Nouveaux heurts à Paris et Lyon, Macron prend la parole
information fournie par AFP 18/10/2026 à 19:30

Près de la place de la République à Paris, où de nouveaux heurts ont éclaté, le 18 octobre 2026 ( AFP / Matthieu RONDEL )

De nouvelles tensions ont éclaté dimanche à Paris et Lyon au lendemain d'une journée de chaos et de pillages en France en marge de la mobilisation contre la "vie chère", mettant sous grosse pression le gouvernement et Emmanuel Macron, qui va s'exprimer à 20H00.

Epicentre de la mobilisation parisienne et des heurts de samedi, la place de la République a été de nouveau le théâtre d'affrontements dimanche après-midi avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Des magasins ont également été pillés dans le quartier, où la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée pour le deuxième jour d'affilée.

A Lyon, une intervention policière a mis en échec un groupe d'une cinquantaine de jeunes qui tentaient de briser les vitres d'un magasin Lacoste.

Des manifestants place de la Républiqe à Paris le 18 octobre 2026 ( AFP / Matthieu RONDEL )

Samedi, les affrontements et pillages avaient déjà déferlé jusque tard dans la nuit dans plusieurs villes , faisant ressurgir le débat brûlant sur les failles du maintien de l'ordre, dénoncées notamment par les maires de Paris, Marseille ou Limoges.

Eclipsant comme ailleurs les revendications sur le pouvoir d'achat et le mal-être de la jeunesse, plus de 30.000 pilleurs ont été dénombrés dans la seule ville de Marseille par la préfecture. Le maire Benoît Payan (DVG) avait dès samedi "demandé des comptes" sur les insuffisances du dispositif policier.

Le président Emmanuel Macron doit s'adresser aux Français à 20H00, au lendemain d'une journée de "la colère" lycéenne et sociale qui s'est soldée par quelque 2.000 interpellations et 600 blessés dans les rangs policiers.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, dont la démission est réclamée à gauche et à l'extrême droite, s'exprimera dans la foulée au JT de 20H de TF1.

"Nous vivons une crise profonde de confiance, d'autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie", a affirmé Marine Le Pen, candidate désignée du Rassemblement national à la présidentielle qui se tient dans six mois.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu et le président Emmanuel Macron le 18 octobre 2026 à Paris ( POOL / Ludovic MARIN )

Si Emmanuel Macron continue à jouer le "pourrissement", la situation risque de devenir "incontrôlable", a pour sa part prévenu le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon sur LCI.

Colère et désolation

Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses villes touchées par les violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. "C'est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu'on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité", a déploré Cécile Rogue, 57 ans, à Paris.

Des employés municipaux nettoient une rue jonchée de débris au lendemain d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 à Marseille ( AFP / Thibaud MORITZ )

Même sentiment devant la mairie de Limoges, dévastée par les flammes. "Mes enfants se sont mariés ici, ça fait mal au cœur", confie Jean-Louis, un riverain retraité. "On peut avoir des revendications sans tout casser". Quelque 7.000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dimanche dans la ville pour exprimer leur émotion.

A Lyon ou à Paris, des volontaires sont venus spontanément déblayer les rues du centre-ville jonchées de débris, pour conjurer leur impuissance. "J'avais pas de mots et je voulais me sentir utile", explique Clémentine, 47 ans, croisée dans la capitale des Gaules.

Dans toute la France, pas moins de 1.500 commerces ont été pris pour cible samedi, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".

Le ministre du Commerce Serge Papin réunira lundi matin les fédérations représentant les commerçants et distributeurs, les hôteliers et restaurateurs, ainsi que les banques et assurances.

Habitué des grandes mobilisations, le pays a déjà connu des épisodes de violences avec les gilets jaunes en 2018-2019, les émeutes provoquées par la mort de Nahel en 2023 ou les manifestations contre la réforme des retraites la même année. Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.

"Je n'ai jamais vu ça même au plus fort des gilets jaunes", confiait un représentant des forces de l'ordre à Rennes. Cette journée marquera "sans doute une césure", selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung choqué par le niveau de violences à l'unisson de la presse étrangère.

"Risque pour la Nation"

La mairie de Limoges en flammes, incendiée en marge d'une manifestation contre la vie chère, le 17 octobre 2026 ( AFP / Pascal LACHENAUD )

Choqués par les pillages et les destructions, plusieurs maires veulent comprendre comment des casseurs ont pu agir en toute impunité samedi, selon eux.

La mobilisation a été "plus importante que les prévisions" obligeant à adapter "le dispositif en temps réel", a admis le préfet du Nord Bertrand Gaume.

Une commission d'enquête parlementaire sur les violences sera créée et portera également sur la stratégie de maintien de l'ordre, a annoncé la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance).

En attendant, l'Association des maires de France (AMF) a appelé à des rassemblements lundi devant les mairies pour s'alarmer d'un "vrai risque pour toute la Nation".

Samedi, de nombreux manifestants ont rapporté avoir été "nassés" et aspergés de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre et certains d'entre eux ont été grièvement blessés.

A Saint-Etienne, un manifestant de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade et à Mulhouse, une jeune femme du même âge a perdu un oeil, conduisant à une saisine de l'IGPN, la police des polices.

C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", avait estimé samedi soir le Premier ministre Sébastien Lecornu.

La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger. "La France brûle", a écrit le président américain Donald Trump, estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.