La cour d'assises examine la campagne de haine contre Samuel Paty information fournie par AFP 12/02/2026 à 12:11
La cour d'assises spéciale d'appel de Paris se penche à partir de jeudi sur les deux instigateurs de la campagne de haine qui avait ciblé Samuel Paty avant son assassinat par un jeune islamiste tchétchène.
Rejugés depuis fin janvier aux côtés de deux amis du tueur, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont été condamnés en première instance à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour avoir lancé la cabale en ligne contre le professeur d'histoire-géographie, assassiné le 16 octobre 2020 parce qu'il avait montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression.
Jugés pour association de malfaiteurs terroriste, le père d'élève, aujourd'hui âgé de 54 ans, et le prédicateur islamiste de 66 ans, rejettent toute responsabilité pour le crime d'Abdoullakh Anzorov, qu'ils ne connaissaient pas.
Avant d'être abattu par la police qu'il menaçait, le jihadiste, âgé de 18 ans, avait décapité le professeur près de son collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Le crime était intervenu après ce que la première cour d'assises a décrit en 2024 comme une "véritable fatwa numérique" lancée par Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, qui ont "préparé les conditions" du crime "en livrant l'identité" de l'enseignant avant d'attiser plusieurs jours "la colère et la haine".
Ces actions ont été menées alors qu'ils étaient "conscients de la réalité de la menace terroriste" qu'ils faisaient peser sur leur cible dans un pays sous tension, selon le verdict.
En septembre, s'était ouvert le procès des attentats de janvier 2015. Charlie Hebdo avait republié les caricatures qui lui avaient valu d'être attaqué. En réponse, Al Qaïda avait appelé à frapper la France, et, le 25 septembre, un islamiste pakistanais avait blessé avec un hachoir deux personnes devant les anciens locaux parisiens de l'hebdomadaire.
Avant même l'interrogatoire des deux accusés les 18 et 19 février, la cour arrive à ce qui apparaît l'enjeu central de ce procès, bien plus que la controverse médiatique sur une prétendue discrimination d'élèves musulmans lancée par un avocat.
Avec une question cruciale pour la défense: peut-on être coupable d'association de malfaiteurs terroriste pour avoir participé à une campagne de haine conclue par un crime, même sans avoir conscience d'un projet d'attentat spécifique et sans connaître son futur auteur?
En première instance, la justice avait estimé indifférent "que les accusés aient eu une connaissance précise et concrète de la nature du projet d'attentat envisagé et finalement réalisé" par Anzorov.
- "Jusqu'à la mort" -
En livrant Samuel Paty à la vindicte, ils ont "sciemment accepté de s'associer, de fait, à un ou plusieurs individus susceptibles de commettre une infraction de nature terroriste", et ils étaient conscients que le "risque de violences" contre le professeur "pouvait aller jusqu'à la mort".
Tout est parti du mensonge de la fille de Brahim Chnina affirmant que son professeur avait demandé aux élèves musulmans de sortir de classe au moment de présenter des caricatures. Sauf qu'elle était absente de ce cours.
Dès le soir du 7 octobre, sans vérifier, le père s'emporte sur les réseaux sociaux: "Vous avez l'adresse et le nom du professeur pour dire stop", écrit-il.
Abdelhakim Sefrioui le contacte. Les deux hommes se retrouvent le lendemain devant le collège, y rencontrent la cheffe d'établissement, qui, inquiétée par leur virulence, alerte sa hiérarchie.
Le soir, Brahim Chnina poste sur YouTube une vidéo, dont Anzorov prend connaissance le lendemain. Celui-ci inscrit sur son téléphone le nom du professeur et l'adresse du collège.
Il contacte brièvement par téléphone Brahim Chnina qui avait indiqué son numéro dans les publications. Il remercie ensuite par message Anzorov de son soutien. Ils échangent quelques textos les 10 et 13 octobre.
Alors que la peur monte parmi les professeurs du collège, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui n'interrompent pas leur campagne.
Aujourd'hui, ils assurent n'avoir jamais souhaité ou envisagé une issue criminelle à leurs diatribes, et Abdelhakim Sefrioui relève qu'il n'a jamais eu aucun contact avec le tueur.
Mais à la barre, Mickaëlle Paty les a désignés comme les "instigateurs d'une mécanique qui a conduit à l'assassinat de (son) frère" et dénoncé une "campagne d'infamie sur internet menée par des islamistes réclamant ni plus ni moins sa tête". Ils "ont choisi d'agir en conscience et en connaissance de cause" et leur rôle a été, selon elle, "central, délibéré, mortel", "causal".
Verdict le 27 février.