La fronde lycéenne se durcit, le mouvement gagne les universités information fournie par Reuters 01/10/2026 à 14:36
Le mouvement de contestation des lycéens se durcit en France, où blocus, violences et dégradations se multiplient dans des centaines d'établissements, une fronde tous azimuts qui gagne jeudi les universités avec une trentaine de blocages revendiqués par l'Union étudiante.
Face à la dégradation de la situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule de crise ce jeudi, jour de la présentation du projet de budget 2027, qui prévoit une enveloppe en hausse pour l'Education nationale.
Le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, a annoncé sur X avoir demandé que "les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l'accueil des élèves en toute sécurité."
"Un lycée incendié, des personnels aspergés d'essence, un bilan de blessés qui s'alourdit : les violences commises depuis ce matin aux abords des lycées sont d'une extrême gravité. Elles dépassent largement la seule question de l'Ecole", écrit-il.
Les élèves qui manifestent, avec l'appui de l'Union syndicale lycéenne (USL), dénoncent une dégradation des conditions d'apprentissage, avec notamment des classes surchargées et un manque de professeurs.
Parti le 21 septembre de l'académie de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement gagne chaque jour en importance, prenant de court le gouvernement qui juge "légitimes" certaines revendications tout en condamnant le recours à la violence et l'instrumentalisation politique de La France insoumise (LFI), à sept mois de l'élection présidentielle.
Selon les dernières données en date du ministère de l'Intérieur, 356 établissements étaient affectés mercredi. Les forces de l'ordre ont procédé mercredi à 625 personnes interpellations et 83 policiers et gendarmes ont été blessés. Le ministre de l'Education nationale a fait état pour sa part d'au moins 119 élèves et personnels blessés.
L'Union syndicale lycéenne, par la voix de son président Ryad Rani, déclare se mobiliser contre la "violence institutionnelle et sociale que subissent de nombreux jeunes depuis maintenant neuf ans". Le premier mandat d'Emmanuel Macron, qui ne peut se représenter en 2027, a débuté en mai 2017.
PLUSIEURS CAMPUS BLOQUÉS
Le chef de l'Etat a dit mercredi comprendre et entendre les "angoisses" et les "colères" de la jeunesse tout en condamnant le recours à la violence.
Dans ce qu'elle présente comme l'acte II de sa mobilisation, l'USL a reçu le soutien de l'Union étudiante, qui entre à son tour dans la contestation pour réclamer notamment un "financement massif" des lycées et des universités. Une nouvelle mobilisation est d'ores et déjà prévue mardi prochain.
L'Unef appelle également les étudiants à manifester contre la suppression de places dans les facultés et le gel des aides personnelles au logement (APL), mesure inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027.
L'Union étudiante recensait "près d'une trentaine de blocages" jeudi matin sur les campus, à Paris (Paris-Cité, Sorbonne-Université entre autres) mais aussi à Strasbourg, Montpellier, Lyon, Rennes, notamment.
La région Ile-de-France comptabilise jeudi "plus de 200 lycées perturbés, dont une cinquantaine sont le théâtre de violences, d'affrontements et de dégradations". Une trentaine de portails ou sas ont été endommagés totalement ou partiellement depuis le début du mouvement, précise-t-elle dans un communiqué.
La facture des dégradations s'établit à ce stade "à plus d'un million d'euros", indique-t-elle.
Dans les Bouches-du-Rhône, 40 lycées sont concernés, dont 18 sont totalement bloqués, rapporte la préfecture de police, qui fait état de plus de 4.600 participants aux manifestations.
TRANSPORTS PUBLICS INTERROMPUS À MARSEILLE
La Régie des transports métropolitains (RTM) de Marseille, deuxième ville de France, a décidé d'interrompre l'intégralité des transports en commun compte tenu, précise-t-elle dans un communiqué, "des déprédations et des agressions de conducteurs avec blessés intervenus ce matin sur le réseau bus".
Un incendie s'est déclaré dans le lycée Nelson-Mandela de Nantes, dans le lycée Blaise-Pascal de Rouen, et des faits similaires sont rapportés à Rennes, Toulouse où des heurts sont signalés entre manifestants et forces de l'ordre. La préfecture du Bas-Rhin a ordonné l'arrêt de la circulation des tramways à Strasbourg pour "limiter les mouvements des casseurs et manifestants".
La candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle, en tête dans les intentions de vote, réclame sur X le rétablissement de l'ordre ainsi que des garanties de sécurité pour les élèves et les enseignants face à une situation qui "dégénère". Marine Le Pen accuse le candidat de LFI, Jean-Luc Mélenhon, de porter une "lourde responsabilité".
Bruno Retailleau, candidat des Républicains à la présidentielle, a estimé jeudi matin sur BFMTV que la question se posait d'une "interdiction de LFI". "Ce qui se passe aujourd'hui devant les lycées, c'est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait, ils organiseraient une insurrection dans le pays", a-t-il dit.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a estimé sur X que "l'irresponsabilité du gouvernement" était "totale dans sa gestion du mouvement lycéen".
Le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, pointé du doigt par l'exécutif et la droite pour avoir déclaré mardi, devant le lycée Paul-Eluard de sa ville, que la violence "peut être légitime", a maintenu jeudi ses propos sur franceinfo, tout en appelant à "l'apaisement".
(Sophie Louet, édité par Benoit Van Overstraeten)