouit Elliot Gaffiot, étudiant et membre du projet.
Les promoteurs du projet rappellent toutefois que les seules couvertures en laine ne constituent pas une solution au réchauffement climatique, seulement une parade de fortune.
Environ 0,02% de la surface des glaciers suisses sont protégés par des bâches. Les scientifiques le martèlent, c'est uniquement la réduction des émissions de gaz à effet de serre, principalement liées aux combustibles fossiles, qui pourra ralentir à long terme la fonte des glaces.
(Reportage de Cécile Mantovani et Denis Balibouse, version française Elena Smirnova, édité par Sophie Louet)