La disparition d'un lac en Grèce met en évidence les effets rapides du changement climatique information fournie par Reuters 01/10/2026 à 11:14
par Alexandros Avramidis
Avant que la sécheresse ne s'installe, le lac de Koroneia, dans le nord de la Grèce, était une zone humide protégée, un refuge pour des milliers d'oiseaux migrateurs et aquatiques, notamment des flamants roses, et un lieu très prisé tant par les touristes que par les pêcheurs et les agriculteurs locaux.
Aujourd'hui, après une décennie de faibles précipitations et de surexploitation pour l'irrigation, le lac de Koroneia, qui était autrefois le cinquième plus grand lac de Grèce, s'est réduit à moins d'un dixième de sa taille d'origine, selon les données de l'Observatoire national d'Athènes.
L'eau qui reste stagne dans une série d'étangs troubles et le lit du lac, désormais à nu, est une vaste plaine boueuse, craquelée et décolorée par des années de soleil brûlant.
La région est devenue le symbole de l'impact du changement climatique et de la sécheresse sur le nord de la Grèce, où les précipitations sont devenues plus irrégulières et où les agriculteurs luttent pour avoir de l'eau du lac pour arroser leurs cultures.
Cet été, une grande partie de l’Europe a souffert de vagues de chaleur et d'un manque de pluie, phénomènes qui ont fait baisser le niveau des rivières et des lacs à des niveaux jamais vus depuis des décennies, perturbant l'approvisionnement en marchandises et réduisant la production d’énergie.
"Nous avons connu le lac à son apogée, avec ses pêcheurs, ses eaux abondantes, son magnifique parc et ses superbes paysages peuplés d'oiseaux. Aujourd'hui, ce que nous voyons est une véritable tristesse", s'est ému Costas Hatzivoulgaridis, le responsable de la communauté d'Agios Vassilios, située au bord du lac.
FAIBLES PRÉCIPITATIONS ET CHALEUR ACCRUE : UN BILAN LOURD
Selon les scientifiques, les ressources en eau du lac ont commencé à s'amenuiser après une saison pluvieuse de 2015 à 2016. Depuis, des années de faibles précipitations et de chaleur supérieure à la moyenne ont fait s'évaporer non seulement l'eau du lac, mais aussi les sources qui l'alimentent.
Des images satellites publiées par l'Observatoire national d'Athènes montrent que sa superficie est passée de 34,4 kilomètres carrés en 2016 à 2,7 kilomètres carrés.
"Le principal facteur à l'origine de la baisse du niveau du lac est sans aucun doute le régime pluviométrique (...) qui s'est établi en moyenne à environ 400 millimètres au cours des cinq dernières années. C'est environ 150 millimètres de moins que lors des décennies précédentes", a déclaré Dimitris Papadimos, responsable de la gestion des ressources en eau et du changement climatique au Centre national des zones humides, depuis son bureau à Thessalonique.
De plus, les températures moyennes ayant augmenté ces dernières années dans la région, l'évaporation s'est accrue de 100 à 150 millimètres par an, a-t-il ajouté.
Ce problème est en partie d'origine humaine. Les agriculteurs, qui ont besoin d'eau pour leur bétail et leurs cultures, ont pris l'habitude de puiser dans le lac pour compenser le manque de précipitations, ont dit des habitants et des responsables.
Un journaliste de Reuters qui s'est rendu sur place le mois dernier a ainsi vu un agriculteur utiliser une pompe géante pour aspirer l'eau du lac et l'acheminer vers ses champs.
Les autorités affirment avoir pris des mesures depuis qu'un tribunal de l'Union européenne a jugé en 2013 que la Grèce avait manqué à son obligation de protéger le lac de Koroneia contre la surexploitation pour l'irrigation, les forages illégaux et la pollution.
Le secrétaire général chargé des ressources en eau au ministère grec de l'Environnement, Petros Varelidis, a déclaré à Reuters qu'une surveillance accrue était désormais en place pour réduire l'irrigation.
(Rédigé par Angeliki Koutantou; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)