La France ne peut plus se permettre la moindre erreur sur ses finances publiques dit Citadel information fournie par Reuters 07/10/2026 à 11:32
La France ne peut plus se permettre la moindre erreur dans l'assainissement de ses finances publiques et la pression exercée par les marchés devrait inciter le gouvernement à se concentrer sur la maîtrise des dépenses à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, a déclaré à Reuters Angel Ubide, économiste chez la société de gestion d'actifs Citadel.
La France, confrontée à un déficit public élevé, voit ses coûts de financement s'envoler dans un contexte plus large de tensions sur les marchés obligataires mondiaux, ce qui a à son tour provoqué une vague de ventes de l'euro, les investisseurs craignant que la fragilité de ses finances publiques ne se répercute sur le reste du bloc monétaire.
Angel Ubide, responsable de la recherche économique pour les obligations et la macroéconomie chez Citadel, qui gère 76 milliards de dollars (67,92 milliards d'euros) d'actifs, estime toutefois que la France ne représente pas, pour l'instant, un risque systémique pour l'Europe.
"La France est un très grand pays. Si nous parlons d'un problème systémique concernant la France, nous parlons d'un problème systémique pour l'Europe. J'espère et je m'attends à ce que nous n'en arrivions pas au point d'avoir cette discussion", a-t-il déclaré à Reuters lors d'un entretien.
Outre l'élection présidentielle de l'année prochaine, il estime également essentiel que le scrutin législatif débouche sur une majorité capable de maîtriser les finances publiques.
"Je pense donc que la pression des marchés, en ce sens, est bénéfique, car elle envoie un signal clair indiquant qu'il n'y a pas de marge d'erreur – c'est ce qui importe le plus", a-t-il ajouté.
Le rendement des obligations souveraines françaises à dix ans a atteint un sommet depuis 2002 la semaine dernière, tandis que son écart avec celui du Bund allemand de même écheance s'est creusé vendredi dernier à plus de 150 points de base, un niveau qui n'avait plus été observé depuis fin 2011.
L'euro est pour sa part tombé lundi à un creux de 17 mois face à la devise américaine, passant sous la barre des 1,12 dollar, alors que les difficultés budgétaires en France font craindre une contagion au reste du bloc monétaire.
Toutefois, jusqu'à présent, tant les responsables de la Banque centrale européenne (BCE) que le ministre français de l'Economie et le gouverneur de la Banque de France ont écarté toute nécessité d'une intervention de Francfort pour stabiliser le marché.
RISQUE POLITIQUE
Ce ne sont pas seulement les risques financiers qui inquiètent les investisseurs ; il existe également une composante de risque politique.
L'élection présidentielle approche dans un contexte de mobilisation lycéenne contre la détérioration des conditions d'enseignement et à un moment où la hausse du coût de la vie pèse sur les ménages.
Ce climat de tension accroît le risque que les électeurs mécontents se détournent des partis traditionnels pour se tourner vers des formations plus radicales, comme on l'a vu dans d'autres pays, y compris récemment en Allemagne.
En France, Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national (RN) pour l'élection présidentielle et favorite dans les sondages, s'est engagée mardi à renforcer considérablement les mesures d'austérité si elle était élue.
Ses propositions suscitent toutefois le scepticisme des économistes interrogés par Reuters, qui se demandent s'il est possible de mettre en oeuvre des coupes budgétaires d'une telle ampleur, d'autant plus que la candidate du parti d'extrême droite n'a donné que très peu de détails sur ses projets concernant le système de retraite.
"Il subsiste une grande inconnue : 'Qui est la véritable Marine Le Pen?' Nous en sommes encore à la découverte, et il faudra du temps au marché pour se forger une opinion", souligne Angel Ubide.
(Reportage Leigh Thomas et Gabriel Stargardter ; version française Diana Mandia; édité par Benoit Van Overstraeten)