"La fierté de toute une nation": ultime hommage en Israël au dernier otage de Gaza
information fournie par AFP 28/01/2026 à 18:30

Des enfants se penchent sur le cercueil de Ran Gvili, lors de ses funérailles à Meitar, dans le sud d'Israël, le 28 janvier 2026 ( POOL / Chaim Goldberg )

Israël a tourné mercredi une page traumatisante de son histoire en enterrant le dernier otage de l'attaque du 7 octobre 2023, lors de funérailles nationales où le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti les ennemis de son pays qu'ils paieraient un "prix exorbitant" pour toute nouvelle agression.

Des milliers de personnes ont rendu hommage au policier Ran Gvili au petit stade de Meitar, sa ville natale, dans le sud d'Israël.

"J'espérais que tu rentres sur tes deux jambes, et cela m'a donné de la force", a lancé sa mère Talik Gvili, devant le cercueil recouvert du drapeau israélien. "Pendant deux ans et quatre mois, nous n'avons cessé de parler de toi et tu es devenu l'enfant de tous".

"Tu es la fierté de toute une nation", a renchéri son autre fils, Omri Gvili.

Shira Gvili, la soeur du défunt, en larmes, a fait entendre au micro la voix de son frère le matin du 7-Octobre au téléphone lui disant de ne pas s'inquiéter, provoquant les sanglots de la foule.

Présent au côté de la famille, le président israélien Isaac Herzog a demandé pardon, au nom de l'Etat, "de ne pas avoir été là pour lui".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dépose une gerbe de fleurs sur le cercueil de Ran Gvili, lors de ses funérailles à Meitar, dans le sud d'Israël, le 28 janvier 2026 ( POOL / Chaim Goldberg )

Sur l'estrade, le portrait de Ran Gvili, mort à 24 ans, s'affiche en grand, avec l'inscription "Parti le premier, dernier à revenir".

Cette formule lancée par la famille est devenue un leitmotiv national. Elle fait allusion au départ précipité du jeune homme, alors en arrêt maladie, au matin du 7-octobre, pour se porter avec son arme de service au devant des combattants du mouvement islamiste palestinien Hamas infiltrés en Israël. Il sera tué ce jour-là dans des combats et son corps emmené dans la bande de Gaza.

- "C'est terminé" -

Dans la foule de Meitar réunie sous un ciel gris, des familles, dont beaucoup d'enfants, mais aussi des ministres, députés et autres officiels. Certains portent le ruban jaune, symbole des otages.

"On aurait voulu qu'il revienne d'une autre façon", dit à l'AFP Reout Gavrieli, 44 ans. "Mais je suis quand même heureuse (...) qu'il trouve enfin le repos et qu'on referme ce chapitre".

Des personnes portant des drapeaux israéliens se dirigent vers les funérailles de l'otage Ran Gvili, à Meitar, le 28 janvier 2026 ( AFP / John Wessels )

Connu pour son rôle dans la série à succès Fauda, l'artiste Idan Amedi a chanté son titre "Nigmar" ("C'est terminé", en hébreu) à la fin de la cérémonie.

Les restes du dernier otage ont ensuite été inhumés dans l'inimité, en présence de plusieurs anciens captifs du Hamas à Gaza.

Sa dépouille avait été rapatriée lundi en Israël, au lendemain de fouilles de l'armée israélienne dans un cimetière du nord de la bande de Gaza.

Le Hamas avait dit avoir donné des informations sur l'emplacement du corps, en gage de bonne volonté et de son "engagement" en faveur du cessez-le-feu, en cours depuis le 10 octobre dernier.

Une foule réunie pour les funérailles de Ran Gvili, le 28 janvier 2026 à Meitar, dans le sud d'Israël ( POOL / Chaim Goldberg )

Ran Gvili était le dernier otage dont le Hamas devait rendre la dépouille dans le cadre de cette trêve.

Mercredi matin, son cercueil a quitté la base militaire de Shoura, dans le centre d'Israël, salué par une rangée de policiers, avant de prendre la direction de Meitar.

Le long de la route, des centaines d'Israéliens lui ont rendu hommage.

Lors de l'attaque du 7-Octobre, qui a déclenché la guerre de Gaza, 251 personnes, dont 44 mortes, avaient été enlevées pour servir d'otages.

Sur les 207 otages pris vivants, 41 sont morts ou ont été tués en captivité.

- "Nous y arriverons" -

Dans son éloge funèbre à Meitar, M. Netanyahu a salué la mémoire d'un "héros d'Israël".

Des Israéliens assistent aux funérailles de l'otage Ran Gvili, à Meitar, le 28 janvier 2026 ( AFP / ilia yefimovich )

"Nous sommes déterminés à mener nos missions à leur terme: désarmer le Hamas et démilitariser Gaza, et nous y arriverons. Que nos ennemis sachent que quiconque lève la main sur Israël paiera un prix exorbitant", a-t-il insisté.

Alors que les deux parties s'accusent mutuellement de violer quotidiennement la trêve, la situation humanitaire reste dramatique pour les plus de deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza, vivant largement sous tente dans un territoire dévasté et livré aux intempéries de l'hiver.

Les funérailles de Ran Gvili pourraient permettre l'avancée du plan du président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre.

La deuxième étape de ce plan, endossé par le Conseil de sécurité de l'ONU en novembre, prévoit, outre le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.

Le Hamas est prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible, a déclaré mercredi un porte-parole du mouvement islamiste palestinien à l'AFP, en insistant pour une réouverture totale du poste-frontière de Rafah avec l'Egypte - crucial pour le passage de l'aide humanitaire - "sans entraves israéliennes".

Une dizaine de pays dont la France, le Canada et le Royaume-Uni ont exhorté mercredi Israël à laisser entrer "sans entrave" l'aide humanitaire à Gaza.