La Cour de révision met un point final à l'affaire Mis et Thiennot en refusant leur réhabilitation
information fournie par AFP 02/07/2026 à 12:43

Thierry Thiennot, le fils de Gabriel Thiennot, devant la presse après la décision de la Cour de révision, à Paris, le 2 juillet 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

"C'est la fin du combat": quatre-vingts ans après le meurtre en 1946 d'un garde-chasse dans l'Indre, la Cour de révision a refusé jeudi d'annuler la condamnation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, opposant une fin de non-recevoir aux décennies de campagne pour leur réhabilitation.

Cette décision était l'unique chance pour les partisans de Mis et Thiennot de changer la fin de l'histoire dans ce vieux dossier criminel d'après-guerre aux protagonistes aujourd'hui décédés, devenu une légende locale dans le Berry où 31 communes ont des espaces publics à leurs noms.

Mais la Cour de révision a relevé "que s'il est manifeste que les enquêteurs n'ont pas exploré toutes les pistes envisageables, les raisons pour lesquelles leurs soupçons se sont rapidement portés sur ce groupe de chasseurs ressortent des pièces du dossier", même récemment expurgé de certaines pièces-clés obtenues sous la violence par les policiers, a déclaré son président Nicolas Bonnal.

Raymond Mis (g) et Gabriel Thiennot le 14 juin 1988, non loin de l'étang de Brenne, dans l'Indre, où fut retrouvé le corps du garde-chasse Boistard en 1946 pour l'assassinat duquel ils furent inculpés et condamnés ( AFP / Frank PERRY )

Pour les treize magistrats de la Cour, les investigations complémentaires diligentées à l'occasion des requêtes en révision successives "n'ont pas permis d'écarter les charges désignées lors de l'enquête initiale" ou de "confirmer les rumeurs désignant un autre coupable".

En conséquence, "les éléments qui restent à charge sont suffisants pour justifier la condamnation des deux chasseurs", a expliqué la Cour de révision dans un communiqué.

La rejet de la requête a créé une vive déception dans la salle parmi les partisans de l'innocence des deux chasseurs. "Encore une fois, la justice a manqué à ses obligations. Aujourd'hui elle avait une occasion unique de revenir sur une décision qui était totalement fausse, et encore une fois la justice a failli", a réagi avec colère Thierry Thiennot, fils de Gabriel, à l'issue de l'audience.

"Pour nous, c'est la fin du combat", a-t-il constaté avec amertume.

Il a fallu sept requêtes depuis 1952, et un amendement sur mesure dans une loi de 2021, pour que ce dossier arrive jusqu'à la Cour de révision et de réexamen, seule en mesure d'annuler la condamnation des deux hommes à quinze ans de travaux forcés en 1950.

"Croyance populaire"

Thierry Thiennot, le fils de Gabriel Thiennot, à la Cour de révision, à Paris, le 2 juillet 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Sans se prononcer directement sur la culpabilité de Mis et Thiennot, la Cour devait dire si le dossier dans son état actuel était de nature à créer un doute sur celle-ci.

Gabriel Thiennot et Raymond Mis étant décédés en 2003 et 2009, la tenue d'un nouveau procès sur le fond de l'affaire aurait été impossible. En cas d'annulation de leur condamnation, les deux mis en cause seraient donc restés présumés innocents et auraient ainsi été réhabilités.

A l'audience du 11 juin dans une chambre criminelle comble, l'avocat général Pascal Bougy s'était opposé à une telle révision. Appelant la Cour à résister à "la pression de l'opinion publique" et à la "croyance populaire", il avait estimé qu'il n'existe pas d'élément nouveau par rapport à ceux dont disposait la cour d'assises en les condamnant.

Le rejet de la requête est "évidemment décevant, car la procédure suivie il y a plusieurs dizaines d'années contre eux était entachée de vices fondamentaux", ont réagi dans un communiqué à l'AFP les avocats des héritiers de Mis et Thiennot, Mes Jean-Pierre Mignard, Pierre-Emmanuel Blard et Imrane Ghermi.

Raymond Mis (d) et Gabriel Thiennot après avoir été reçus par le garde des Sceaux Pierre Arpaillange pour obtenir la révision de leur procès, à Paris, le 16 décembre 1988 ( AFP / JEAN-MARIE HURON )

Mais l'annulation, près de quatre-vingts ans après, de procès-verbaux extorqués sous la violence marque selon eux "déjà une grande victoire morale" qui fera "jurisprudence" pour dire "qu'aucune violence n'est recevable afin de faire avouer et rendre coupable quelque personne poursuivie".

Le 31 décembre 1946, deux jours après sa disparition, le corps du garde-chasse Louis Boistard est retrouvé criblé de plombs à Saint-Michel-en-Brenne (Indre), à moitié immergé dans un étang.

L'enquête s'oriente rapidement vers un conflit avec un groupe de chasseurs qui aurait été contrôlé par Louis Boistard le jour des faits. Après une altercation, Raymond Mis et Gabriel Thiennot auraient fait feu.

Arrêtés, les deux suspects passent aux aveux devant les policiers et le juge d'instruction. Mais ils reviennent dessus quelques jours plus tard et clament par la suite leur innocence.

En 1950, après deux procès annulés par la Cour de cassation, la cour d'assises de Gironde les condamne à quinze ans de travaux forcés.