La démographie, un enjeu pour une campagne présidentielle ? information fournie par AFP 14/01/2026 à 11:33
Le sujet de la baisse de la natalité en France pourrait s'inviter à la présidentielle, même si peu de politiques parviennent à articuler une vision d'ensemble agissant sur les leviers (logement, modes de garde, aides financières) et les conséquences (retraites, dépendance, immigration) de ce phénomène complexe.
Deux ans après l'appel controversé d'Emmanuel Macron au "réarmement démographique", la tendance ne s'est pas inversée comme l'ont confirmé les derniers chiffres publiés mardi par l'Insee, établissant l'indice de fécondité à 1,56 enfant par femme contre 2,02 en 2010.
A part chez certains écologistes, "où on s'inquiète des conséquences de la surpopulation" sur la planète, la baisse de la natalité est "une préoccupation sur tout l'échiquier politique", constate Didier Breton, professeur de démographie à l'université de Strasbourg.
"Avec des grilles de lecture très différentes", nuance-t-il. "Pour la droite conservatrice et l'extrême droite, une politique nataliste doit permettre de ne pas faire appel à l'immigration alors que la gauche raisonne en terme d'équilibre vie professionnelle/vie personnelle, d'avoir le temps de s'occuper de ses enfants".
Cependant, il n'a "pas l'impression qu'un parti va aller au-delà du regret et mettre ça en haut de son programme parce que c'est un terrain assez miné".
Première difficulté pour les politiques, comme le résumait récemment Édouard Philippe: "on ne fait pas des enfants pour l'État, ce sont des décisions intimes".
"Partout dans le monde où il y a des injonctions natalistes, ça ne fonctionne pas", renchérit Constance de Pélichy (députée UDI), présidente d'une mission d'information "sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité" qui a mené plus d'une cinquantaine d'auditions depuis juillet.
Selon M. Breton, ce mot +réarmement+ "était une erreur de communication", surtout qu'Emmanuel Macron l'avait accompagné d'un plan sur l'infertilité, "qui est un vrai problème de santé mais n'explique pas la baisse de la natalité".
Deuxième obstacle: le désir d'enfant reste-t-il important chez les Français ?
Si Mme de Pélichy juge qu'il y a "toujours un désir de maternité profond", M. Breton s'interroge sur cette "hypothèse discutable".
Selon une récente étude de l'Ined, si en 1998 la moitié des 18-49 ans considéraient que la famille idéale avait trois enfants, ils n'étaient plus que 29% en 2024.
Et troisième difficulté pour les politiques: personne "ne naît d'une incitation fiscale", selon l'économiste Maxime Sbaihi, auteur de l'essai "Les Balançoires vides".
"C'est une décision multifactorielle, qui dépend des modes de garde, de la fiscalité, des infrastructures, des institutions, du marché immobilier, de la conjoncture, des mœurs, de la confiance en l’avenir, de la culture et des traditions...", énumère-t-il devant l'Assemblée nationale.
- L'accueil de l'enfant et le logement -
Bref, la démographie est un phénomène complexe devant être pris en compte dans l'ensemble des politiques publiques.
Si les maires en sont souvent conscients au niveau local, c'est plus compliqué pour les partis qui ont tendance "à regarder les sujets en silo" et à privilégier le court terme, souligne Constance de Pélichy.
D'où la tentation "d'un monde politique qui reste quand même masculin" de regarder les conséquences de la baisse de la natalité, comme "l'adaptation de notre pacte social" (+on fait moins d'enfants donc il va falloir changer les retraites+) plutôt que les causes, déplore-t-elle en plaidant pour "un discours politique intégrant l'enfant".
Car le sujet intéresse. La mission parlementaire, qui rendra son rapport dans deux semaines avec "un paquet de recommandations", a reçu plus de 30.000 réponses à sa consultation publique.
"Ce qui est crucial, c'est vraiment l'accueil de l'enfant quand il arrive: les congés, les modes de garde et les aides qui ne sont pas lisibles. La question du logement revient en permanence, les jeunes ménages ont perdu 18 m2 de surface par rapport à la génération précédente", note-t-elle.
Mais ces "réponses concrètes" impliquent "un coût budgétaire assez engageant", fait remarquer M. Breton.
Selon lui, "dans un monde anxiogène", une politique nataliste devrait être "basée sur l'Etat-providence, l'assurance qu'avoir un enfant ne va pas avoir un coût monstrueux, que l'école va rester gratuite, que la santé ne va pas avoir un coût important...".